Le “concert de théâtre” La plainte de la paix répond avec acuité aux crises de notre temps, mais même le librettiste Jibbe Willems n’aurait probablement pas pu imaginer que son texte serait si horriblement d’actualité. Il a fait un monologue fougueux et entraînant pour Capella Brabant, basé sur le pamphlet vieux de cinq siècles d’Erasme, dans lequel le Vrede personnifié se lamente sur l’homme. Qui, chez Willems, “prétend avec souffrance qu’il y a assez d’air”. Pandémie, catastrophe climatique, catastrophes humanitaires : la paix frôle le désespoir, et depuis l’invasion russe de l’Ukraine une inquiétude.
Capella Brabant, « chœur amateur avec ambition », a commandé Willems et le compositeur Lucas Wiegerink, qui, avec la metteure en scène Saskia Bonarius, ont donné forme à un concert théâtral pénétrant. Wiegerink a mis en musique une sélection des écrits d’Erasmus pour le chœur, qui est accompagné de l’organiste Arno van Wijk et du violoniste Pieter van Loenen. Capella Brabant chante bien et passionnément, avec de belles voix solistes. Le monologue contemporain de Willems est merveilleusement interprété par l’actrice Anna Schoen ; sa Vrede est un personnage flamboyant qui cultive le cynisme, mais reste malgré elle une apôtre de l’espoir.
A lire aussi : Les textes de scène de Jibbe Willems sont spirituels et impitoyables
Efficace
La musique de Wiegerink est toujours efficace et forge ensemble les différentes disciplines. Là où la performance le demande, il présente un chant de guerre bouillonnant ou un duo brut orgue-violon plein de dissonances ironiques. Ce faisant, il puise stylistiquement à différentes sources, mais subtilement -– sans ruptures stylistiques : un solo de violon prend une touche de klezmer, une lamentation chorale fait résonner un psaume pénitentiel de Schnittke, ailleurs il utilise des techniques minimales.
Avec ces ressources limitées, mais pratiquement sans bruit, La plainte de la paix captiver du début à la fin. Même l’émergence du chœur a été savamment exploitée dramaturgiquement : les chanteurs apparaissent dans une lente procession, puis s’arrêtent et déposent collectivement leurs manteaux. À la fin, Peace tire ces manteaux un par un et les jette sur un gros tas. Alors c’est parti et ainsi de suite. Comme le dit Érasme : « Pourquoi les hommes utilisent-ils leur esprit plus à leur destruction qu’à assurer leur bonheur ?

