Il y a quelques années, Twitter a décidé que les étoiles dorées pour les tweets favoris ne suffisaient plus. L’amour devait se manifester sous la forme de petits cœurs. Cet ajout nous a fait réfléchir à l’icône même du cœur : ♥ Comment un simple morceau de chair, conçu comme une pompe sanguine, est-il devenu cette forme épurée ? À quel moment en est-il devenu le symbole de l’amour ?
Nous avons exploré l’histoire du symbole et de l’organe, des cavernes jusqu’à nos jours, à la recherche des origines de l’amour. La réponse la plus simple ? Les humains ont souvent tendance à adopter leurs erreurs comme symboles, même une fois ces erreurs identifiées.
La forme du cœur
Un exemple frappant est celui de la boîte de Pandore. Depuis qu’Érasme de Rotterdam a traduit le mythe grec en latin et a commis une faute avec un mot, le récipient contenant tous les maux du monde est devenu une simple boîte. Cela remonte à 400 ans. Le cœur, lui, a suivi une évolution similaire.
Le neurochirurgien néerlandais Pierre Vinken a étudié l’histoire du cœur en tant que symbole dans The Shape of the Heart. Il explique comment nos ancêtres se sont interrogés sur cet organe mystérieux, bien des siècles avant d’en découvrir la fonction réelle.
La recherche de von Petzinger a mis en lumière des symboles en forme de cœur, trouvés dans plusieurs grottes françaises. Selon elle, ces symboles représentent un premier saut vers l’abstraction, un protoalphabet qui pourrait avoir été utilisé pour communiquer des idées.


Les premiers emojis viennent de temps anciens. Pum.
Bien qu’il ne soit pas anatomique, ce symbole avait déjà une forme que nous considérons comme un cœur aujourd’hui, un véritable ancêtre de l’emoji que nous utilisons dans nos conversations modernes. Un emoji originel, si l’on peut dire !
Le cœur, centre de l’homme
Dans l’Antiquité, les Égyptiens, experts en momifications, considéraient le cœur comme le siège des émotions et de l’intellect, un organe essentiel pour le voyage après la mort. À l’opposé, pour les Grecs, ce cœur était perçu comme le centre de la raison, avec Aristote affirmant qu’il était “le chef” du corps humain.
Aristote, au IVe siècle avant notre ère, voyait le cœur comme le centre du mouvement, des sensations et de la pensée, reléguant le cerveau à un rôle secondaire. Mais la science de son époque ne permettait guère de vérifications empiriques. Avançons dans le temps jusqu’à Galien qui, au IIe siècle, a également mis en avant l’importance de cet organe.

Galien décrivait le cœur comme ayant une forme plus ou moins symétrique, une base de notre compréhension romantique du cœur.


Parce que c’était une poire ! Bien sûr.
La première représentation de ce cœur romantique apparaît au XIIIe siècle dans un romance français appelé Roman de la Poire. Le manuscrit met en scène un homme offrant son cœur à sa bien-aimée, symbolisant ainsi l’amour, même si ce n’est pas encore le cœur que nous connaissons aujourd’hui.
Cette transmission symbolique s’est poursuivie à travers différentes œuvres d’art. Par exemple, dans le XIVe siècle, la « Caridad » d’Andrea Pisano à Florence montre une représentation stylisée d’un cœur dans une main.
En revanche, quelques décennies plus tôt, Giotto di Bondone avait déjà présenté un cœur de manière beaucoup plus anatomique, comme un organe.


À partir de 1320, plusieurs miniatures commencent à détailler un cœur avec une indenture, propagée dans l’art jusqu’à apparaître dans les jeux de cartes à la fin du XIVe siècle. Les Français, vers la deuxième moitié du XVe siècle, introduisent cette forme de cœur dans les jeux de cartes, remplaçant les oros, épées et bâtons par cœurs, diamants, piques et trèfles. Ainsi s’est forgée l’iconographie moderne du cœur.
Et voilà comment nous avons évolué jusqu’à Twitter et aux multiples nuances de cœurs sur WhatsApp aujourd’hui.
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