Vers une colonie humaine sur Mars : des briques en urine et bactéries
La possibilité d’une colonie humaine sur Mars n’est plus une simple question de science-fiction. Les missions spatiales, comme le rover Curiosity de la NASA, explorent la surface de la planète rouge pour déterminer sa capacité à accueillir la vie. Avec des projets ambitieux comme le programme Artemis II, nous nous rapprochons de la réalisation de cet objectif. Mais une question cruciale se pose : comment construire des habitations durables sur Mars ? Des chercheurs ont proposé une solution intrigante, publiée dans la revue Frontiers in Microbiology.
Le concept novateur : des briques écologiques
L’équipe de recherche, composée de scientifiques du Politecnico di Milano, de l’Université de Central Florida et de l’Université de Jiangsu, a mis au point une technique utilisant deux types de bactéries. L’une d’elles est capable de survivre dans des conditions extrêmes sur Mars et produit de l’oxygène, tandis que l’autre transforme l’urine humaine en matériau pouvant être utilisé comme une pierre. Cette méthode permet de fabriquer des briques directement à partir du sol martien, sans nécessiter de fours, d’usines, ou de matériaux importés de la Terre.
Pourquoi cette méthode est-elle essentielle ?
D’un point de vue ingénierie, le transport de matériaux et de machinerie sur une si grande distance, comme celle vers Mars, représente un coût exorbitant et peut être techniquement impossible. De plus, l’utilisation des matériaux disponibles sur Mars n’est pas encore une option viable. Ce nouveau concept ne résout pas seulement ces problèmes, mais est également énergétiquement efficace. Selon l’étude, la biocimentation consomme jusqu’à sept fois moins d’énergie que la fusion du sol par micro-ondes et près de cinquante fois moins que la sintering thermique. Par ailleurs, il transforme les déchets humains en matériaux de construction, une solution au dilemme logistique des déchets.
Contexte de la recherche
Les agences spatiales prévoient d’envoyer des astronautes sur Mars dans la décennie à venir (2030-2040). La biocimentation, qui consiste en la précipitation du carbonate de calcium par des moyens microbiologiques, est à l’étude depuis vingt ans. Les expériences montrent qu’elle peut être utilisée pour stabiliser les sols, freiner la désertification, ou créer un béton à faible émission de carbone. Cette recherche pourrait également trouver des applications sur Terre, y compris pour des constructions plus durables et la réparation de sols.
Les défis techniques de l’expérimentation
Il est important de noter que les chercheurs n’ont pas encore testé cette combinaison bactérienne sur le terrain, que ce soit sur Mars ou en laboratoire avec un régolithe martien authentique. Le papier publié analyse les données des missions robotiques pour proposer un concept. En identifiant le manque de calcium par rapport au ciment terrestre, les chercheurs ont développé un protocole basé sur la combinaison de Chroococcidiopsis et Sporosarcina pasteurii, enrichi d’un design de bioréacteur et d’une buse d’impression 3D intégrée à de la robotique autonome.
Les obstacles à surmonter
Malgré ces innovations prometteuses, plusieurs défis subsistent. Jamais cette technique n’a été éprouvée en conditions martiennes, et les propriétés de la microstructure résultante des matériaux pourraient être affectées par la faible gravité. Les perchlorates présents dans le sol martien sont toxiques pour les organismes vivants, et le champ d’opération des bactéries est très limité. De plus, l’eau requise pourrait ne pas être adéquate, et aucune donnée n’est disponible sur la stabilité à long terme de ces cultures. Ce projet se trouve donc à un stade précoce, soumis à de nombreux défis avant toute application pratique.
Conclusion
Bien que des avancées passionnantes soient réalisées dans la perspective de coloniser Mars, il est essentiel de poursuivre la recherche et le développement de méthodes innovantes pour surmonter les défis que cette entreprise présente. La construction de briques à partir d’urine et de bactéries pourrait bien représenter un pas décisif vers la réalisation d’une colonie humaine sur la planète rouge.
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