Tim Roth vers le bas une autre margarita. A ses côtés une femme perpétuellement au téléphone et très nerveuse (Charlotte Gainsbourg) et deux garçons. Une famille en vacances. Ce n’est pas tout à fait le cas, et le fait que les deux adultes ne soient pas mari et femme, mais frère et sœur n’est que le premier d’une série de moments où Coucherle film de Michel Franco en salles à partir du 14 avril, prend le spectateur au dépourvu. L’idylle, un hôtel de luxe avec piscine privée et mariachi jouant ad personam, est bientôt interrompu. Un coup de téléphone rappelle tout le monde à l’ordre, la maman est malade, les valises sont vite faites, nous courons à l’aéroport. La frénésie n’infecte pourtant pas l’homme, il ne peut pas partir, il ne trouve pas le passeport, qu’ils embarquent, il va les rejoindre.
Tim Roth et Charlotte Gainsbourg dans Sundown.
Évadez-vous au coucher du soleil
Qu’est-ce qui ne va pas chez lui, on se demande : pourquoi la douleur et l’angoisse du sort de sa mère ne l’infectent-elles pas ? Pourquoi choisir de quitter le paradis pour les riches et déménager sur une plage pour les gens ordinairesavec tous les risques que cela comporte (un règlement de comptes sur la plage, l’argent volé dans la chambre du modeste hôtel où le chauffeur de taxi incompris lui conseille de rester) ? Coucher est l’histoire de une crisedepuis une sortie de scène comme le titre (“coucher de soleil”) l’indique, de la conséquences d’un péché originel (Gainsbourg dirige un empire et le business en dit long : les abattoirs) ?

Réalisé par Michel Franco
Le Mexicain Michel Franco, qui pour la deuxième fois – après Chronique (2015) – dirige le Londonien désormais naturalisé des États-Unis, ce désir choisit de profiter pleinement de sa capacité à s’abandonner, à se traîner de pont en pont, de bouteille en bouteille sans se poser une seule des questions qui occupent la tête du spectateur. Présenté en compétition à la dernière Mostra de Venise, il a laissé presque tout le monde sur sa faim. Le film précédent de Franco, Nouvelle commandevainqueur du Grand Prix du Jury 2020, c’était un pur choc : lutte des classes, révolution, siège, dictature. Dans Coucher il y a un mystère, bien sûr, et tout est dans les sourires sommaires et ambigus de son protagoniste, un homme qui semble se laisser emporter par ses tongs. Fondamentalement, ce n’est pas une mince affaire.
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