Évolution de la demande externe en Espagne

Les récentes données de la Comptabilité Nationale fournies par l’INE révèlent une tendance préoccupante pour l’économie espagnole. Après une période de reprise post-pandémie, où le secteur extérieur avait contribué pour 78% à la croissance du PIB fin 2022, la dynamique a changé. Actuellement, la demande interne, comprenant la consommation et l’investissement, a pris le relais, entraînant une contribution négative de -0,8 points de pourcentage de la demande externe au PIB, qui a crû de 2,8% en termes interannuels.

Le retour à un excédent négatif

Ce retournement marque un retour à une situation où l’Espagne importe plus qu’elle n’exporte. Ce déséquilibre pose question : serions-nous en train de revivre les erreurs du passé, notamment un investissement excessif et un déséquilibre chronique ?

Analyse des conséquences du déficit

Traditionnellement, un déficit est perçu comme un signe de perte de compétitivité. Toutefois, le contexte est fondamental. Un déficit chronique financé par une consommation inutile est dangereux, tout comme un excédent structurel qui freine l’activité nationale. Des experts comme Mario Draghi et Enrico Letta soulignent une ironie européenne : bien que l’Europe soit riche en épargne, elle souffre d’un manque d’investissement productif.

L’équilibre entre épargne et investissement

Un pays avec un solde de compte courant positif, comme l’Allemagne, « exporte » son épargne pour financer d’autres économies. À l’inverse, un solde négatif signifie que l’Espagne doit « importer » de l’épargne pour financer son investissement ou sa consommation. L’enjeu n’est pas de savoir quel est le signe du solde, mais pourquoi il est là et comment il est utilisé.

Déficit vertueux ou vicieux?

Pour l’Espagne des années 2024-2025, un déficit n’est pas nécessairement mauvais si deux conditions sont remplies : la durabilité et l’objectif de cet investissement. Si le déficit provient de l’importation de technologies et de services avancés destinés à améliorer la productivité, il serait alors considéré comme un « déficit vertueux ».

Les erreurs du passé

Cependant, des craintes demeurent. Si le déficit actuel est uniquement le résultat d’une consommation excessive ou d’une bulle immobilière, alors nous risquons de répéter les erreurs ayant conduit à la Grande Récession. Selon diverses études, des déficits chroniques nous ont déjà rendus vulnérables à des crises multiples.

Un appel à l’action pour l’Europe

Les diagnostics de Draghi et Letta soulignent un besoin urgent en Europe : réorienter l’épargne domestique vers des investissements locaux, afin de ne pas perdre en compétitivité face aux États-Unis et à la Chine. Si l’Espagne mobilise le capital privé pour mener ce changement, un retour temporaire à des soldes extérieurs négatifs pourrait être naturel.

Le vrai défi : maximiser l’efficacité de l’investissement

Il est crucial de ne pas se focaliser sur le signe du solde de la balance des paiements, mais plutôt sur la qualité des flux financiers et leur utilisation efficace. Un déficit peut être acceptable s’il reflète un pays attirant des investissements étrangers dans des secteurs novateurs.

Conclusion

Le défi de la politique économique espagnole ne réside pas dans la simple restriction de la demande interne pour créer un excédent artificiel, mais dans l’assurance que chaque euro importé soit dirigé vers des projets améliorant la productivité. Ainsi, la croissance actuelle pourrait se transformer en prospérité future, et le déficit d’aujourd’hui pourrait devenir l’investissement nécessaire pour assurer cette prospérité. Les indicateurs signalent que si la contribution négative de la demande externe ne s’accompagne pas d’une amélioration significative de la productivité, les enjeux deviennent sérieux.



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