Jean Ziegler : Un intellectuel engagé s’éteint à 92 ans

Le 10 juin 2026, le monde a dit adieu à Jean Ziegler, un éminent sociologue suisse et critique acerbe de la globalisation et du capitalisme. À 92 ans, sa disparition a suscité une vague d’émotions, tant sur le plan national qu’international. Connu pour ses idées provocatrices et ses écrits percutants, Ziegler laisse un héritage d’engagement et de contestation.

Un parcours atypique et engagé

Né à Thun en 1934 sous le nom de Hans Ziegler, il grandit dans une famille bourgeoise avant de fuir à Paris à l’âge de 18 ans. C’est dans la capitale française qu’il découvre le marxisme et fréquente des figures emblématiques de la gauche, notamment Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre. Cette ambiance intellectuelle sera déterminante pour forger ses convictions.

En tant qu’auteur et conseiller de l’ONU, Ziegler s’est engagé à combattre les injustices mondiales. Sa carrière politique débute en 1967 lorsqu’il devient député du Parti socialiste suisse, et il occupera plusieurs mandats jusqu’en 1999.

Les critiques acerbes de Jean Ziegler

L’une de ses œuvres majeures, “Une Suisse, au-dessus de tout soupçon”, parue en 1976, lui vaut une reconnaissance immédiate pour avoir dénoncé les pratiques douteuses de grandes entreprises suisses. Il ne se limite pas à la critique des entreprises : il dénonce également le rôle de la Suisse comme un centre de blanchiment d’argent lié au crime international dans son livre “La Suisse nettoie plus blanc”. Ces accusations lui attirent de vives critiques, et il est souvent qualifié de traître par ses compatriotes.

Un héritage controversé

Les écrits de Ziegler, bien que souvent best-sellers, ont aussi été à l’origine de nombreux procès pour diffamation. Il a dû payer des centaines de milliers de francs à des personnes qu’il avait dénoncées, mais cela n’a jamais freiné son élan.

Ziegler a également attiré des controverses en défendant des figures controversées comme Pol Pot et Muammar al-Gaddafi, qu’il a qualifiées de “révolutionnaires” à leurs débuts. Il a souvent admis ces erreurs au cours de sa carrière, tout en continuant à soutenir d’autres leaders populistes comme Hugo Chávez.

Un dernier mot sur son impact

Jean Ziegler n’était pas seulement un académicien, mais un voix forte pour les opprimés. À l’occasion de son 90e anniversaire, il affirmait se sentir “privilégié parmi les privilégiés”, conscient de la complexité de sa position dans un monde qu’il critiquait. Résidant à Russin près de Genève, son dernier souffle marque la fin d’une époque marquée par des luttes intellectuelles et éthiques.

Ziegler laisse derrière lui un héritage de questionnements sur la justice sociale et les inégalités économiques. Dans un monde de plus en plus inégalitaire, ses réflexions résonnent encore aujourd’hui, appelant chacun à réfléchir sur son propre rôle face aux injustices systémiques.



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