La guerre des narrations sur l’IA et l’emploi

Une lettre controversée

Andrew Ng, cofondateur de DeepLearning.AI et ancien responsable de Google Brain, a récemment publié une lettre intitulée « There will be no AI jobpocalypse » (« Il n’y aura pas d’apocalypse de l’emploi liée à l’IA »). Dans cette déclaration, Ng affirme que l’idée d’un effondrement du marché du travail causé par l’intelligence artificielle est non seulement exagérée, mais également néfaste. Il soutient que la demande d’ingénieurs en logiciel reste forte, citant des dépêches de médias réputés qui participent à cette narration pessimiste.

Des chiffres inquiétants

Le taux de chômage aux États-Unis se situe à 4,3 %, Ng indiquant que nous ne sommes pas en présence d’une apocalypse, mais plutôt d’un « jobapalooza », terme qu’il utilise pour décrire une ère de création d’emplois. En revanche, Dario Amodei, PDG d’Anthropic, soutient que l’IA pourrait éliminer la moitié des emplois administratifs en cinq ans. Deux visions opposées, mais également influencées par des intérêts économiques divergents.

Le marché du travail en mutation

Dans le premier trimestre de 2026, plus de 81 747 licenciements ont été signalés dans les entreprises technologiques américaines, selon The Kobeissi Letter. La moitié est attribuée à l’IA et à l’automatisation. Des entreprises comme Amazon et Oracle ont massivement réduit leurs effectifs, tandis qu’elles continuent de croître financièrement.

Des raisons derrière les licenciements

Sam Altman, CEO d’OpenAI, a mentionné un phénomène qu’il appelle le « AI washing », où les entreprises imputent des licenciements qui auraient de toute façon eu lieu à l’IA. Ce discours favorise les entreprises au détriment du personnel. Les entreprises sont motivées à augmenter leur productivité tout en réduisant leurs coûts, une option plus facile à vendre que d’admettre qu’elles ont embauché trop de personnel pendant la pandémie.

Narrations apocalyptiques

Ng identifie trois moteurs derrière la narration apocalyptique concernant l’IA. Premièrement, les laboratoires d’IA bénéficient d’une surestimation de la puissance de leur technologie. Deuxièmement, les entreprises SaaS profitent d’un ancrage des prix sur la base des salaires. Enfin, les sociétés utilisent l’IA comme prétexte pour justifier des licenciements.

Le dilemme financier

Un aspect crucial à noter est la valorisation de ces entreprises : OpenAI a récemment levé des fonds atteignant 122 milliards de dollars, tandis qu’Anthropic vise une valorisation de 900 milliards. Pour maintenir ces chiffres, il est essentiel de vendre l’idée que l’IA n’est pas simplement un logiciel, mais qu’elle peut remplacer des employés.

La question de la narration

Le débat autour de l’IA génère inévitablement des narrations qui ne sont pas nécessairement neutres. Ng et Amodei, tous deux experts reconnus, apportent des récits qui peuvent influencer le marché et les perceptions du public sur l’avenir du travail. Il est essentiel de se demander ce que chaque prédiction vend réellement.

Conclusion : une réalité nuancée

En fin de compte, l’affirmation « il n’y aura pas d’apocalypse de l’emploi » n’est pas une position neutre. Les forces économiques derrière ces narrations colorent le discours public, créant des perceptions qui peuvent influencer l’emploi à long terme. Les ouvertures dans le domaine de l’IA contrastent avec les pertes d’emploi, laissant une question cruciale en suspens : laquelle des deux narrations sert vos intérêts ?



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