Serena Dandini (photo de Gianmarco Chieregato).
mma mère, bien que diplômée, n’a jamais pu travailler. Une question d’honneur pour le mari, alias mon père, qui ne voulait pas abandonner le rôle de mâle alpha seul fournisseur de nourriture pour la famille. Et elle accepta son sort comme bien d’autres femmes au foyer, en l’occurrence plus mélancolique que désespérée.
Ma mère n’a jamais eu le sentiment grisant de gagner son propre argent et plus tard dans la vie, quand elle a été forcée de traverser des tempêtes inattendues, elle a eu du mal à s’intégrer dans le monde du travail.
C’est une vieille histoire de dépendance économique et par conséquent psychologique qui a marqué des générations entières de femmes en les reléguant à des rôles de soumission dans la famille et dans la société.
“Les femmes ne parlent pas d’argent” d’Azzurra Rinaldi (Fabbri).
Mesdames ne parlent pas d’argent (Fabbri) est le titre d’un essai incontournable de l’économiste Azzurra Rinaldi récemment en librairie avec le sous-titre éloquent Combien nous coûte l’inégalité des genres ? La réponse est évidemment beaucoup, non seulement en termes d’injustice sociale mais aussi de PIB et donc de bien-être pour tous.
L’auteur à travers une documentation méticuleuse et un large excursus historique nous raconte comment l’argent est une loupe puissante pour comprendre les différences et les inégalités entre les sexes même dans notre monde occidental apparemment émancipé.
Une économie féministe est plus que jamais nécessaire en ce moment et penser “féministe” est la seule perspective qui peut augmenter le “bien-être des femmes et des hommes ensemble”. Bien que l’emploi féminin soit toujours inférieur à l’emploi masculin, rOn se souvient rarement que 75 % du travail de soins non rémunéré dans le monde est effectué par des femmes.
«S’il était possible de monétiser tout le travail non rémunéré que font les femmes dans le monde, quelle serait cette valeur ?». Selon une étude d’Oxfam, en 2019, le travail de soins non rémunéré aurait produit une richesse équivalente à 11 000 milliards de dollars. Un chiffre gigantesque qu’il faut prendre en compte chaque fois que l’on parle de réformes économiques et de Pnrr.
Et étant donné que les femmes sont – bon gré mal gré – si expertes du secteur du « care », leur talent et leur professionnalisme doivent certainement être mis à profit pour surmonter ce moment de crise mondiale.
Si les dames ne parlent pas d’argent, il vaut mieux chanter avec Loredana Bertè “Je ne suis pas une dame” et j’ajoute aussi le vœu de la pas très élégante Shakira qui se déclare convaincue dans sa chanson vengeance : “Les femmes ne pleurent plus, les femmes facturent”.
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