Reportage
Un vidéo d’un jeune de Gaza a suscité une émotion immense : Mohammed est sorti d’un centre de distribution alimentaire, les mains vides, et a mangé du sable par désespoir. Un équipe de l’ARD l’a visité un mois plus tard.
Mohammed Al-Darbi déchire du carton pour alimenter le feu. Sa mère cuit des pains plats sur un four improvisé. “Nous cuisons du pain et nous l’accompagnons d’épices. Nous n’avons rien d’autre”.
Au moins, aujourd’hui, ils ont de la farine pour faire du pain. Et la maison de la famille, dans l’ouest de Gaza, semble, à première vue, intacte.
Un vidéo qui fait le tour du monde
Il y a un mois, le jeune garçon de 12 ans est devenu célèbre grâce à une vidéo. Les médias internationaux ont rapporté qu’il était revenu d’une station d’aide les mains vides. Lorsqu’un journaliste lui a demandé comment il se sentait, Mohammed a mangé du sable devant la caméra. “J’ai reçu un peu de farine, mais des voleurs me l’ont prise. J’ai beaucoup pleuré, car nous n’avons ni farine ni nourriture”.
Faim, désespoir, épuisement : Mohammed est malade. Les médecins ont dû lui retirer une partie des poumons. Avec ses grands yeux marron, il raconte qu’il n’y a presque plus de nourriture à prix abordable. Un kilo de tomates coûte environ 25 euros.
Trop peu d’aide, mal répartie
Il arrive encore beaucoup trop peu d’aide dans la bande de Gaza. Ce qui arrive n’est pas coordonné. Des images montrent que de plus en plus de familles armées s’emparent des camions de secours.
La Fondation Gaza, soutenue par Israël et les États-Unis, ne distribue ses colis d’aide que dans le sud et le centre de la région. Les centres de distribution sont ouverts sporadiquement. Des témoins rapportent que l’armée israélienne tire presque quotidiennement sur les personnes en quête d’aide. Cette dernière se prononce rarement à ce sujet.
La quête de nourriture comme tâche quotidienne
Dans le nord, où Mohammed vit, il y a de plus petits points de distribution de l’aide locale. La recherche de nourriture et d’eau détermine le quotidien de ce garçon de douze ans. Lors d’un entretien avec l’équipe du studio ARD de Tel Aviv, il ne parle guère d’autre chose. Cela fait 21 mois qu’il n’est pas retourné à l’école.
“Nous vérifions d’abord si la soupe populaire est ouverte. Après le réveil, je vais chercher de l’eau auprès d’un camion-citerne. Puis je prends une casserole et vais à la soupe populaire. Parfois, je rapporte de la nourriture, parfois non. Ensuite, je joue avec des amis, me repose et dort. Et le lendemain, ça recommence.”
“Je souhaite que tout s’apaise”
Le père de Mohammed, Munzir Al-Darbi, a une jambe cassée. C’est pourquoi Mohammed doit se rendre aux convois de camions pour obtenir un peu d’aide.
Bien sûr, il souhaite à son fils une vie heureuse, que la guerre cesse, que les enfants puissent retourner à l’école, raconte Al-Darbi. “Apprendre, jouer, vivre heureux comme avant la guerre. Je souhaite que tout s’apaise et que la nourriture, la farine et l’eau nous reviennent.”
Plans pour un cessez-le-feu
Les espoirs d’une trêve sont grands à Gaza. Mais aussi le scepticisme quant à la fin réelle de la guerre. Mohammed espère : “Je serais très heureux, car je pourrais alors prendre de la nourriture à la soupe populaire et de l’eau. Je pourrais jouer et aller partout où je veux, sans avoir peur d’être abattu.”
Pour une trêve, il a déjà des plans. Il veut aller chez le médecin et obtenir des médicaments. Et bien sûr : de la nourriture et de l’eau.

