Un projet de luxe menacé en Albanie

Le projet de station balnéaire de luxe dirigé par Jared Kushner, le gendre de l’ancien président américain Donald Trump, le long de la côte albanaise est en péril. Malgré les ambitions croisées pour encourager le tourisme, des manifestations persistantes, des allégations de corruption et des enquêtes mettent la pression sur le gouvernement de Tirana.

La Flamingo-Révolution

Les manifestations, surnommées “Flamingo-Révolution”, sont largement pacifiques, mais des tensions viennent récemment d’éclater. Des militants ont encerclé le parlement albanais lors de la dernière session avant la pause estivale, lançant des œufs sur les voitures des parlementaires. En réponse, les forces de police ont utilisé des gaz lacrymogènes et des canons à eau.

Le déclencheur de ces manifestations est le projet contesté de station balnéaire sur la lagune de Narta, un écosystème vital abritant jusqu’à 7000 flamants rose par an. Pour permettre la construction, certains segments de la lagune ont été retirés de la zone protégée au stockage des ressources naturelles.

Les enjeux écologiques et politiques

Olsi Nika, représentant de l’organisation Eco Albania, souligne que ces manifestations vont au-delà des préoccupations environnementales. Elles reflètent également une frustration généralisée envers le gouvernement de gauche et le principal parti d’opposition, considérés comme complices de la criminalité organisée. La privatisation des terres et les violations des normes UE sont des préoccupations majeures pour les citoyens.

Un projet controversé

Initialement secret, le projet de Kushner a été révélé de manière explosive, promettant une ville touristique avec des villas et un port de plaisance pour environ 10 000 visiteurs. Cependant, pour le développement de ce projet sur un site sensible, l’Assemblée nationale albanaise a adopté en 2024 une loi permettant la construction dans les parcs nationaux.

Impact sur l’adhésion à l’UE

La Commission européenne exprime des inquiétudes quant à ce projet. Le Premier ministre Edi Rama a tenté de minimiser la critique en déclarant que l’UE est pleinement informée et que les manifestants exagèrent. Néanmoins, la commissaire à l’élargissement, Marta Kos, a insisté sur la nécessité pour l’Albanie d’adapter ses normes environnementales, condition cruciale à son adhésion à l’UE.

Kos a précisé que des lois doivent être modifiées pour satisfaire aux standards européens, notamment en ce qui concerne les investissements stratégiques et la protection des zones écologiques. Rama a reconnu la nécessité d’amender la loi sur les investissements pour intégrer les exigences de l’UE.

Des obstacles supplémentaires

Étonnamment, le projet fait face à des complications supplémentaires. Une partie des terrains projetés a été saisie par la SPAK, l’autorité de lutte contre la corruption en Albanie, sous l’influence de l’UE. Ces terres appartenaient apparemment à un présumé baron de la drogue, avec des documents de propriété potentiellement falsifiés, illustrant les risques juridiques liés à cette entreprise.

Le projet de Kushner symbolise une lutte entre développement économique et préservation environnementale, illustrant les défis auxquels l’Albanie est confrontée en tant que candidate à l’UE en matière de durabilité. Le succès futur du projet dépendra de la capacité du gouvernement à gérer la pression publique et à établir des normes éthiques transparentes.



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