La réalité des ‘ninis’ en Colombie
En Colombie, plus de deux millions de jeunes sont exclus du système éducatif et du marché du travail. Le dernier bulletin de la Gran Encuesta Integrada de Hogares (Geih) révèle que 2,26 millions de jeunes âgés de 15 à 28 ans ne poursuivent ni études ni activité professionnelle. Cela représente 20,3 % de la population jeune en âge de travailler au niveau national, ce qui indique qu’un jeune sur cinq est complètement déconnecté du système éducatif et de toute activité professionnelle.
Des disparités selon le sexe
Le phénomène ‘nini’ présente des différences marquées selon le sexe. Alors que 6,3 % des jeunes hommes se trouvent dans cette situation, chez les femmes, ce chiffre grimpe à 14 %, plus du double. Cette différence n’est pas à attribuer à un seul facteur, mais des données historiques montrent qu’une part importante des femmes jeunes hors du marché du travail se consacre à des tâches ménagères et à des soins non rémunérés, les excluant ainsi des statistiques d’occupation.
Participation et insertion professionnelle
Les niveaux de participation au marché du travail influencent considérablement la condition des ‘ninis’. Le trimestre analysé a révélé que la taux global de participation (TGP) des jeunes est resté inférieur à celui d’autres groupes d’âge. Cela démontre qu’une proportion significative de cette tranche d’âge n’est pas à la recherche active d’un emploi. De plus, la taux d’occupation (TO) est inférieur à la moyenne nationale, ce qui illustre les difficultés d’insertion professionnelle pour ce segment.
Une inactivité préoccupante
Le bulletin souligne que le problème ne se limite pas au chômage ouvert. Beaucoup de jeunes ne sont même pas considérés comme chômeurs car ils ne cherchent pas activement un emploi, ce qui les place directement en dehors de la force de travail. Ce groupe de ‘ninis’ ne pèse pas sur les chiffres du chômage, mais révèle un retard profond en termes d’inclusion économique.
Éducation et risques d’inaction prolongée
Le niveau d’éducation apparaît comme un facteur déterminant. Les jeunes qui n’ont pas terminé leurs études secondaires constituent une part importante de ceux qui ne travaillent ni ne poursuivent leurs études. Même parmi ceux qui ont obtenu leur diplôme, l’accès à la formation technique, technologique ou universitaire reste limité, augmentant ainsi le risque d’inactivité prolongée.
Le lien avec l’informalité
Une relation directe entre le phénomène des ‘ninis’ et l’informalité émerge également. Parmi les jeunes qui parviennent à trouver un emploi, une part significative l’exerce dans des conditions d’informalité, sans stabilité ni protection sociale, augmentant la probabilité de retourner à l’inactivité.
Pistes de solutions
Avec plus de 2,2 millions de jeunes dans cette situation et une forte participation féminine, il est clair que le problème dépasse les cycles économiques. Il nécessite des politiques ciblées articulant éducation, emploi et soins pour aborder cette question sérieusement. Tant que ces chiffres perdurent, le marché du travail juvénile continuera d’afficher des retards structurels, affectant non seulement les indicateurs actuels, mais aussi la productivité et la croissance du pays à moyen et long terme.

