Un vertedero sous les flots : le drame des déchets radioactifs en mer Galicienne
“Ahí abajo no hay vida”. Ce slogan a longtemps défié la réalité, cachant un gigantesque cimetière marin : des centaines de milliers de bidons radioactifs, perdus dans les profondeurs de l’Atlantique. À environ 300 milles nautiques du cap Fisterra, en Galice, le Projet Nodssum a récemment tiré la sonnette d’alarme sur cette catastrophe environnementale.
La découverte alarmante
Contrairement à la légende, des missions scientifiques françaises ont révélé l’existence de milliers de barils, dont seulement 1 000 sur les 220 000 estimés ont été localisés jusqu’à présent. Des fuites de radionucléides dépassant les niveaux acceptables ont été détectées, alimentant des craintes quant à l’impact de ces déchets sur les écosystèmes marins.
Origine et étendue du problème
Un héritage dangereux
Le problème remonte à 1946. Jusqu’au début des années 90, des navires de plusieurs pays européens ont déversé des déchets radioactifs de faible et moyenne activité dans cette région de l’Atlantique, qui mesure environ 10 000 km². Ce site est désormais considéré comme le troisième plus grand dépotoir de déchets nucléaires de la planète.
Types de déchets et localisation
Les déchets se composent non seulement de résidus nucléaires militaires et civils, mais aussi de l’équivalent de “déchets de laboratoire”, tels que des gants contaminés et des lodos. La cartographie initiale du site n’a pas même permis de documenter 1 % de la totalité des déchets, et actuellement, seule une fraction de 3 500 barils a été identifiée grâce aux avancées technologiques, comme le robot autonome UlyX.
Mobilisation et recherche
Des années de lutte écologiste
La première alerte a été donnée par le Xurelo, un bateau de pêche, en 1981. La Esquerda Galega, avec l’appui d’écologistes de Greenpeace, a interrompu des opérations de déversement auprès de la Fossa Atlántica, ce qui a mené à l’instauration d’une moratoire sur ces décharges.
Campagnes de sensibilisation
La campagne NODSSUM-I a été mise en place pour rendre visible cette menace. Des efforts continus depuis plus de dix ans ont permis d’élargir la zone mappée jusqu’à 140 km². Avec un sous-marin, Nautile, les chercheurs ont pu observer l’état des containers à plus de 4 000 mètres de profondeur.
Conséquences environnementales
Un état critique des barils
Les observations montrent des barils corrodés, colonisés par l’anémone, et des fuites de matières encapsulantes telles que du goudron et du ciment. La salinité marine aggrave la dégradation des barils, qui ne respectent plus les normes de sécurité.
Analyse de la faune et de l’eau
Les expéditions ont permis de recueillir 345 échantillons de sédiments et 5 000 litres d’eau, sans détection d'”anomalies”, bien que les radionucléides dépassent les prévisions initiales.
Vers une gestion des déchets ?
Défis du retraitement
Le grand défi reste de savoir s’il est possible d’enlever ces 200 000 barils. Bien que techniquement faisable, les implications politiques, financières et le risque potentiel d’effondrement des barils durant le processus rendent l’opération complexe.
Une menace persistante
Les scientifiques s’interrogent sur les effets à long terme de l’accumulation de radiactivité dans la chaîne alimentaire marine. Les écosystèmes, adaptés à la vie marine profonde, doivent maintenant faire face à un héritage nucléaire qui pourrait bouleverser l’équilibre du milieu.

