La fente contre Matteo Renzi : des choix méchants
La fente contre Matteo Renzi va également dans ce sens, qui le jour où l’assemblée d’Italia Viva donne le feu vert à la fédération avec l’Action calendienne rappelle que c’est lui, en tant que secrétaire du Parti démocrate, qui l’a nommé pour les élections européennes de 2014 et donc « sans moi Schlein ne serait personne ». « J’ai été élu à Strasbourg grâce aux 53 000 préférences prises lors d’une campagne de porte-à-porte – répond Schlein -. Au lieu de cela, Renzi doit avoir le mérite de m’avoir poussé, ainsi que beaucoup d’autres, hors du Parti démocrate avec une gestion arrogante, incapable de synthétiser la diversité ». Et encore : “Après avoir humilié quiconque avait une idée différente, avec ses mauvais choix il a laissé un champ de décombres… ceux qui filtrent avec la droite ne nous diront pas ce que nous devons faire pour reconstruire la gauche”.
Non au Jobs Act, oui au revenu de base : la vision de Schlein
Et c’est ainsi que la réforme du travail de Renzi, la loi Jobs, devient le symbole de tous les maux dans la chambre du Moine, à réprimer. Et c’est ainsi que résonnent avec force les mots d’ordre de la gauche : de la nécessité d’une plus grande redistribution (le mot patrimonial ne se prononce pas mais est dans l’air) à la défense du revenu de base avec un clin d’œil clair au M5, allié d’hier et surtout de demain (“ça a empêché un million de pauvres”); de la mise en accusation du « modèle néolibéral qui se nourrit des inégalités et est inadapté à la planète » aux trois défis sur « les inégalités, le climat et la précarité ».
Croissance et mérite : les mots récupérés par Bonaccini
Les mots qui manquent à la vision de Schlein sont croissance et mérite, très présents par contre dans le discours de Bonaccini sur le terrain le 20 novembre dernier. Le gouverneur d’Émilie-Romagne rappelle que le Parti démocrate doit être le parti de la croissance car sans richesse il ne peut y avoir de redistribution et que le mot mérite est de gauche car c’est le principal ascenseur social dont disposent les pauvres. Bonaccini imagine un parti « des travaux » au lieu de « du travail », car il n’y a pas que des salariés et des ouvriers : il y a des jeunes travailleurs précaires auxquels il faut répondre, bien sûr, mais il y a aussi des millions d’indépendants et Numéros de TVA que “nous ne pouvons pas laisser à droite”. Il est clair que le Parti démocrate que Schlein a en tête (“il faut un nouveau parti”, disent ceux qui n’ont pas encore adhéré à ce parti par hasard) est un parti à forte identité qui tourne complètement à gauche alors que celui de Bonaccini imagine est toujours le parti veltronien à vocation majoritaire, c’est-à-dire le parti qui a l’ambition de parler à tout le pays et à toutes les classes sociales et pas seulement à une partie de celui-ci.
Le risque de se séparer : celui qui perd la partie s’enfuira-t-il avec le ballon ?
Si Schlein l’emportait, les réformistes d’origine catholique et libérale-démocrate se sentiraient-ils toujours représentés ? Et la gauche qui frappe avec force aux portes du Parti démocrate – en plus de l’interne, Schlein elle-même et les Bersaniens de l’article 1 sur le point de rejoindre le parti avec leur chef Roberto Speranza – se sentiraient-elles chez elles si Bonaccini devait gagner à la place ? Beaucoup sont convaincus que de toute façon le congrès dem mettra fin à une nouvelle scission, après celle de Bersani en 2017 et de Renzi en 2019, qu’il faudra prendre en compte.
L’ombre de Renzi sur le congrès dem
Certes, ce n’est pas un hasard si le leitmotiv de la discussion au Congrès porte toujours le nom de Renzi, si durement attaqué par Schein dans son discours et utilisé par les détracteurs de Bonaccini désormais en tandem avec Nardella au cri de “tu es Renziani” ou “tu es le cheval diTroia qui ramènera Renzi au Parti démocrate”. Renzi est en effet le leader qui a le plus tendu la corde du Parti démocrate du côté du réformisme gouvernemental au point de la rompre à gauche. Et maintenant, paradoxalement, elle pourrait bénéficier des effets de la corde raide de l’autre côté jusqu’à ce qu’elle casse du côté du réformisme. Car force est de constater que si l’ancien Premier ministre se rapproche idéalement de Bonaccini et de Nardella, ses anciens bras droit et gauche au moment de la prise de pouvoir du Nazaréen et de la contestation gouvernementale, il espère en son for intérieur que Schlein l’emportera pour le ” prairies” qu’ils ouvriraient à la nouvelle formation politique – la “maison des réformistes”, en fait – qui se construit avec Carlo Calenda.

