Le Mystère de la Dispersions des Biens Artistiques du Monastère de Sijena
Le Real Monasterio de Sijena, fondé en 1188 par la reine Sancha de Castille, représente l’un des joyaux de la couronne d’Aragon. Son importance historique et artistique est immense, car il abritait une des plus belles collections de l’art médiéval. Cependant, au fil du temps, cette richesse a été dispersée à travers des guerres, des saccages et des processus de désamortissement au 19ème siècle. Cet article vise à explorer les enjeux liés à la récupération de ce patrimoine, parmi les plus précieux d’Espagne.
Des Œuvres d’Art Éparpillées à Travers le Monde
Les œuvres du Monastère de Sijena se retrouvent dans plusieurs musées en Espagne. Le Musée du Prado en possède, de même que le Musée de Zaragoza et le Musée d’Huesca, qui détient quatre magnifiques panneaux du retable majeur depuis 1894. Cependant, certaines œuvres ont fait le voyage au-delà des frontières espagnoles, comme c’est le cas pour un tableau intitulé La Nativité, propriété de l’État, ou La Adoración de los Reyes Magos vendu lors d’une enchère à Dallas. Le Meadows Museum a acquis cette œuvre en 2018 pour une somme impressionnante de 500 000 euros.
Une Requête en Justice de la Part de l’Aragon
La question qui se pose alors est : pourquoi la région d’Aragon est-elle la seule à revendiquer ces œuvres ? La réponse est liée à l’année 1923, où le monastère a été déclaré monument national, rendant illégales toute vente ou dispersion d’œuvres d’art postérieure à cette date. De plus, ces pièces ont souvent été acquises par des tiers, rendant leur récupération juridiquement complexe.
Les Accusations d’Exploitation et de Sauvetage
La situation est à la fois controversée et émotive. D’un côté, la région d’Aragon parle d’expoliation, tandis que la Catalogne défend les actions de l’architecte et historien Josep Gudiol. En 1936, après l’incendie du monastère par des milices anarchistes, Gudiol a trouvé des œuvres en danger de destruction. Soutenu par la Generalitat et la Junta de Museos, il a réussi à sauver ces trésors artistiques, une démarche qu’il a documentée avec une grande émotion.
Des Œuvres en Danger Après l’Incendie
Les œuvres du monastère ont souffert de temperatures élevées dépassant les 800 degrés pendant l’incendie, affectant leur composition chimique. Les fresques de la Sala Capitular, qui suivaient la forme des arcades, ont été arrachées grâce à la technique du strappo. Même après leur sauvegarde, ces œuvres ont subi des pertes irréparables, avec un tiers de la superficie complètement détruite lors de l’incendie.
Préservation dans le Musée National d’Art de Catalogne
Aujourd’hui, les œuvres sont conservées dans un environnement rigoureux au MNAC. Les salles 16 et 17 de ce musée, spécialisé dans l’art roman, sont contrôlées avec précision en matière de climat, d’humidité et de polluants. Tout changement dans ces conditions déclenche des alarmes, car des variations même mineures pourraient causer des dommages irréparables aux œuvres.
Analyse et Récupération des Œuvres
Des analyses récentes ont révélé que les œuvres sont extrêmement sensibles. En juin, une micromesure de peinture a été prélevée, mais elle s’est rapidement dégradée lorsqu’elle a été exposée à des conditions environnementales différentes. D’autres études menées sur des échantillons précédents ont mis en évidence un potentiel de réactivité chimique, avec la formation de sels nocifs nuisant au pigment.
Une Notion de Fragilité
Les restaurateurs utilisent le terme “artefact” pour désigner ces pièces extraordinaires plutôt que de les appeler peinture murale. Cette terminologie souligne la fragilité de la couche de pigment, qui est d’une épaisseur à peine millimétrique. Ce pigment repose sur un adhésif organique, la caseína, fixée sur une toile ancienne, pour ensuite être solidaire d’un support en bois.
La situation du Monastère de Sijena illustre à quel point la lutte pour protéger et préserver notre patrimoine culturel est complexe. Les histoires d’artefacts perdus obligent à réfléchir à la manière dont nous valorisons et préservons notre histoire collective. Les efforts pour restaurer et récupérer ces œuvres sont des témoignages d’une volonté de rendre justice à un passé souvent emporté par les flots du temps et des conflits.
