Contre Djokovic, à un moment donné, les rôles se sont inversés : Jannik enchante tout le monde
Tout le monde est fou de Sinner. Nous, fous de ce garçon qui gravit l’Everest du tennis à la vitesse du prédestiné. Si aujourd’hui nous jouons pour le saladier d’argent, l’un des trophées les plus emblématiques du sport, le mérite lui revient avant tout. Jannik Sinner a mis l’Italie de Davis sur ses épaules et les a emmenés en finale contre la redoutable Australie. Et pour ce faire, il lui a fallu signer une autre grande petite page d’histoire. Hier, Sinner a battu Novak Djokovic, le Cannibale, pour la deuxième fois (en 12 jours…). Plus encore : il l’a battu deux fois dans la même journée (en simple et en double !). Et pour ceux qui aiment observer ces détails qui font un chef-d’œuvre, Jannik est le premier « humain » à battre Nole après avoir annulé trois balles de match consécutives. Pas même Federer et Nadal, personne. C’est exact…
Le numéro 1 mondial serbe, ce monstre capable de remporter 24 Grands Chelems et 7 Finales ATP, n’avait jamais perdu après avoir raté trois ballons de suite pour clôturer le match. Finalement, désespéré sur le plan sportif, Djokovic s’est excusé auprès de ses coéquipiers serbes en disant “C’est de ma faute !”. Nous sommes désolés Nole, mais nous préférons voir le revers de la médaille. On pense que le duel a été mené par les bleus, on pense que les trois balles de match ont été annulées grâce à Sinner qui a un cœur et une tête à la hauteur de sa classe. Dans le moment le plus difficile, lorsqu’il se retrouvait dos au mur, à deux pas de l’enfer, l’Italien a fait avaler cinq points consécutifs au meilleur joueur de tennis de tous les temps. L’inertie du match s’est inversée et Sinner, en confiance, s’est lancé dans un sprint écrasant pour vaincre une nouvelle fois un Djokovic qui ressemblait à une copie terne de lui-même. Les rôles se sont inversés comme par magie et Jannik est devenu aussi impitoyable que Nole l’est habituellement ! Le pouvoir de Davis, ou peut-être Panatta, a raison lorsqu’il dit que le diable a inventé le tennis. Si vous faites l’erreur de vous sentir au paradis, vous risquez rapidement de vous retrouver en enfer. Et vice versa. Le fait est que Sinner, après avoir remporté son succès contre le numéro 1, a continué à s’amuser en duo avec son ami Sonego pour battre un Djokovic abasourdi qui était en duo avec Kecmanovic.
Sonego, aux côtés de Jannik, a affronté ses adversaires et leurs insécurités tandis que la courbe bleue s’excitait et ponctuait chaque point gagnant de cris et de poings levés. Pour que le petit train bleu, traîné par la locomotive Sinner, atteigne une finale que nous avons manquée depuis 25 ans et puisse rêver d’un succès historique que nous n’avons obtenu qu’une seule fois au Chili, il y a 47 ans. Et ce succès de 1976 nous rappelle l’une des pages les plus belles et les plus emblématiques du sport italien. Nicola Pietrangeli, le capitaine non joueur, dirigeait le groupe qui avait un leader comme Adriano Panatta, notre D’Artagnan, et trois mousquetaires comme Barazzutti, Bertolucci et Zugarelli. Ce groupe est entré dans l’histoire sous le nom de « The Team ». Et on se réjouit de penser que Sinner pourrait aujourd’hui renouer le fil de la légende. Il se retrouvera face à Alex De Minaur, l’Australien contre lequel il a joué et remporté la finale Next Gen, à Milan en 2019. C’était le premier d’une série de rendez-vous avec le destin. Nous espérons que le défi de cet après-midi sera une autre étape (gagnante) de son parcours. Sinner a tout pour devenir, tôt ou tard, le numéro 1 de son sport. Cela a été une année extraordinaire pour lui et pour notre tennis. Jannik mérite de soulever le Salad Bowl, un trophée à la hauteur de son talent. Cela nous aiderait à nous rappeler qu’il s’agissait du Davis de Sinner, mais aussi de Sonego, d’Arnaldi et Musetti, du premier fan Berrettini et du “capitaine” Volandri. Ce groupe d’amis qu’est la nouvelle “Team”. Le diable a peut-être inventé le tennis, mais s’il existe un dieu du tennis, il soutient Jannik.
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