L’Affaire BFC : Une Investigation Révélatrice en Bolivie

Une enquête journalistique récente a mis en lumière des irrégularités concernant BFC, l’une des entreprises frigorifiques les plus influentes en Bolivie. Établie en 2018 et contrôlée à 100 % par des capitaux étrangers, BFC a bénéficié d’un soutien financier massif du système bancaire national, en dépit de problèmes de conformité et d’un flux de trésorerie négatif.

Des Financements Contestés

D’après l’enquête publiée par le quotidien El País, BFC a reçu environ 182 millions de dollars du système financier bolivien. Parmi ces fonds, 43 millions de dollars provenaient de bons à long terme émis par un fonds de pension géré par la Gestora Pública. Ces aides financières soulèvent des questions sur les critères de financement appliqués aux entreprises opérant en Bolivie, particulièrement celles contrôlées entièrement par de l’argent étranger.

Il est important de noter que BFC est une extension du Groupe Concepción, un consortium paraguayo-brésilien visant à contourner les restrictions commerciales sur l’exportation de viande vers la Chine, un marché crucial en pleine expansion. En effet, le Paraguay est exclu du marché chinois en raison de son reconnaissance diplomatique de Taïwan. En conséquence, BFC a été mise en place pour traiter la viande sous l’étiquette bolivienne, permettant ainsi de saisir des opportunités commerciales que sa maison mère ne pouvait pas atteindre.

Une Croissance Étonnante

Depuis son apparition sur le marché en juin 2018, BFC a enregistré une croissance spectaculaire, principalement grâce à des financements boliviens. Cependant, les états financiers de l’entreprise montrent un détérioration rapide de sa santé économique depuis 2024. Le marge opérationnelle s’effondre, tout comme la capacité à couvrir ses intérêts, tandis que le niveau d’endettement explose.

Le rapport indique que la période 2023-2024, durant laquelle BFC a intensifié ses opérations de financement, coïncide avec des investigations sur des certificats falsifiés pour le marché russe. En effet, le 7 février 2023, la douane russe a rejeté six certificats de provenance émis par BFC, entraînant la suspension de toutes les exportations de viande vers la Russie.

Falsifications Documentaires et Soupçons

Les certificats, qui auraient dû être validés par le Service National de Certification des Exportations en Santa Cruz (Senavex), n’ont jamais été émis, comme l’a confirmé une enquête interne effectuée près d’un an plus tard. Cette situation accentue les suspicions de fraude autour de BFC, d’autant plus que les données d’exportation de la Bolivie vers la Chine ne correspondent pas aux entrées reconnues par les autorités douanières chinoises.

Entre 2020 et 2024, les chiffres boliviens indiquent que 108 388 tonnes de viande ont été exportées vers la Chine, tandis que les statistiques officielles de la Chine montrent une importation de 237 576 tonnes de viande bolivienne. Il y a donc une discrepancy de 129 188 tonnes, soit un 119,19 % d’écart. Cela suggère que BFC pourrait faire entrer de la viande ou des bovins en provenance de Paraguay et du Brésil, la traiter à Santa Cruz, et puis les revendre aux marchés asiatiques.

Conséquences Économiques

Des experts ont commencé à s’interroger sur la viabilité de BFC sur le long terme. Compte tenu de son détérioration économique, l’entreprise pourrait rapidement faire face à des défaillances de paiement. La majorité des prêts octroyés à BFC sont non garantis, ce qui signifie que si l’entreprise fait défaut, les banques ne pourraient poursuivre que des actions judiciaires, sans biens ou actifs à récupérer.

Le risque est donc d’une plus grande ampleur : les déposants des banques pourraient être les premiers à subir les pertes, ce qui pourrait entraîner la perte de 42,9 millions de dollars des économies des retraités. Ce cas est emblématique du modèle d’investissement souvent célébré par la Bolivie. Selon l’analyste Edith Galvez, BFC représente une forme de multinationalisme qui n’apporte pas de valeurs ajoutées à l’économie locale, mais qui profite des avantages législatifs et des ressources publiques.

Réflexions Finales

Si BFC ne parvient pas à redresser la barre dans un avenir proche, cela pourrait poser de sérieux défis non seulement à l’économie bolivienne, mais également à la réputation du secteur des investissements étrangers. Le cas de BFC doit servir d’exemple pour rappeler l’importance de la transparence, de la responsabilité et de la durabilité dans les pratiques commerciales, afin d’assurer que les bénéficiaires de celles-ci soient véritablement des partenaires de développement, et non de simples opportunistes.



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