Spotify et la musique générée par IA : un revirement stratégique

En quelques semaines, la posture de Spotify vis-à-vis de la musique générée par intelligence artificielle (IA) a évolué de manière significative. Il y a quelques mois, la plateforme a retiré plus de 75 millions de pistes jugées frauduleuses, tout en lançant un label permettant aux auditeurs d’identifier les artistes humains. Cependant, lors de la réunion des investisseurs du 21 mai, il est devenu évident que la préoccupation principale de Spotify est davantage de monétiser la musique générée par IA que d’en limiter l’accès.

Les mesures préventives prises par Spotify

À partir de septembre 2025, Spotify a appréhendé l’ampleur de la musique générée par IA en retirant des contenus considérés comme nuisibles. Selon les rapports, des millions de pistes ont été enlevées, dont beaucoup étaient liés à des tentatives de manipulation de royalties, des clones vocaux non autorisés et des contenus que les dirigeants eux-mêmes qualifiaient de “slop” (malfaçon). En parallèle, des plateformes concurrentes comme Deezer ont aussi lutté contre le fléau des pistes IA, révélant que jusqu’à 77% de leurs écoutes étaient frauduleuses.

Vérification des artistes : “Verified by Spotify”

À peine quelques semaines avant la réunion des investisseurs, Spotify a lancé le label “Verified by Spotify”. Cette initiative a pour but de distinguer les artistes humains des créations IA. Pour obtenir ce label, les artistes doivent montrer une activité authentique sur diverses plateformes, y compris les réseaux sociaux. Cependant, malgré ces exigences, l’essor de la musique IA se poursuit avec succès.

Partenariat avec Universal Music Group

Un point clé des discussions avec les investisseurs a été un nouvel accord de licence avec Universal Music Group, permettant aux abonnés de Spotify Premium de créer des covers et des remixes de chansons via une IA générative. Cette fonctionnalité sera disponible en tant que supplément payant sur l’abonnement habituel. Spotify envisage de facturer jusqu’à 5,99 dollars supplémentaires pour ce niveau “Music Pro”, offrant notamment des avantages exclusifs aux superfans.

Un modèle économique innovant

Selon Alex Norström, co-CEO de Spotify, cette nouvelle possibilité pourrait produire une multiplication exponentielle des chansons, une piste pouvant devenir 10 000 chansons différentes. De plus, l’accord prévoit un partage des revenus avec les artistes qui participent au projet, bien que leur participation soit consensuelle.

Réguler plutôt que freiner l’IA

Lors d’une interview, Norström a défendu l’idée que, face à la multitude d’outils de manipulation musicale non régulés, Spotify aspire à être l’option légale et contrôlée. Sa position est que le marché de la musique synthétique existe déjà et que les tentatives de le freiner seraient futiles. Ainsi, Spotify prône une régulation interne avec les maisons de disques, transformant ce défi en opportunité économique pour tous les acteurs impliqués.

La réaction du secteur

La nouvelle approche de Spotify arrive à un moment où le débat sur l’utilisation de l’IA dans la musique est sur le devant de la scène. Des figures de l’industrie, comme le producteur Jack Antonoff, ont exprimé leur opposition à l’usage de l’IA en musique. Norström a reconnu qu’il existe une certaine “négativité” entourant l’IA, qualifiant cette réaction de “raisonnable”.

Conclusion : vers une nouvelle ère de la musique

La transformation nette de Spotify, passant d’une approche critique de la musique générée par IA à une stratégie de croissance, soulève une question essentielle : peut-on réellement réguler ce phénomène tout en en faisant une source de revenus ? L’avenir montrera si cette nouvelle stratégie réussit à concilier l’authenticité artistique et les opportunités économiques offertes par la musique générée par IA.



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