Projet de loi 340 : un débat intense sur l’accès à l’avortement à Bogotá

L’avancement du Projet de Loi 340 au sein du Conseil de Bogotá a suscité d’intenses discussions autour de l’accès à l’avortement en Colombie. Ce projet de loi, qui impose une évaluation psychologique obligatoire avant de permettre l’interruption volontaire de grossesse (IVG), est perçu par de nombreuses organisations féministes et de défense des droits de l’homme comme un risque de recul des droits reproductifs.

Un cadre légal en évolution

Désigné sous le titre “Route pour la Vie”, ce projet, présenté par la conseillère Clara Lucía Sandoval du Parti Libéral, propose la création d’un plan d’accompagnement pour les femmes durant la grossesse, l’allaitement, et le post-partum. En revanche, ce qui soulève le plus d’inquiétudes, ce sont les nouvelles conditions proposées, qui pourraient faire obstacle à l’accès à l’IVG pour les femmes à Bogotá.

Les critiques se concentrent particulièrement sur l’obligation de subir une évaluation de santé mentale avant de pouvoir accéder à un avortement légal. En outre, le projet prévoit la formation des fonctionnaires en “alternatives à l’IVG”, ce qui, selon des groupes sociaux, pourrait se transformer en barrières supplémentaires pour les femmes désireuses d’interrompre leur grossesse.

La réponse des organisations feministes

Les organisations féministes et de défense des droits sexuels et reproductifs ont immédiatement réagi au projet. La Mesa por la Vida, l’une des plateformes les plus actives pour le droit à l’avortement, affirme que cette proposition “instaure des obstacles injustifiés, méconnaît la législation nationale en vigueur, et ouvre la porte à de nouvelles entraves pour accéder à l’IVG”. Ces organisations mettent en garde que l’introduction d’alternatives à l’IVG dans le cadre d’une évaluation en santé mentale pourrait entraîner des pressions (directes ou indirectes) sur les femmes.

Avis de Cristina Rosero

Cristina Rosero, avocate et membre du mouvement Causa Justa, a exprimé ses craintes face à ce projet. Dans des déclarations recueillies par El Colombiano, elle souligne que cette initiative pourrait représenter un recul des droits acquis. Selon elle, les nouveaux dispositifs de soutien et de formation imposeraient des mesures qui pourraient empêcher l’accès à l’IVG pour certaines femmes.

La législation actuelle sur l’avortement

Il est important de rappeler que, selon la législation colombienne actuelle, l’avortement est légal jusqu’à la 24ème semaine de grossesse sans justification. Au-delà de ce délai, il n’est autorisé que dans des cas très précis, comme les cas de viol, de risque pour la santé ou la vie de la femme, ou de malformation du fœtus. Les décisions antérieures de la Cour Constitutionnelle ont clairement stipulé qu’aucune exigence supplémentaire ne peut être imposée en plus des critères définis par la constitution.

Implications possibles du projet de loi

Les inquiétudes face à ce projet 340 s’articulent autour du fait qu’il pourrait constituer une entrave supplémentaire à l’accès à l’IVG, en ajoutant une évaluation psychologique à un processus déjà difficile. Cristina Rosero remarque que les personnels de santé peuvent avoir des opinions personnelles sur l’avortement qui pourraient influencer leur attitude face aux femmes en situation de vulnérabilité.

Recours judiciaires en cours

Le processus de discussion du projet de loi a également été marqué par des controverses. Des recusations ont été soulevées à l’encontre de certains membres du Conseil, y compris Clara Lucía Sandoval, en raison de leurs affiliations ou positions personnelles. Bien que ces recours aient été rejetés, ils témoignent des tensions entourant cette législation.

Une lutte pour les droits des femmes

À la lumière de ce contexte juridique et des pressions exercées sur les femmes, le débat reste ouvert. Les groupes de défense des droits reproductifs continuent d’alerter sur les dangers de l’introduction de nouveaux critères qui complexifient encore l’accès à des services de santé sûrs et appropriés.

La prochaine étape se déroulera en novembre 2025, lorsque le deuxième débat sur le projet de loi sera repris. Si ce projet de loi est adopté, il ne resterait plus qu’à obtenir la sancion du maire Carlos Fernando Galán pour qu’il entre en vigueur. Les organisations de défense des droits soulignent que toute nouvelle exigence pourrait avoir des conséquences dévastatrices pour la santé et le bien-être des femmes en Colombie.



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