Les Mystères des Sangliers de Tchernobyl
Quarante ans après l’accident de la centrale nucléaire de Tchernobyl, les sangliers de la région continuent d’intriguer et de fasciner. Ces animaux résilients, habitant l’une des zones les plus contaminées d’Europe, soulèvent de nombreuses questions, notamment en ce qui concerne leur niveau de radioactivité.
Une Espèce Hautement Radioactive
La Détection du Mystère
En 2023, des chercheurs ont finalement percé le mystère entourant la haute radioactivité des sangliers comparativement à d’autres espèces. Il s’avère que la réponse réside moins dans l’accident nucléaire en lui-même que dans des événements antérieurs.
Cesium-137 et Radioactivité
Pour comprendre cela, il est essentiel d’explorer le rôle d’un isotope radionucléide clé, le cesium-137 (Cs137). Avec un temps de demi-vie d’un peu plus de 30 ans, logiquement, l’intensité de la radiocontamination devrait diminuer au fil du temps. En effet, les atomes de cesium tendent à se dissiper dans le sol ou à être entraînés vers les cours d’eau.
La Paradoxe du Sanglier Sauvage
Contrairement à des espèces telles que les cerfs ou les chevreuils, dont les niveaux de radioactivité ont largement diminué dans la région, les sangliers semblent avoir des niveaux de radiation presque constants. Ce phénomène, connu sous le nom de “paradoxe du sanglier sauvage”, défie les attentes liées à la loi de la désintégration radioactive.
L’Impact des Tests Nucléaires
La clé pour résoudre ce mystère réside dans un autre isotope, le cesium-135 (Cs135), dont le temps de demi-vie est beaucoup plus long. Les chercheurs ont démontré que la présence de Cs135, principalement issue de tests nucléaires antérieurs (68% de sa concentration), était à l’origine de la radiation persistante mesurée chez les sangliers. En comparaison, 90% du Cs137 en Europe provient de l’accident de Tchernobyl.
La Nourriture des Sangliers et la Contamination
Un autre facteur expliquant la radioactivité des sangliers est leur régime alimentaire. Ces animaux consomment des truffes spécifiques (Elaphomyces) qui se développent à des profondeurs de 20 à 40 cm. Au fil des ans, le cesium radiactif, tant du désastre nucléaire que des tests, a migré vers ces profondeurs, contaminant les truffes que les sangliers consomment.
De Tchernobyl à la Bavière
Un étude récente a examiné une population de 48 sangliers dans le sud de l’Allemagne, en Bavière. Publiés dans la revue Environmental Science & Technology, les résultats montrent que le niveau de radioactivité chez ces animaux ne diminuera pas à court terme, rendant improbable une convergence vers les niveaux de radiation observés chez d’autres animaux similaires.
Conséquences à Long Terme
Cette plus grande radioactivité rend ces sangliers indésirables pour les chasseurs, ce qui fait que leur population est susceptible d’augmenter. Bien qu’il soit possible que leur expansion en Europe centrale contribue à une diminution progressive des niveaux de radiation, ce processus pourrait prendre plusieurs décennies.
Conclusion
La situation des sangliers de Tchernobyl témoigne des effets durables de la contamination radioactive et des conséquences écologiques d’accidents nucléaires. Les découvertes récentes sur leur radioactivité ouvrent la porte à de nouvelles réflexions sur la santé des écosystèmes affectés.

