Les Superbactéries et la Transmission entre Animaux de Compagnie et Humains
Chaque année, environ 24 000 personnes meurent en Espagne à cause de la résistance aux antibiotiques, un problème de santé publique qui dépasse désormais le nombre de décès dus aux accidents de la route. Ces statistiques, fournies par la Société espagnole des maladies infectieuses et de microbiologie clinique (SEIMC), avertissent que les superbactéries pourraient devenir la première cause de mortalité d’ici 2050.
La Prolifération des Bactéries Multirésistantes
Les antibiotiques, qui représentent la première ligne de défense contre les infections bactériennes, ont sauvé des millions de vies depuis leur découverte au début du XXe siècle. Toutefois, la prolifération des bactéries multirésistantes rend aujourd’hui certaines maladies, auparavant traitables, comme la pneumonie, potentiellement mortelles.
Une Découverte Alarmante dans les Animaux de Compagnie
La communauté scientifique s’intéresse de près à l’origine et au comportement de ces bactéries. Récemment, des chercheurs ont mis en lumière la présence d’une bactérie multirésistante circulant activement chez les animaux de compagnie. Ce constat est particulièrement préoccupant étant donné que ces bactéries diffèrent de celles retrouvées chez les oiseaux ou les espèces d’élevage, qui ont un impact beaucoup plus faible sur la santé publique.
Le Cas de l’Acinetobacter baumannii
Une étude publiée dans la revue Applied and Environmental Microbiology révèle que les chats, chiens et chevaux facilitent la transmission de la bactérie résistante Acinetobacter baumannii aux humains. Après avoir analysé 509 isolats d’animaux et 2 218 d’humains dans 17 pays, les chercheurs ont constaté que ces animaux de compagnie portaient des variantes génétiques très similaires aux souches humaines.
Cette bactérie, qui s’attaque aux tissus cérébraux, est classée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) comme un pathogène de “priorité 1”, en raison de sa capacité à se propager rapidement dans les unités de soins intensifs et à résister aux antibiotiques.
Les Profils de Résistance des Isolats
Les isolats d’Acinetobacter baumannii analysés ont été classés en deux grands groupes selon leur profil de résistance :
- Le premier groupe, avec une forte charge de gènes de résistance antimicrobienne, est dominé par des isolats provenant d’animaux de compagnie et de chevaux.
- Le second groupe, avec une faible résistance, comprend principalement des isolats d’animaux d’élevage, d’oiseaux et de faune sauvage.
Les analyses génomiques ont révélé que les souches à haut risque chez les animaux de compagnie partagent une identité génétique dépassant 99,5 % avec celles des humains de la même région. À l’inverse, les isolats d’oiseaux, de cochons et de bétail présentent une identité génétique inférieure à 99 % et portent moins de gènes de résistance.
Une Transmission Zoonotique Préoccupante
Les isolats provenant des animaux de compagnie ont été retrouvés chez des chats, des chiens et des chevaux de diverses régions, couvrant jusqu’à neuf espèces hôtes dont les profils génétiques sont pratiquement identiques à ceux en circulation chez les humains. En revanche, les isolats provenant des animaux d’élevage et des oiseaux montrent des gènes de résistance et de virulence réduits, avec une corrélation évolutive moindre avec les infections humaines, les plaçant dans des lignées souvent non impliquées dans les maladies humaines.
En conclusion, la recherche montre que la transmission de A. baumannii entre animaux de compagnie et humains représente une voie prioritaire de risque zoonotique, tandis que la transmission entre bétail, oiseaux ou faune sauvage et humains est beaucoup moins probable, en raison de différences génétiques notables et d’une moindre exposition.

