Sil m’appelle Contact, est le festival de la photographie à Dauville en Normandie. Il commence le 19 octobre et se termine le 5 janvier 2025. Il embrasse la saison de la mélancolie ou de la romance, selon la phase de la vie que vous traversez. Cela vaut certainement le détour, la lumière d’automne a de l’argent à l’intérieur.
Si Dauville est la station balnéaire du Nord de la France depuis le milieu du XIXème siècle, ce village balnéaire accueille depuis quinze ans le festival qui, selon la réalisatrice Laura Serani : «C’est une expérience qui nous a permis de partager des espaces et des moments de liberté créative dans une sorte de communauté engagée à repenser le monde et à le montrer tel qu’il est ou tel qu’il pourrait être ».
Une vingtaine de photographes en résidence d’origines différentesd’âge et d’éducation, avec des intérêts et des pratiques qui explorent le champ des possibles, produisent des échanges et du partage. Une autre Amérique est la grande exposition à laquelle le festival consacre Philippe Toledano.
Comme chaque année, un invité illustre ouvre l’édition: après de nombreuses légendes de la photographie internationale, la grande installation sur la plage, Niveau Zéroest dédié à Dominique Issermannl’un des photographes les plus importants de notre époque. Cela vaut la peine d’être raconté, ne serait-ce qu’en quelques lignes.
Pourquoi la photographie de mode a-t-elle changé ?
Il existe une certitude absolue : la photographie de mode a changé lorsque les femmes sont passées de l’autre côté de l’objectif. Le regard masculin, qui a toujours déterminé le corps féminin, a trouvé sa brillante expression de pouvoir dans la représentation photographique, incluant une bonne dose de misogynie. Nous l’avons contesté aux années de l’objet femme, appât des appétits masculins, légèrement vêtue et vulgaire ; nous l’avons subi à la saison des modèles anorexiques et à celle des femmes androgynes déshabillées et habillées à l’image et à la ressemblance masculines, après tout, même les hommes sont confus.
© Dominique Issermann – Mary Anne Fletcher, Belle Île en Mer 1998
Les photographes arrivent
Puis ils sont arrivés, les photographes. Pas beaucoup pour être honnête, mais ils ont occupé la scène. Ils ont pénétré dans un monde hypermasculin et toxique d’intérêts économiques. Ils ont changé le paradigme. Avec ou sans conscience explicite, ils ont établi de nouvelles normes et leur regard sur le corps – celui des femmes, mais aussi des hommes – a également influencé l’armée des photographes masculins. Lee Miller, Lillian Bassman, Sarah Moon ou encore Dominique Issermann. Puis sans frapper, Ellen Von Unwerth et les autres sont entrés, bientôt nous en reparlerons et de France nous arriverons en Italie.
Au panthéon des photographes de mode elle occupe une place d’honneur. Française, autrefois blonde avec des tresses, aujourd’hui septuagénaire, avec un manteau de cheveux argentés qui l’enveloppe comme un châle. Diplômée de la Sorbonne en Lettres, elle débute comme réalisatrice expérimentale auprès de Jean Luc Godard qu’elle suit à Rome en 68. Il nous reste cinq ans.
Il découvre la photographie sur les plateaux de tournage, mais après quelques expériences, il choisit la mode sans jamais abandonner le portrait, genre photographique dans lequel il exprime toute sa capacité à se rapprocher des sujets.
De Marguerite Duras à Leonard Cohen – pour qui il a également tourné certains de ses clips – en passant par Nick Cave, il a rencontré les plus grandes figures de la culture et du divertissement. Peintres, acteurs, écrivains, musiciens. Un simple coup d’œil sur son site suffit pour imaginer une vie extraordinaire et des rencontres légendaires. Sophistiqué, très élégant. Il a beaucoup photographié. Il en a photographié beaucoup. Il a un photographe pour tout le monde : Christian Dior, Nina Ricci, Guess, Lancôme, La Perla, Victoria’s Secret, Tiffany, Chanel et bien d’autres.
Qu’est-ce qui l’a rendue célèbre ?
La lumière. Le noir et blanc, choix privilégié dans toute sa production, l’exaspéra tellement qu’il rendit les blancs très purs et semblant brillants. J’imagine qu’il est vrai que la lumière Light Isserman est enseignée dans les écoles de photographie. Si cela vous arrive, vous pouvez le voir et l’entendre dans le documentaire de Benoit Jacquot datant de 1987. En recherchant des informations sur elle, j’ai trouvé un vieux rapport qu’elle avait créé pour notre journal: c’était l’année 1996. Quelle nostalgie de l’édition ingénieuse !
Dominique Issermann est la première femme à recevoir l’équivalent d’un Oscar pour la photographie de mode ai Prix de la mode française de 1987. En janvier 2007, elle est promue au grade d’Officier de l’Ordre des Arts et des Lettres de France et en mars 2012 elle est nommée dans l’Ordre National du Mérite. De plus, en 2021, elle a été élue membre de l’Académie des Beaux-Arts (Institut de France), dans la section Photographie. Elle est la première femme à rejoindre la section photographie de l’Académie, avec Yann Arthus-Bertrand , Sébastien Salgado Et Jean Gaumy .
Pour découvrir les artistes et la programmation du festival Contact .
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