Comment El Corte Inglés transforme vos mensualités en or financier
Une opération lucrative
Récemment, Santander et El Corte Inglés ont vendu pour 808 millions d’euros de crédits clients à des investisseurs institutionnels. Au lieu de conserver ces prêts sur leurs bilans, ils ont choisi de les empaqueter et de les transférer à des fonds d’investissement, créant ainsi une nouvelle dynamique intéressante dans le secteur du retail.
Pourquoi est-ce important ?
El Corte Inglés ne se limite pas à vendre des appareils électroménagers ou des meubles. Il finance également les achats de ses clients sur plusieurs mois voire des années, sans intérêts. Cette stratégie permet de convertir ces dettes en actifs financiers, que l’entreprise peut ensuite vendre en échange de paiements périodiques. Si un client ne paie pas son prêt, ce risque ne revient plus à l’entreprise, ce qui est une forme ingénieuse d’ingénierie financière.
Le fonctionnement du modèle
Pour comprendre ce système complexe, voici un exemple :
- El Corte Inglés vend un téléviseur à 1 000 euros, avec un paiement échelonné sur 10 mois, sans intérêts.
- Plutôt que d’attendre d’être payé, l’entreprise empaquette cette dette avec d’autres et la vend à des investisseurs pour environ 950 euros.
- Elle reçoit immédiatement le capital, se décharge du risque d’impayé et utilise cet argent pour financer de nouvelles ventes.
- Les investisseurs, de leur côté, achètent à 950 euros et peuvent récupérer 1 000 euros dans 10 mois, tout en permettant aux clients de continuer à bénéficier d’achats sans intérêts.
Détails de la transaction
Cette opération a été scellée sur le marché de Dublín et inclut une vaste gamme de crédits :
- Financements sans intérêts sur des périodes allant jusqu’à cinq ans,
- Dettes de cartes de crédit,
- Petits prêts de 300 à 900 euros.
Les investisseurs touchent différents taux d’intérêt, entre 0,87 % et 6,2 %, en fonction du risque associé.
Avantages et implications
En vendant ces crédits, El Corte Inglés réduit son risque global et libère des ressources pour continuer à prêter de l’argent. Les régulateurs approuvent ce type d’opération car elle disperse le risque dans le système financier, réduisant ainsi la concentration de l’exposition à un seul créancier.
Pour El Corte Inglés et Santander, c’est une méthode astucieuse pour croître sans accumuler les dangers des défauts de paiement.
La position de marché
Santander, ayant acheté 51 % de la finance El Corte Inglés en 2013, a reconnu le fort potentiel de ce modèle, car les marges sur le crédit à la consommation surpassent celles de la banque traditionnelle. El Corte Inglés conserve une part de 49 %, agissant comme un partenaire capitaliste idéal sans contribuer à la gestion.
Une base clientèle solide
La Financière El Corte Inglés représente près d’un tiers des activités de banque de consommation en Espagne et au Portugal. Avec 11,7 millions de membres dans son programme de fidélité, l’entreprise a généré des achats de 3 778 millions d’euros l’an passé, faisant de cette vaste base de clients une véritable mine d’or.
Une tendance croissante
Ces types d’opérations se banalisent dans le secteur financier espagnol. Santander s’est affirmé comme le plus actif en matière d’empaquetage et de vente de portefeuilles de prêts, permettant ainsi à El Corte Inglés de contourner certaines régulations sur la concentration des risques tout en libérant du capital.
Conclusion
Ce modèle d’affaires démontre comment le retail évolue : le véritable profit ne réside plus seulement dans la vente de produits, mais aussi dans le financement de ces achats et la monétisation de cette dette via des fonds d’investissement. El Corte Inglés ne se contente pas de vendre des téléviseurs ; il vend surtout des crédits, et ensuite, il liquéfie les risques associés.

