Le bacon cultivé : une révolution sans souffrance

Imaginez mordre dans un morceau de bacon doré, juteux, et avec ce goût inconfondable de porc, sans qu’aucun cochon n’ait eu à mourir pour que vous puissiez en profiter. Non, il ne s’agit pas de tofu ou d’autres substituts végétaux : c’est du bacon authentique, créé à partir de cellules de porc provenant d’un animal encore vivant, un concept à la fois déroutant et unique, déjà proposé dans un petit restaurant en Californie.

La première graisse de porc cultivée

La startup Mission Barns est la première entreprise à avoir reçu l’autorisation de commercialiser de la graisse animale cultivée, devenant ainsi la troisième à obtenir un feu vert réglementaire pour un aliment d’origine cellulaire aux États-Unis. En mars, elle a reçu la validation de la FDA et, peu après, le soutien du Département de l’Agriculture (USDA), lui permettant de commencer à vendre son produit de manière limitée.

TechCrunch souligne qu’il s’agit de la première graisse de porc cultivée au monde autorisée pour la consommation humaine. Jusqu’à présent, seules UPSIDE Foods et GOOD Meat avaient obtenu des approbations similaires, mais uniquement pour le poulet. Grâce à cette avancée, Mission Barns crée une nouvelle catégorie de produits : de la graisse de porc réelle sans sacrifice, pouvant être transformée en bacon, saucisses, boulettes ou salami.

Une viande sans abattage

La viande cultivée — également appelée viande in vitro ou “clean meat” — n’est pas une imitation végétale, mais de la viande véritable obtenue sans élevage ni abattage d’animaux. Dans ce cas précis, l’animal a un nom : Dawn, une truie Yorkshire vivant dans un sanctuaire du nord de New York.

Selon Futurism, un échantillon de ses cellules graisseuses est prélevé de manière indolore, sans perturber sa vie quotidienne. Ces cellules sont cultivées dans un bioréacteur avec des nutriments d’origine végétale, formant une structure poreuse qui imite le tissu naturel du cochon. Après deux semaines de culture, de la graisse authentique de porc est générée, mélangée à des protéines végétales pour reproduire la texture du bacon et d’autres produits carnés.

Une option végétarienne ?

Cette technologie soulève un débat éthique conséquent. Des études montrent que les cochons sont des animaux “très sociaux”, capables de ressentir des émotions complexes. La possibilité d’obtenir de la viande sans sacrifier ces animaux constitue un changement moral d’une grande envergure pour beaucoup.

Certains végétariens, comme rapporté par The Guardian, commencent à tester la viande cultivée, car en éliminant la violence du processus, ils attenuent les barrières éthiques qui les empêchaient de consommer de la viande. Pourtant, d’autres demeurent sceptiques et se demandent si consommer “de la viande sans souffrance” s’aligne avec les raisons qui ont motivé leur choix d’une alimentation sans produits animaux.

Un phénomène global

La quête pour la viande cultivée est un mouvement mondial. Des pays comme le Japon et les Pays-Bas développent déjà des lignes de viandes cultivées, que ce soit du boeuf, du poulet ou du poisson. En Espagne, BioTech Foods est en tête de la course, construisant à San Sebastián l’usine de viande cultivée la plus grande du sud de l’Europe, prévue pour opération en 2032.

L’obstacle immédiat reste réglementaire, car l’Autorité européenne de sécurité alimentaire (EFSA) n’a pas encore approuvé sa commercialisation.

Vers l’avenir

Dawn, la truie ayant donné naissance à ce bacon, continue de profiter de la vie dans son sanctuaire, insouciante de tout ce qui se passe autour d’elle. Le fait qu’elle puisse fournir de la graisse pour des milliers de portions sans que sa vie en soit affectée demeure une image inédite dans l’histoire alimentaire.

La question est de savoir si la société est prête à embrasser ce changement. La viande cultivée promet de réduire les émissions, la souffrance et les coûts. Cependant, ses détracteurs évoquent une industrie encore coûteuse et difficile à mettre à l’échelle. La décision finale reposera sur les consommateurs : accepteront-ils que la viande du futur puisse croître dans un bioréacteur ?



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