Pauvre participation féminine au marché du travail e hiver démographique ce sont des épées de Damoclès pour la croissance italienne. Mais il est possible de briser le cercle vicieux, car une augmentation de l’emploi des femmes pourrait « atténuer significativement » les perspectives d’une « réduction drastique de la population en âge de travailler dans les décennies à venir ». C’est la Banque d’Italie, dans le rapport présenté ce matin qui illustre les résultats du projet “Femmes, travail et croissance économique” lancé en 2020, qui dresse le portrait des écarts entre les sexes sur le marché du travail italien.
Taux d’emploi, la distance femmes-hommes est de 18 points
Le tableau est bien connu et sombre : en 2022, 51,1 % des femmes âgées de 15 à 64 ans travaillaient en Italie. Un taux inférieur de 18 points de pourcentage à celui des hommes, avec un écart entre les sexes qui était le deuxième plus élevé parmi les pays de l’UE. Les femmes en emploi ont plus fréquemment des emplois temporaires et recourent beaucoup plus au travail à temps partiel que les hommes (31,7 % contre 7,7 %). Très souvent, ce n’est pas un choix, mais c’est un temps partiel involontaire : une travailleuse sur deux – le pourcentage le plus élevé enregistré dans l’Union européenne – serait disponible pour travailler à temps plein.
Salaires horaires moyens inférieurs de 11 %
Les salaires horaires des femmes sont en moyenne inférieurs de 11 % à ceux des hommes. Un écart déjà important lors de l’entrée dans le monde du travail (16 % chez les bacheliers, 13 % chez les diplômées), qui s’accentue avec le congé maternité. Ajoutant à l’écart femmes-hommes celui entre les femmes avec enfants et les femmes sans enfants. Par rapport à ces dernières, les premières, si elles travaillent, ont près de deux fois plus de risques de perdre leur emploi quinze ans après avoir accouché et, si l’on considère les mères qui continuent à travailler, leur salaire moyen est d’environ la moitié.
L’écart de rémunération entre les sexes se creuse à mesure que les revenus augmentent
L’écart salarial se creuse davantage avec l’avancement de carrière et est plus important chez les salariés aux revenus les plus élevés : chez les salariés du secteur privé, à 64 ans, l’écart entre le décile inférieur de la distribution unitaire des salaires des femmes et des hommes est de près de 30 %, alors que pour le premier décile, il est inférieur à 10 %. Naturellement, la moindre activité féminine se traduit par des revenus annuels en moyenne inférieurs à ceux des hommes, « exposant les familles à un plus grand risque de pauvreté et à des niveaux d’inégalité plus élevés que dans les autres grandes économies de la zone euro ».
Les trois rochers sur le travail des femmes
La faible participation des femmes au marché du travail « est un frein pour les femmes
perspectives de croissance de l’économie italienne», réitère la Banque d’Italie, qui identifie dans le rapport trois moments principaux d’où proviennent les différences. Le premier est le choix des parcours scolaires et le passage de l’école au monde du travail, les filles privilégiant des filières associées à des rendements inférieurs en termes d’emploi, tant en termes d’opportunités d’emploi que de salaires. La seconde est la (manque) conciliation entre vie professionnelle et vie familiale, avec la naissance d’enfants comme une « césure » qui pousse encore de nombreuses femmes à quitter leur emploi ou à réduire les heures travaillées. Troisièmement, une progression de carrière plus lente et une sous-représentation au sommet, autant de facteurs “qui découlent principalement – souligne la Banque d’Italie – de choix professionnels moins valorisants”.


