La crise du logement en Espagne : construire n’est pas la solution
L’Espagne fait face à une crise du logement qui préoccupe de plus en plus la population. Alors que les dernières enquêtes et mouvements sociaux soulignent les difficultés d’accès à un foyer, les débats oscillent autour des solutions possibles. Des chercheurs de l’Université Polytechnique de Catalogne (UPC) remettent en question l’idée largement acceptée selon laquelle il suffirait de construire davantage pour résoudre cette crise.
Déficit de logements ou excès de propriétés ?
Une étude récente menée par Blanca Arellano-Ramos et Josep Roca-Cladera, professeurs à l’ETSAB de l’UPC, aborde de front la question du déficit de logements en Espagne. Alors que le Banco de España estime qu’il manquerait 700 000 logements pour équilibrer l’offre et la demande, les chercheurs soulignent que cette perspective néglige un aspect fondamental : l’excès de logements accumulé entre 2011 et 2021.
Entre 2011 et 2021, le stock de logements a surpassé le nombre de foyers de près d’un million, avec un total d’environ 8,1 millions de logements vacants en 2021. Une telle accumulation suggère qu’il existe un “colchón” suffisant pour absorber les fluctuations de demande, rendant la notion de déficit questionnable.
Les implications de cette surabondance
Ce surplus inclut de nombreuses résidences secondaires et des propriétés inoccupées. Selon l’INE, environ 3,84 millions de logements, soit 14,4% du parc immobilier, étaient inoccupés en 2021. Ce chiffre dépasse largement le seuil considéré comme “acceptable” de 5%. Les chercheurs insistent sur l’importance de la distribution géographique de ces biens, car de nombreuses propriétés se trouvent dans des zones où la demande est faible.
Construire plus : une fausse solution ?
La question reste donc : que se passerait-il si l’on construisait encore plus de logements ? Arellano-Ramos et Roca-Cladera adoptent une approche sceptique. Ils estiment qu’accroître l’offre ne garantirait pas une diminution des prix. Selon eux, l’augmentation de la construction pourrait même exacerber les problèmes, notamment en alimentant des bulles immobilières, semblables à celles des années 2000.
Le constat européen
Cette dynamique n’est pas unique à l’Espagne. Les chercheurs rappellent que la hausse des prix du logement est un phénomène qui touche de nombreux pays européens. Si la majorité des pays de l’UE connaissent des tensions similaires, il devient questionnable de considérer la faible construction de nouveaux logements comme la cause principale des augmentations de prix.
Les véritables solutions à la crise du logement
Les conclusions du rapport vont au-delà de simples considérations de construction. L’un des principaux messages est que l’Espagne doit se concentrer sur la construction de logements sociaux. En 2024, la part de ces logements était inférieure à 8% du total des transactions immobilières, un niveau jugé insuffisant. Les chercheurs plaident pour un renforcement de la construction de logements protégés, insistant sur le fait que cela pourrait faciliter l’accès au marché immobilier pour les ménages les plus vulnérables.
Réglementations et dynamiques de location
Les chercheurs soulignent également la nécessité de réguler les loyers dans les zones sous pression. Ils avertissent que des mesures de contrôle des loyers ne réduiraient pas l’offre, mais qu’il existe d’autres facteurs influençant la tension sur le marché, tels que les locations saisonnières et les logements vacants.
En conclusion, la crise du logement en Espagne nécessite une approche réfléchie et multifacette. Construire davantage de maisons ne résoudra pas les problèmes d’accessibilité, et des solutions innovantes doivent être explorées pour garantir un logement adéquat pour tous les citoyens.

