Pourquoi 14 municipalités de Guadalajara se sont rebellées contre le plan de “souveraineté minérale” de l’Europe
Le silence qui règne sur les 15 000 hectares de la Sierra Norte de Guadalajara n’est pas vide ; il est chargé d’histoire. Cependant, cette tranquillité a été troublée par l’attrait ancien et dangereux de l’or. L’arrivée d’Oroberia S.L.U., une filiale de la multinationale australienne Global Mining Enterprises, a perturbé la paix de la région en déposant une demande d’exploration minière, réveillant les fantômes de l’exploitation.
Origine du conflit
La crise a éclaté à la primavera de l’année dernière. Oroberia S.L.U., créée en mars 2025 avec un capital de seulement 3 000 euros, a suscité des soupçons quant à sa fiabilité et sa transparence. L’entreprise prévoit d’explorer trois projets nommés “Gua”, “Dala” et “Jara”, s’étendant de La Toba à Atienza.
Cette nouvelle “vague minière” trouve son fondement légal dans le Règlement sur les matières premières essentielles de l’UE, en vigueur depuis avril 2024. Ce règlement vise à garantir 10 % de l’extraction de ressources stratégiques en Europe. Cependant, ce que Bruxelles appelle “résilience patriotique” se traduit à Guadalajara par des autorisations rapides et une inquiétante facilité à classifier des projets privés comme “stratégiques”.
Le plan de perforation
Le Plan de Restauration Environnementale du Permis “JARA” met en lumière l’ampleur de l’intervention projetée par l’entreprise :
- Des forages profonds de 300 à 400 mètres.
- Une phase initiale de six forages, avec possibilité d’étendre à six autres selon les résultats.
- Un impact de 200 mètres carrés par plateforme de forage.
Les experts avertissent qu’une découverte de minerais à moins de 200 mètres entraînerait une exploitation à ciel ouvert, provoquant des dommages environnementaux irréversibles.
Réaction de la Junta
La tactique d’Oroberia de fractionner ses projets a été qualifiée de “fragmentation” pour éviter des contrôles. En novembre, la Delegación Provincial de Desarrollo Sostenible de Guadalajara a pris une décision historique :
- Unification obligatoire des projets sous un seul plan de 14 600 hectares.
- Évaluation d’impact environnemental ordinaire, plus rigoureuse et ralentissant le processus.
Cela constitue une victoire pour les habitants, car cela oblige l’entreprise à considérer l’impact sur 63 % du terrain concerné, qui abrite des habitats d’intérêt communautaire et des espèces protégées.
Une opposition solidaire
La réponse sociale a été massive, avec environ 800 objections déposées contre le projet. Cette coalition inédite regroupe des élus de différentes allégeances politiques, des associations de chasseurs, des groupes écologistes, et même des communautés religieuses.
Les préoccupations vont au-delà de l’environnement : la menace économique et patrimoniale est réellement présente. Le projet “Jara” pourrait compromettre la candidature de sites comme Sigüenza et Atienza au Patrimoine Mondial de l’UNESCO.
Avenir du projet
Oroberia fait face à deux choix : abandonner en raison des obstacles administratifs et de la pression sociale, ou soumettre un nouveau dossier environnemental unifié, soumis à un nouveau processus de consultation publique. Pourtant, la situation est complexe avec un ressurgissement minier en Espagne.
Une législation désuète
La législation minière actuelle en Espagne repose sur une loi de 1973 qui favorise l’extraction minière, plaçant les ressources minérales sous contrôle public. Cela crée un sentiment d’impuissance dans les Municipalités affectées.
Valeur de l’invisible
Le conflit de la Sierra Norte de Guadalajara illustre un affrontement entre une vision extractiviste et des communautés qui demandent des lois favorables à leur survie, ne souhaitant pas devenir des victimes de l’exploitation. Pour l’instant, la Sierra Norte demeure intacte, protégeant un patrimoine partagé que ses habitants estiment inestimable.

