Le Contenu des Crédits Suplementaires
Les crédits supplémentaires constituent une pratique courante en matière de politique fiscale. Les budgets prévisionnels sont naturels, mais ne peuvent anticiper toutes les besoins qui surgiront au cours de l’année. Ainsi, l’introduction de ressources additionnelles est justifiée lorsque de nouveaux revenus ou des demandes urgentes émergent. Cependant, la problématique ne réside pas dans l’outil lui-même, mais dans les priorités qu’il met en lumière.
Interrogations sur l’Utilisation des Ressources
Le projet présenté par le gouvernement pour l’incorporation de S/ 9.596 millions au budget de 2026 soulève une question délicate : finançons-nous les besoins les plus urgents du pays ou assistons-nous à la dernière “distributions” avant un changement de gouvernement ?
Cette interrogation prend de l’ampleur, car ce crédit s’inscrit à quelques semaines de l’arrivée d’une nouvelle administration prévue le 28 juillet. Cela signifie que nous sommes en présence d’un gouvernement en fin de mandat, avec une capacité politique restreinte et de faibles incitations à favoriser une vision stratégique à long terme.
Pressions Élevées
Dans ces contextes, les pressions pour satisfaire des demandes accumulées et des groupes d’intérêts s’intensifient, entraînant l’exécution d’un maximum de ressources avant la clôture du cycle politique.
Analyse de la Composition du Projet
La répartition des ressources dans ce projet est révélatrice. Parmi les principales affectations, on trouve :
- S/ 212 millions pour un bonus extraordinaire pour les enseignants et assistants.
- Augmentations salariales pour divers segments du secteur éducation.
- S/ 57 millions pour l’implémentation de gratifications pour les travailleurs CAS.
- S/ 151 millions supplémentaires pour le Congrès de la République.
- S/ 200 millions pour les Jeux Panaméricains de 2027.
- S/ 401 millions liés au prochain processus électoral.
Questions Légitimes
Il est crucial de ne pas présumer que chaque ligne budgétaire est dépourvue de justification. Cependant, avec un ajout de presque dix mille millions de sols, il est essentiel de se concentrer sur les priorités nationales les plus pressantes. Un des points d’interrogation tourne autour de la prévention des catastrophes, un aspect largement absent du projet. Alors que plusieurs organisations internationales surveillent les conditions océaniques et les risques du Phénomène de El Niño, aucune stratégie claire de prévention n’est mise en avant.
Qualité de l’Investissement Public
Une autre incertitude concerne la qualité des investissements publics prévus. Bien que environ 70% des ressources soient affectées à des dépenses d’investissement, une grande partie de ces fonds est éparpillée sur plus de 2.300 projets régionaux et locaux. Cela soulève des doutes sur la véritable priorisation.
Les Défis du Projet
Les défis pour l’État péruvien sont nombreux : il peine à achever des projets. Des analyses révèlent qu’à peine trois sur dix des investissements publics atteignent leur conclusion. Le vrai problème n’est pas le manque de projets, mais la capacité à les mener à terme et à les transformer en services pour la population. Continuer à multiplier les initiatives sans résoudre ce goulot d’étranglement risque d’accentuer l’inefficacité.
Conclusion : Un Débat Politique et Budgétaire
Il serait injuste de blâmer uniquement le Ministère de l’Économie et des Finances. Historiquement, le MEF a été l’une des institutions les plus solides du gouvernement péruvien. Toutefois, il doit faire face à des pressions croissantes provenant du Congrès et d’autres groupes d’intérêt, particulièrement à l’approche de la fin d’un mandat.
Finalement, le débat dépasse le cadre de ce crédit supplémentaire. Ce qui est en jeu, c’est la capacité de l’État à établir des priorités claires. Lorsque des ressources extraordinaires sont affectées principalement à des demandes à court terme, alors que des risques stratégiques demeurent négligés, le problème n’est pas fiscal mais bien politique. Des priorités mal définies peuvent s’avérer coûteuses pour l’avenir du pays.


