Le drame de la famine en Hollande en 1944
La Seconde Guerre mondiale n’a pas seulement marqué les esprits par ses conflits militaires, mais également par les souffrances infligées aux populations civiles. En 1944, en Hollande, l’occupation nazie engendre le tragique “Hongerwinter” ou “hiver de la faim”. Alors que la résistance des Hollandais s’intensifie, l’armée allemande impose un embargo sur l’approvisionnement alimentaire, provoquant des rations désastreuses dans des villes comme Amsterdam et Rotterdam où les habitants ne consommaient que 580 kilocalories par jour.
Une alimentation tragique
Durant cette période de pénurie extrême, les habitants se retrouvent contraints de consommer tout ce qui peut être mangé, y compris des aliments dangereux comme les tulipes, dont la toxicité est bien connue. Cependant, ce que la population ne réalisait pas, c’était que cette famine impitoyable allait mener à une découverte capitale : la connaissance de la maladie cœliaque.
Un regard sur la santé des enfants
Dans cette période difficile, le Dr Willem Karel Dicke, pédiatre à La Haye, observe que certains enfants hospitalisés semblent s’améliorer, malgré les conditions désastreuses. Alors que la mortalité infantile atteignait des niveaux alarmants, les enfants présentant des symptômes de malnutrition ne souffrent pas autant que prévu, voire montrent des signes de rétablissement.
La découverte de la maladie cœliaque
Les recherches de Dicke le poussent à expérimenter différents types de céréales. En analysant l’effet du pain et des produits à base de blé sur la santé des enfants, il découvre que la maladie cœliaque est causée par une réaction au gluten, bien que cela ait été inutilisé comme explication jusqu’à présent. En 1950, grâce à ses recherches, il parvient à poser le diagnostic qui va révolutionner la compréhension de cette condition qui existait depuis l’Antiquité, mais sans nom.
L’impact des recherches
Les travaux de Dicke lui apportent une reconnaissance, avec une candidature possible pour le Prix Nobel en 1962, bien qu’il décède peu avant la cérémonie. Ses découvertes continuent de guider les recherches sur la maladie cœliaque, une condition souvent mécomprise, alors qu’elle connaît une fréquence de diagnostic bien inférieure à la réalité correcte. Des études contemporaines suggèrent qu’elle pourrait toucher jusqu’à 2 % de la population dans les pays développés.
Une maladie méconnue
La maladie cœliaque, bien qu’identifiée, demeure l’une des conditions les plus compliquées à diagnostiquer. Avec ses manifestations variées, y compris en relation avec des troubles neurologiques, la recherche continue de progresser afin d’améliorer la détection et le traitement. De nos jours, les chercheurs estiment que le nombre de personnes affectées pourrait être dix fois supérieur aux chiffres officiels.
Ainsi, tandis que l’occupation nazie infligeait des souffrances incommensurables, elle ouvrait aussi la voie à des découvertes médicales essentielles qui ont sauvé des vies et continuent d’influencer la médecine moderne.

