DJ’entre dans l’emballage scintillant de un thriller qui ne laisse pas de répit au lecteur, Donato Carrisi (cinq millions d’exemplaires vendus, traduits dans plus de 30 pays et un réalisateur à succès) aborde un thème puissant, pas évident pour ce genre littéraire, et raconte une terrible histoire d’abus et de violence de genrequi se découvre progressivement, en décollant peu à peu les couches narratives.

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Le protagoniste est une fois de plus Pietro Gerber, l’enfant putter, expert en hypnose que nous avons déjà rencontré La maison des voix, La maison sans souvenirs Et La maison des lumières. Maintenant, dans La maison du silenceGerber suit le cas de Matias, 9 ans, qui chaque nuit, il voit dans son rêve une femme triste, toujours vêtue de noir, qui ne parle jamais, mais qui le terrifie.

Donato Carrisi et les fantômes

La dame silencieuse ne devrait pas exister et pourtant elle semble réelle, à l’image des histoires qu’elle raconte et qui, dans une fin surprenante, s’entremêlent à la vie de l’hypnotiseur. Y a-t-il quelque chose au-delà du monde physique, au-delà de nous ? Les atmosphères raréfiées, le renversement continu entre rêve et réalité et les personnages aussi évanescents que l’ectoplasme, entraînent le lecteur dans une dimension onirique au sein de laquelle chacun peut trouver sa propre réponse.

Donato Carrisi est né à Martina Franca et vit entre Rome et Milan. Il a étudié le droit et s’est spécialisé en criminologie. Ecrivain, réalisateur et scénariste, il est l’auteur de best-sellers internationaux. Photo: © Gianmarco Chieregato

C’est une histoire de fantômes, de phénomènes à la limite du surnaturel. Qui est vraiment la dame silencieuse ?
Je me suis inspiré de la tradition du roman gothique mais dans mon livre les fantômes ne hantent pas un lieu, mais l’esprit d’un enfant. Ils sont la perception d’une réalité qui nous entoure même si nous ne la voyons pas. Et puis les fantômes peuvent aussi être des souvenirs, surtout les mauvais.

Les parents de Matias ont une consistance subtile, ils ressemblent plus à des présences qu’à des personnes. Suis-je juste un intermédiaire pour lancer l’histoire ?
Je voulais que cette famille, tourmentée par le problème mystérieux de leur fils qui fait le même rêve toutes les nuits, reste en retard sur l’histoire.

La maison des silences de Donato Carrisi, Longanèse416 pages, 23 euros

La dame silencieuse est victime de maltraitance. Même dans Io sono l’abisso, il a parlé de violence contre les femmes.
Je pense que le thriller est le meilleur outil pour raconter ces histoires. Un essai sur la violence sexiste ne serait pas aussi efficace. L’histoire du roman pénètre en vous. Juste pendant une présentation de I Am the Abyss, un garçon s’est approché de moi, très embarrassé, et m’a dit que lorsque sa petite amie l’avait quitté, il était obsédé par elle. Mais après avoir lu le livre, il réalisa à quel point il avait tort.

C’est Matias qui donne voix à la violence contre la dame, qui la raconte de première main sous hypnose. Pourquoi ce dispositif narratif ?
Tout ce que décrivent les enfants est plus authentique, plus bouleversant, car filtré par l’innocence.

Le roman s’articule autour d’une question centrale : est-ce que quelque chose existe au-delà de nous ?
Nous sommes devenus incroyablement matérialistes, nous avons placé, comme il se doit, une confiance totale dans la technologie et la science, mais certaines questions concernant la nature humaine restent ouvertes, à savoir s’il existe une autre réalité, quelque chose qui nous transcende. Cette question est fondamentale à toutes les époques et il est dangereux de la cacher. J’évolue toujours dans des territoires à la limite du surnaturel, je le fais avec l’instrument de la rationalité mais parfois il faut aussi lâcher prise, s’abandonner au rêve.

Alors, comment réagissez-vous ?
Je pense qu’il y a quelque chose qui va au-delà du tangible. Ce n’est pas seulement moi qui le dis, mais la science aussi. Les physiciens sont considérés comme des sorciers après avoir découvert que le monde quantique répond à des lois opposées à celles qui régissent le monde macroscopique.

Vous parlez d’une pratique de l’hypnose qui permet d’effacer des souvenirs. Est-ce réel aussi ?
En réalité, il s’agit d’un mécanisme mis en œuvre par le patient et non par le thérapeute. Pourtant, l’utilisation des radiofréquences pour aider le psychisme à se libérer de certains événements, peut-être traumatisants, est réelle.

Il y a beaucoup de recherches scientifiques derrière ses histoires.
C’est la partie la plus drôle, je suis toujours animé par une grande curiosité. Puis intervient un autre type de sentiment, celui de raconter au plus vite à quelqu’un ce que j’ai découvert.

Vouliez-vous laisser des doutes sur la fin ?
Il y a une part de mystère, comme dans la vie… Mais c’est une fin fermée, même si la voir ouverte, comme cela arrive souvent à mes lecteurs, est plus réconfortante. Je crois que ceux qui lisent connaissent déjà toutes les réponses. Mais il ne veut souvent pas l’admettre.

Gerber, son dormeur, reviendra-t-il ?
Peut être. Je me comporte comme un lecteur, j’écris les histoires que j’aimerais lire. Dans ma tête, il y a sept « maisons » et j’ai déjà en tête le sujet de futurs romans. Mais cela ne suffit pas, il faut le bon esprit pour le dire. Et parfois, cet esprit s’épuise.

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