
Vingt-trois ans après l’inscription dans le Code de la santé publique du droit à être soulagé, la France fait face à une aggravation de la douleur chronique. Selon le Baromètre Douleur 2025, **42 % des adultes** en souffrent. Les associations alertent sur l’urgence d’un plan d’action national pour mieux diagnostiquer, coordonner et accompagner patients et aidants.
Les chiffres sont impressionnants et inquiétants : près d’un Français sur deux vit avec une **douleur persistante**. Tel est le principal enseignement du Baromètre Douleur 2025, dévoilé le 21 octobre par la Analgesia, fondation de recherche sur la douleur, l’Observatoire français de la douleur et des antalgiques (OFDA) et l’institut OpinionWay. **42 % des adultes**, soit **23 millions de personnes**, souffrent de douleurs chroniques, un taux en hausse de plus de dix points depuis la dernière enquête Stopnep réalisée en 2008.
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La France fait ainsi face à une **dégradation continue**, malgré plus de deux décennies de politiques publiques censées garantir le droit à ne pas souffrir.
Douleurs musculo-squelettiques et céphaliques
Les douleurs **musculosquelettiques** restent les plus fréquentes (36 %), suivies des douleurs **céphaliques** (33 %), abdominales (15 %) et neuropathiques (12 %). Près d’un patient sur deux décrit une intensité supérieure à 6 sur 10. Au-delà des chiffres, l’étude met en évidence l’**impact massif** sur la vie quotidienne de ceux qui souffrent : troubles du sommeil, fatigue, anxiété, perte de mobilité et isolement social. Pour 36 % des personnes concernées, la douleur entraîne un **handicap fonctionnel modéré à sévère**. Un fardeau qui pèse aussi sur les proches, souvent démunis face à un mal invisible.
Côté soins, le diagnostic du Baromètre est sévère. Si **92 % des patients** reçoivent un traitement antalgique, dont **27 % à base d’opioïdes**, moins d’un tiers estime que sa situation s’est améliorée. Moins d’un sur trois a eu accès à un **centre de la douleur**, et dans six cas sur dix, le médecin traitant reste l’unique interlocuteur.
« Crise silencieuse de la douleur en France »
Près de neuf patients sur dix recourent à l’**automédication**, parfois même avec des produits opioïdes, faute d’un accompagnement coordonné. Le président de la Fondation Analgesia, le Pr Nicolas Authier, parle d’une « **crise silencieuse de la douleur** en France » et appelle à un plan d’action immédiat.
Les associations d’usagers confirment le constat du Baromètre. Dans une **campagne vidéo** diffusée à l’occasion de la Journée mondiale contre la douleur, France Assos Santé et l’Association francophone pour vaincre les douleurs (AFVD) donnent la parole aux patients et à leurs aidants. Les premiers racontent l’**épuisement** d’une souffrance chronique souvent banalisée ; les seconds évoquent leur détresse face à un proche qui souffre sans signe apparent.
Une errance diagnostic jusqu’à… 10 ans !
« La douleur chronique ne brise pas seulement la vie des patients, elle impacte aussi l’entourage », rappelle **Audrey Aronica**, présidente de l’AFVD. Pour cette dernière, l’inaction n’est plus une option. Depuis 2002, le Code de la santé publique stipule que « **toute personne a le droit de recevoir des soins visant à soulager sa douleur** ». Pourtant, entre **manque de formation**, saturation des structures spécialisées et inégalités territoriales d’accès, la prise en charge demeure lacunaire.
L’**errance diagnostique** prolonge inutilement les souffrances. Et pour cause : elle est estimée… entre **sept et dix ans** ! Les quatre plans douleur successifs (1998-2017) n’ont, d’évidence, pas suffi à structurer une réponse pérenne.
En faire une grande cause nationale
Alors que la Fondation Analgesia plaide pour un « **accès équitable aux soins** » et une meilleure coordination entre acteurs, l’AFVD souhaite faire de la douleur la **grande cause nationale** 2026. Un objectif ambitieux, en raison notamment d’un contexte politique tendu et incertain, mais que les associations jugent indispensable pour replacer la **lutte contre la douleur** au cœur des priorités sanitaires. « Vivre avec une douleur chronique, c’est avancer chaque jour avec un **fardeau invisible** », souligne Audrey Aronica.
Il est temps que la société tout entière se saisisse vraiment de ce problème qui touche tant de Français.





