## La nouvelle génération de créateurs de contenu
Récemment, j’ai assisté à la Media Maratón de Valence, et ce que j’y ai observé m’a profondément interpellé. De nombreux coureurs, à peine quelques mètres après le départ, avaient déjà le bras tendu, enregistrant leurs performances. Au fil de la course, cette scène est devenue omniprésente, compromettant non seulement leur posture, mais aussi le rythme de ceux d’entre nous qui cherchaient à dépasser ces créateurs d’images en permanence.
### L’obsession de la mise en scène
À l’arrivée, la scène atteignait son paroxysme. Beaucoup de coureurs sortaient leurs téléphones pour exécuter une sorte de chorégraphie, échangeant des regards fatigués et des sourires victorieux, comme s’ils avaient tous convenu d’une mise en scène prédéterminée. Cette instantanéité, bien que captivante, soulève des questions sur la nature de notre expérience.
### Une culture de l’auto-documentation
En discutant avec mes amis après la course, j’ai découvert une face cachée de ce phénomène : des TikToks avec des musiques inspirantes et des monologues sur la persévérance, tous soigneusement empaquetés et prêt à être monétisés, même si ce n’est qu’en “likes”. Ce phénomène est révélateur d’une tendance où chacun s’est fait porteur d’une narration personnelle à partager.
#### Des travailleurs non rémunérés
Ce qui est frappant, c’est que peu de ces individus étaient de véritables influenceurs. Aucun sponsor ne les attendait, mais ils se sont portés volontaires pour devenir des éditeurs de leur propre vie, stérilisant leurs expériences au profit de la performance. La course elle-même devient un simple décor, un environnement pour mettre en valeur le “moi” comme contenu.
### Une vie pré-écrite et pré-digérée
Loin de simplement documenter leur vie, ces individus participent à une existence pré-documentée, façonnée pour être racontée. Ils ont tellement intégré la dynamique du contenu numérique qu’ils ne peuvent plus ressentir sans se demander comment cela se traduira à l’écran. L’angoisse de la performance remplace le sentiment brut de l’expérience.
#### Une servitude volontaire
Ainsi, nous avons engendré une génération qui s’emploie comme documentaliste de son existence, sans contrat ni rémunération, mais avec la discipline d’un véritable professionnel. Le bras tendu pendant une course est devenu le symbole de cette nouvelle servitude : une quête pour produire une version distribuable de leur vie, souvent au détriment de l’expérience immédiate.
### Entre vivre et performer
Il est temps de réfléchir à cette scission entre vivre pleinement et produire du contenu sur cette vie. L’algorithme des réseaux sociaux n’a même plus besoin de nous rémunérer pour obtenir notre dévouement ; nous avons oublié la distinction entre la course elle-même et la production de contenu sur cette course. Nous produisons des récits tout en simulant une vie authentique.
Au final, ce phénomène pose des questions cruciales. Que signifie aujourd’hui vivre véritablement lorsque chaque moment est une opportunité de contenu ? Pourrons-nous encore apprécier la vie sans l’objectiver au travers d’un écran ?

