Les Défis d’Iryo en Espagne : Une Quête de Rentabilité

En Espagne,  Iryo  fait face à un véritable dilemme : malgré ses ambitions, la compagnie peine à attirer suffisamment de clients pour rentabiliser son projet ferroviaire. Ses taux de  occupation  ne parviennent pas à rivaliser avec ceux de  Renfe  ou  Ouigo , et dans certains couloirs, les chiffres sont alarmants. En conséquence, Iryo voit ses pertes s’accumuler, dépassant les  32 millions d’euros  pour 2024, après avoir déjà enregistré  79 millions d’euros  de pertes en 2023.

Les pertes : un appel à l’aide

Cette situation financière difficile a incité Iryo à solliciter de l’aide. En  novembre 2024 ,  Trenitalia  a décidé d’augmenter sa participation dans la société, passant de  45% à 51% . Cet acte stratégique vise à donner à la maison mère italienne le plein contrôle afin de mieux soutenir Iryo financièrement. Cependant, le chemin vers la rentabilité s’avère semé d’embûches. Les partenaires d’Iryo,  Air Nostrum  et  Globalia , se sont engagés à injecter  15 millions d’euros  supplémentaires pour compenser possiblement les pertes de l’année en cours.

Données d’occupation préoccupantes

Un des principaux obstacles auxquels est confrontée Iryo est la  faible occupation de ses trains . Selon les données de la  CNMC , la compagnie italienne affiche les pires résultats de  taux d’occupation  dans le secteur de la grande vitesse en Espagne. À titre d’exemple :

  •  Madrid-Barcelona :  96,4% (Renfe 112%, Ouigo 99%)
  •  Madrid-Sevilla :  83,2% (Renfe 93,3%, Ouigo 86,4%)
  •  Madrid-Málaga-Granada :  82,2% (Renfe 93,3%, Ouigo 93,9%)
  •  Madrid-Valencia :  70,2% (Renfe 73,3%, Ouigo 88,8%)
  •  Madrid-Alicante :  66,6% (Renfe 75,9%, Ouigo 87,8%)

Ce manque d’attractivité est accentué par des  tarifs  qui, pour la plupart des lignes, sont plus élevés que ceux de  Ouigo  et  AVLO  (une autre filiale de Renfe). Dans le cas de la ligne  Madrid-Alicante , Iryo propose des billets légèrement moins chers, mais juste de quelques centimes.

Plans d’avenir : vers une rentabilité espérée

Malgré ces défis, Iryo maintient ses espoirs et prévoit que  2025  sera l’année charnière pour la société. L’objectif est d’équilibrer les comptes cette année et d’atteindre les bénéfices d’ici  2026-2027 . Cela implique l’acquisition de nouveaux trains pour augmenter la  capacité  et permettre d’abaisser les tarifs pour attirer davantage de clients tout en amortissant plus facilement les  frais  d’Adif.

Le PDG de la société envisage également d’étendre ses services en  Galicie , mais la situation est plus complexe, en raison de la coexistence de  l’écartement ibérique  et de  l’écartement international . Les trains S106, capables d’opérer sur les deux types de rails, sont déjà attribués à Renfe, ce qui pourrait nécessiter des transbordements, rendant ainsi le service moins attrayant.

Une concurrence en difficulté

La situation d’Iryo n’est pas un cas isolé. En effet, Renfe et Ouigo affichent également des résultats en demi-teinte avec des pertes significatives dans le secteur de la grande vitesse. Ouigo a reçu un soutien financier de  25 millions d’euros  de son actionnaire  SNCF  pour faire face à ses propres difficultés, perdant plus de  40 millions d’euros  en 2024. Renfe a également essuyé des pertes supérieures à  120 millions d’euros  en 2023.

Il est important de noter que bien que Renfe ait frôlé la rentabilité en 2024 avec une perte réduite à environ  3 millions d’euros , sa filiale  Renfe Viajeros , qui concurrence directement Iryo et Ouigo, a enregistré un léger bénéfice de  5 millions d’euros .

Les acteurs de la grande vitesse en Espagne se retrouvent donc dans une situation délicate où leurs ambitions de rentabilité doivent composer avec des défis de taille, notamment la nécessité d’améliorer l’attractivité de leurs services tout en maintenant des coûts compétitifs. La révolution du transport ferroviaire en Espagne est encore loin d’être achevée.



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