Le Grand Four Solaire d’Odeillo

En plein été, il est possible de frémir devant un œuf sur le capot d’une voiture stationnée au soleil, une simple démonstration du potentiel thermique du soleil. Cependant, cette idée est modeste comparée à ce qui se passe dans les Pyrénées françaises. Là-bas, un bâtiment enchâssé dans la montagne concentre la lumière du soleil pour générer une chaleur artificielle d’une telle intensité qu’elle peut faire fondre l’acier.

Présentation de l’installation

Il s’agit du four solaire d’Odeillo, situé à Font-Romeu-Odeillo-Via, l’une des deux installations de ce type les plus grandes et puissantes au monde, avec celle de Parkent en Ouzbékistan. Ce qui attire le plus l’attention est son immense miroir concave de 54 mètres de hauteur et 48 mètres de large, composé de 9 000 facettes. Ce design permet de concentrer la lumière du soleil jusqu’à 10 000 fois son intensité naturelle, atteignant des températures comprises entre 3 300 et 3 500 °C.

Le fonctionnement du système

Le dispositif s’articule autour de deux éléments optiques : un champ de 63 miroirs plats motorisés qui suivent la trajectoire du soleil, renvoyant constamment sa lumière vers un grand réflecteur parabolique fixe d’une surface de 1 830 mètres carrés. Toute cette lumière converge vers un point focal, une tour de seulement 40 centimètres de diamètre, où elle développe une puissance thermique d’un mégawatt.


La installation de Odeillo. Philipendula via Wikimedia

Historique et contexte

Les origines du four solaire d’Odeillo remontent aux années 1940, lorsque le chimiste Félix Trombe, alors directeur d’un laboratoire de terres rares, réussit à concentrer la lumière solaire à l’aide d’un miroir de défense antiaérienne. En 1949, le premier prototype est construit à Mont-Louis, près d’Odeillo. Entre 1962 et 1968, la version actuelle prend forme, choisie pour son emplacement optimal dans la Cerdaña française, qui bénéficie d’un grand nombre de jours ensoleillés par an et d’une atmosphère de grande pureté optique.

Chiffres clés du four solaire d’Odeillo

  • Hauteur du réflecteur principal : 54 mètres
  • Surface du miroir parabolique : 1 925 mètres carrés
  • Puissance thermique nominale : 1 mégawatt
  • Température maximale : 3 500 °C
  • Facteur de concentration solaire : 10 000 fois la radiation solaire normale

Importance et applications

Inauguré en 1969, le four solaire d’Odeillo représente une avancée majeure vers l’exploitation à grande échelle de l’énergie solaire à des fins industrielles, bien avant que les centrales photovoltaïques ne deviennent courantes. Bien que son rôle soit principalement axé sur la recherche, il a ouvert la voie aux premières centrales solaires à tour, comme celle de Thémis dans les années 80.

Ses principales applications actuelles comprennent l’étude et la production de matériaux résistants à des conditions extrêmes pour l’industrie aéronautique et le développement de combustibles solaires. Un projet récent, Sunfuel, illustre l’utilisation de la chaleur du four pour créer des combustibles alternatifs à partir d’oxydes métalliques.

Limites et perspectives d’avenir

Bien qu’il soit un chef-d’œuvre d’ingénierie, il est crucial de noter que le four solaire d’Odeillo n’est pas une centrale électrique. Sa production d’électricité est négligeable et il ne figure pas dans le mix des énergies renouvelables actuel. Comparé à Parkent, les deux installations sont les seules à atteindre une puissance théorique de 1 000 kW, mais Odeillo se distingue par sa puissance réelle, atteignant 1 000 kW contre 700 kW pour son homologue ouzbek en raison de son altitude supérieure et de l’intensité solaire disponible.



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