Nous avons tous une tendance naturelle à rechercher le confort intellectuel. Éprouver une sensation de sécurité, surtout dans le domaine des idées, nous pousse souvent à nous accrocher à des tópicos (clichés) bien établis. Ceux-ci ne sont pas seulement pratiques pour notre esprit, mais servent également de matelas conceptuel où se pelotonner.
Les clichés « nous parlent », car ils reflètent des croyances partagées dans notre société. Aurelio Arteta, philosophe né à Sangüesa en 1945 et professeur à l’Université du Pays Basque, souligne cela en questionnant un des postulats les plus ancrés : toutes les opinions sont-elles réellement respectables ? Cela nous amène à réfléchir sur ce que signifie vraiment ‘respecter une opinion’. Est-il intolérant de remettre ces idées en question, et doit-on respecter l’idée elle-même ou la personne qui la formule ?
“Enfrentarlas, no yuxtaponerlas”
Arteta affirme que considérer toutes les opinions comme respectables mène à une impasse : si aucune opinion n’est remise en question, alors aucune n’a réellement de valeur. Cela signifie que le degré de vérité de chaque opinion devient secondaire par rapport à un droit d’expression sans critique. Dans une interview de 2012, il stipulait qu’un vrai respect des idées implique de les confronter, pas de les juxtaposer. En fin de compte, c’est la personne derrière l’opinion qui mérite le respect, même si ses idées sont faillibles.
Il déplore une réaction commune : l’indignation face à l’idée de vouloir convaincre. Pourtant, persuader par le raisonnement est loin d’être la même chose que d’imposer ses vues, soulignant une certaine pauvreté intellectuelle ambiante.
Adopter une telle posture intellectuelle nécessite un effort: penser, raisonner, et être prêt à confronter des idées qui pourraient nous amener à remettre en question nos propres convictions. Les clichés, de plus, jouent souvent le rôle de ciment social.
Arteta note que le fait de répéter des phrases toutes faites nous permet de nous révéler conformistes, cherchant à faire partie d’un groupe, à ne pas rester isolés. Cela nous conduit à oublier que le véritable respect intellectuel ne consiste pas uniquement à dire “je respecte tes idées, mais je ne les partage pas”.
Cette conception a été également portée par José Antonio Marina, philosophe, qui a rappelé que la liberté d’expression protège les individus, mais pas le contenu de leurs opinions. Les idées doivent avoir des bases légitimes; par exemple, une assertion mathématique doit se fonder sur des principes mathématiques. Il critique fermement ceux qui avancent des idées sans fondement, comme la croyance en une terre plate, en affirmant qu’il n’implique pas d’emprisonner les individus pour leurs croyances, mais qu’il ne leur donnera pas le statut d’autorité.
Cette tendance à considérer certaines idées comme intouchables renforce la nature humaine. Le psychologue Arie Kruglanski évoque cette nécessité de fermeture cognitive où notre aversion pour l’incertitude peut nous mener à fixer des croyances sans questionnements, exigeant leur respect pour éviter tout doute sur notre perception du monde.
En conclusion, Arteta nous pousse à réfléchir sur l’importance du débat et de la confrontation des idées. Respecter une personne ne signifie pas respecter aveuglément toutes ses opinions. Au contraire, c’est en s’engageant dans des échanges intellectuels critiques que l’on peut véritablement évoluer.
Image de Carlos Torres via Unsplash.
En parcourant cette réflexion, nous sommes tous invités à adopter une position plus ouverte, critique, tout en respectant profondément la dignité humaine à la base de chaque discussion.

