La révolution des centres de données sous-marins en Chine

La Chine a décidé d’explorer une nouvelle approche pour faire face à l’énorme consommation d’énergie des centres de données, en particulier avec la montée de l’intelligence artificielle (IA). À cette fin, un centre de données sera immergé sous l’eau près de Shanghai à partir d’octobre 2023. Ce projet innovant s’inscrit dans une tendance croissante à réduire l’empreinte carbone des installations technologiques essentielles.

Le défi énergétique des centres de données

Les centres de données jouent un rôle crucial dans l’infrastructure d’Internet et de l’IA, mais ils génèrent une quantité considérable de chaleur. Traditionnellement, pour maintenir ces installations à une température optimale, l’utilisation de systèmes de climatisation est indispensable, ce qui entraîne un coût énergétique élevé. La demande globale pour ces ressources énergétiques a explosé avec l’accroissement de l’IA, poussant les autorités à trouver des solutions plus durables.

Pour remédier à cette problématique, la Chine envisage un projet visant à plonger les centres de données sous l’eau. Avec des températures naturellement plus fraîches, ces installations pourraient réduire la consommation énergétique nécessaire au refroidissement.

Fonctionnement des centres de données sous-marins

La structure de ce nouveau centre de données, que l’on appelle affectueusement “la capsule jaune“, utilise les courants océaniques pour maintenir une température fraîche sans avoir besoin de systèmes de refroidissement actifs. Selon Yang Ye, vice-président de Highlander, l’entreprise qui développe ce projet, les opérations sous-marines peuvent réaliser des économies allant jusqu’à 90% d’énergie par rapport aux méthodes traditionnelles.

La plupart de l’électricité nécessaire pour faire fonctionner cette installation proviendra de fermes éoliennes maritimes à proximité, assurant ainsi que plus de 95% de son énergie soit d’origine renouvelable.

Les défis techniques à surmonter

Cependant, la mise en place de serveurs sous l’eau n’est pas sans complications. La nécessité de protéger ces appareils de la corrosion causée par l’eau salée a conduit les ingénieurs à utiliser un revêtement spécial. De plus, une structure d’ascenseur a été installée pour faciliter l’accès à la section hors de l’eau, permettant ainsi aux équipes de maintenance d’effectuer leurs interventions.

Un autre défi majeur réside dans l’établissement d’une connexion Internet fiable entre le centre sous-marin et la terre ferme. Ce processus s’avère plus complexe que pour des installations traditionnelles, d’autant plus que des experts de diverses universités ont mis en garde contre la possibilité que ces centres soient vulnérables à des attaques menées par des ondes sonores.

Les préoccupations environnementales

Bien que ce projet promette de réduire les émissions de carbone, des préoccupations subsistent au sujet de son impact sur l’écosystème marin. En effet, la chaleur dégagée par les serveurs pourrait perturber le milieu aquatique alentour, attirant certaines espèces tout en en chassant d’autres. Andrew Want, un écologue marin de l’Université de Hull, souligne l’absence de recherches approfondies sur ces phénomènes.

Highlander a assuré qu’une étude indépendante réalisée en 2020, à propos d’un précédent projet à Zhuhai, avait montré que la température de l’eau restait largement en dessous des seuils acceptables. Cependant, des experts comme Shaolei Ren de l’Université de Californie à Riverside mettent en garde contre la montée en échelle de ces centres, qui pourrait aggraver la problématique de la chaleur émise.

Peu de précédents à l’échelle mondiale

En 2018, Microsoft avait testé une technologie similaire en Écosse, mais n’a jamais commercialisé le projet. En revanche, la Chine, avec le soutien de subventions gouvernementales, avance rapidement dans cette voie. Elle a déjà engagé des investissements significatifs, pouvant atteindre 40 millions de yuan pour des projets similaires.

La nouvelle installation de Shanghai ciblera des clients tels que China Telecom et d’autres entreprises dans le domaine de l’IA.

L’avenir des centres de données sous-marins

Les experts s’accordent à dire que les centres de données sous-marins ne remplaceront pas nécessairement les installations traditionnelles, mais pourraient les compléter dans des niches spécifiques. Selon Shaolei Ren, les projets actuels visent à démontrer la viabilité technologique de cette approche. Cela signifie qu’il reste encore beaucoup de questions à résoudre avant une adoption à grande échelle.

Si ces installations parviennent à relever les défis techniques et à réduire significativement leur consommation d’énergie, elles pourraient bien se révéler être un tournant dans le domaine de la gestion des centres de données et de l’IA en général.

En définitive, le projet chinois de centres de données sous-marins représente une avancée technologique fascinante. L’avenir nous dira si cette stratégie pourra contribuer à un développement durable tout en répondant aux besoins énergétiques croissants du secteur technologique.



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