{"id":987719,"date":"2023-10-26T05:23:03","date_gmt":"2023-10-26T07:23:03","guid":{"rendered":"https:\/\/teknomers.com\/fr\/les-rolling-stones-hackney-diamonds\/"},"modified":"2023-10-26T05:23:10","modified_gmt":"2023-10-26T07:23:10","slug":"les-rolling-stones-hackney-diamonds","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/teknomers.com\/fr\/les-rolling-stones-hackney-diamonds\/","title":{"rendered":"Les Rolling Stones \/ Hackney Diamonds"},"content":{"rendered":"<p> <br \/>\n<\/p>\n<div>\n<p>L\u2019arriv\u00e9e d\u2019un nouvel album des Rolling Stones dans cette derni\u00e8re partie de leur carri\u00e8re sera toujours jug\u00e9e en fonction des attentes.  S\u2019ils sont tr\u00e8s faibles, l\u2019accueil sera s\u00fbrement enthousiaste \u00e0 moins qu\u2019il n\u2019y ait quelques \u00e9tincelles de qualit\u00e9.  En revanche, si l\u2019on s\u2019attend \u00e0 quelque chose de comparable au meilleur de son excellent h\u00e9ritage, la d\u00e9ception est garantie.  Ainsi, bon nombre des r\u00e9actions et critiques de ces derniers jours gravitent autour de ces deux p\u00f4les.<\/p>\n<p>Dans mon cas, ce qui m&#8217;a le plus d\u00e9\u00e7u dans &#8220;Hackney Diamonds&#8221; n&#8217;est pas tant le niveau irr\u00e9gulier de l&#8217;\u00e9criture des chansons (ce qu&#8217;on peut attendre d&#8217;un groupe qui n&#8217;a pas r\u00e9ussi \u00e0 faire un nouvel album depuis 18 ans), mais plut\u00f4t sa probl\u00e9matique. aspects de son enveloppe sonore.  Apr\u00e8s la sensation d\u00e9sagr\u00e9able ressentie en entendant le traitement vocal du tr\u00e8s digne single &#8216;Angry&#8217;, le nouvel album dans son int\u00e9gralit\u00e9 confirme le mauvais pr\u00e9sage : ce n&#8217;\u00e9tait pas un caprice isol\u00e9, mais ce d\u00e9tail de production s&#8217;\u00e9tend sur toute la bonne partie du disque comme champignon cordyceps.  Et il ne s&#8217;agit pas seulement du correcteur d&#8217;accord \u00e0 peine dissimul\u00e9 &#8211; qui avec des ajustements plus discrets n&#8217;aurait m\u00eame pas \u00e9t\u00e9 remarqu\u00e9 &#8211; mais d&#8217;un ultra-traitement de la voix de Jagger bas\u00e9 sur une vilaine distorsion qui \u00e9crase la voix jusqu&#8217;\u00e0 la transformer en une bouillie sonore vraiment irritante. . . <\/p>\n<p>Rien contre les effets sur la voix de Mick : c&#8217;est arriv\u00e9 souvent dans la discographie des Rolling Stones, presque toujours avec une envie d&#8217;exp\u00e9rimentation.  Mais dans ce cas, l&#8217;id\u00e9e d&#8217;Andrew Watt (producteur des albums r\u00e9cents de Dua Lipa, Iggy Pop ou Pearl Jam) est de lui donner plus d&#8217;agressivit\u00e9, ou peut-\u00eatre s&#8217;agit-il d&#8217;une tentative d&#8217;imiter les voix satur\u00e9es des Strokes.  Quoi qu&#8217;il en soit, la v\u00e9rit\u00e9 est que ce traitement g\u00e2che une grande partie de l&#8217;exp\u00e9rience &#8220;Hackney Diamonds&#8221;, transformant de nombreuses pistes vocales en pistes \u00e9trangement artificielles.  Il suffit de comparer la voix de certains d&#8217;entre eux (\u00ab Get Close \u00bb, \u00ab Dedependent on You \u00bb) avec, par exemple, \u00ab Driving Me Too Hard \u00bb (o\u00f9 le traitement de la voix est plus naturel), pour constater \u00e0 quel point le r\u00e9sultat est d\u00e9natur\u00e9. .  Dans les chansons o\u00f9 cela appara\u00eet, cela est tr\u00e8s perceptible, surtout dans les sections avec peu d&#8217;instruments, comme <a rel=\"nofollow noopener\" href=\"https:\/\/youtu.be\/byaDGTF5rLs?si=wO65q1-TrD1lzI7e&amp;t=155\" target=\"_blank\">ce moment de &#8220;Whole Wide World&#8221;<\/a>o\u00f9 le vrai Jagger pourrait presque passer pour un g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par l&#8217;IA.<\/p>\n<p>Le probl\u00e8me s&#8217;aggrave lorsque les refrains et les harmonies vocales sont eux aussi la proie de ce traitement sur-masqu\u00e9, hyper-trait\u00e9 avec des plug-ins num\u00e9riques, qui produit des refrains dans lesquels toutes les voix en combinaison sont \u00e9cras\u00e9es dans une sur-stylisation avec un certain costume cheap. les bijoux brillent.  Choix esth\u00e9tique et musical tr\u00e8s respectable sans aucun doute, mais la derni\u00e8re chose dont les Rolling Stones ont besoin est de finir par sonner comme Aerosmith ou Bon Jovi.  C\u2019est ce qui finit par se produire dans pr\u00e8s de la moiti\u00e9 de l\u2019album, surtout combin\u00e9 \u00e0 une production qui flirte parfois avec les exc\u00e8s du \u00ab<a rel=\"nofollow noopener\" href=\"https:\/\/es.wikipedia.org\/wiki\/Guerra_del_volumen\" target=\"_blank\">guerres de volumes<\/a>\u00bb.<\/p>\n<p>D&#8217;un autre c\u00f4t\u00e9, il est juste de dire que &#8220;Hackney Diamonds&#8221; a aussi ses qualit\u00e9s, et en ignorant (qui peut) la production vocale d\u00e9sagr\u00e9able par intermittence, il s&#8217;agit d&#8217;une collection raisonnablement acceptable de chansons des Stones de la fin de la p\u00e9riode.  Par exemple, il y a quelques \u00ab rockers \u00bb tout \u00e0 fait dignes : \u00ab Angry \u00bb est toujours accrocheur malgr\u00e9 ces virages hard-rock des ann\u00e9es 90 que Watt imprime avec sa production.  Les guitares st\u00e9r\u00e9o de Keith et Ron se d\u00e9marquent bien, elles sonnent excitantes, avec une mention sp\u00e9ciale \u00e0 des paroles qui normalisent le fait que quelqu&#8217;un qui est arri\u00e8re-grand-p\u00e8re depuis dix ans revendique sa vie sexuelle.<\/p>\n<p>&#8216;Bite My Head Off&#8217; fonctionne \u00e9galement, avec son surprenant d\u00e9charge de rage dans lequel Paul McCartney prend une place particuli\u00e8re en faisant une incroyable basse avec du fuzz qui n&#8217;est pas sans rappeler &#8216;Birthday&#8217; des Beatles mais dans une tonalit\u00e9 punk rock.  C&#8217;est une agr\u00e9able surprise qu&#8217;une collaboration ne reste pas une simple formalit\u00e9 et donne vraiment du caract\u00e8re \u00e0 la chanson.  Pendant ce temps, Jagger chante, entre amusement et col\u00e8re, des couplets comme \u00ab si j&#8217;\u00e9tais un chien, tu me donnerais des coups de pied\u2026 mais je ne suis pas en laisse \u00bb, et un comique \u00ab Tu penses que je suis ta chienne \/ Je suis putain \u00bb. \u00ab\u00a0avec votre cerveau\u00a0\u00bb qui semble provocateur et convaincant.  De toute \u00e9vidence, la pr\u00e9sence d\u2019un invit\u00e9 (comme nous le verrons plus tard) parvient \u00e0 faire ressortir le meilleur de Mick.<\/p>\n<p>&#8220;Driving Me Too Hard&#8221; est le joyau de la partie la plus rock de l&#8217;album : il est jou\u00e9 \u00e0 un moment donn\u00e9, vers la fin de la face B, o\u00f9 l&#8217;ennuyeux pr\u00e9servatif vocal dispara\u00eet finalement, \u00e0 temps pour que le groupe puisse encha\u00eener une chanson sur la face B. que chaque partie est \u00e0 sa place et que les \u00e9g\u00e9ries Jagger\/Richards leur donnent enfin une excellente m\u00e9lodie.  De beaux sons de guitare et des slides pour compl\u00e9ter une chanson qui pourrait facilement passer \u00e0 la partie int\u00e9ressante de son h\u00e9ritage.  Peut-\u00eatre le seul de l&#8217;album, mais bon, c&#8217;est une carri\u00e8re de 60 ans.  C&#8217;est dans de rares moments comme celui-l\u00e0 que les astuces de production de Watt fonctionnent, comme donner \u00e0 l&#8217;album beaucoup de graves pour mettre \u00e0 jour son son.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 la section des morceaux ennuyeux, il y a aussi de la place pour quelques chansons : &#8216;Get Close&#8217; \u00e9choue dans ses couplets prometteurs avec un refrain compl\u00e8tement plat, en plus d&#8217;une production oppressante.  Dans &#8216;Whole Wide World&#8217;, l&#8217;ultra-traitement sonore devient parfois insupportable avec des m\u00e9lodies assez m\u00e9diocres, incapables de relever ce riff cool.  Ce sont des passages de l&#8217;album dans lesquels il est \u00e9vident que les Stones ont besoin de graisse, de salet\u00e9 et d&#8217;imperfection, de chaos et de d\u00e9sordre, et non d&#8217;hyper-stylisation avec des st\u00e9ro\u00efdes suppl\u00e9mentaires.<\/p>\n<p>&#8220;Live by the Sword&#8221; n&#8217;enthousiasme pas non plus, qui contient le joli d\u00e9tail de la r\u00e9union (retard\u00e9e) de Charlie Watts et des gar\u00e7ons avec Bill Wyman (une id\u00e9e pour laquelle nous devons remercier Andrew Watt), mais il n&#8217;offre pas beaucoup plus qu&#8217;un un groove rock&#8217;n&#8217;roll attrayant qui inclut un Elton John faisant un piano malheureusement presque inaudible.  Des choses comme \u00e7a, ou le fait que le filtre de-esser exag\u00e9r\u00e9 donne l&#8217;impression que Jagger z\u00e9zaie parfois, sont des d\u00e9tails qui vous font facilement sortir de la chanson.<\/p>\n<p>Dans la section mid-tempo, il y a des choses qui en valent la peine : &#8216;Dedependent on You&#8217; propose une autre bonne m\u00e9lodie, en coh\u00e9rence m\u00e9lancolique avec un lyrique d&#8217;\u00e9chec sentimental que Jagger parvient \u00e0 garder \u00e0 l&#8217;\u00e9cart du pilote automatique : \u00ab Les marques de tes doigts dans l&#8217;obscurit\u00e9 \/ Ton pass\u00e9 et ton pr\u00e9sent s&#8217;entrem\u00ealent dans mes bras \/ Nos secrets scell\u00e9s dans nos cicatrices \/ Partager une cigarette sur les marches d&#8217;un bar \/ J&#8217;\u00e9tais convaincu que j&#8217;avais ton c\u0153ur entre mes mains.  &#8216;Mess it Up&#8217; est \u00e9galement correct, l&#8217;autre morceau r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 des sessions pr\u00e9c\u00e9dentes avec Charlie Watts, avec son refrain sautillant genre disco et ses couplets ind\u00e9niablement Stones, port\u00e9s par des accords de guitare jubilatoires, et un bon post-refrain aux accents funk. .<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr, il n&#8217;y aurait pas d&#8217;album des Stones sans une ballade ou un mid-tempo chant\u00e9 par Keith Richards, et \u00ab Tell Me Straight \u00bb a un ton inqui\u00e9tant int\u00e9ressant, dans la m\u00e9lodie et dans les paroles : \u00ab Tout le monde a des questions, et j&#8217;en ai une ou deux. \/ Mon avenir est-il enti\u00e8rement dans le pass\u00e9 ?  \/ J&#8217;ai juste besoin d&#8217;un peu de temps pour clarifier mes pens\u00e9es \/ Et d\u00e9couvrir si c&#8217;est vrai.  On n&#8217;avait jamais entendu Richards avec un ton aussi existentialiste, ce qui constitue ici un autre des bons moments lyriques de l&#8217;album.<\/p>\n<p>C&#8217;est aussi une chanson qui relie \u00ab Driving Me Too Fast \u00bb aux deux morceaux de cl\u00f4ture, formant une solide s\u00e9quence finale de quatre chansons qui sauvent l&#8217;album en quelque sorte.  Car apr\u00e8s vient &#8216;Sweet Sounds of Heaven&#8217;, un autre morceau calqu\u00e9 sur les vieux classiques du groupe dans la tonalit\u00e9 d&#8217;un hymne (\u00ab You Can&#8217;t Always Get What You Want \u00bb, par exemple, dont la m\u00e9lodie partage certaines similitudes), bien qu&#8217;ici avec un caract\u00e8re gospel plus marqu\u00e9, et des guitares arp\u00e9g\u00e9es tr\u00e8s soul sudistes (\u00e0 la mani\u00e8re de ce vieux &#8216;I Got the Blues&#8217; de &#8216;Sticky Fingers&#8217;).<\/p>\n<p>Dans celui-ci, la pr\u00e9sence de Stevie Wonder et surtout de Lady Gaga donne une vie inhabituelle \u00e0 la performance, r\u00e9alis\u00e9e en live, presque \u00e0 moiti\u00e9 improvis\u00e9e, y compris cette coda finale dans laquelle tout le groupe brille majestueusement.  Gaga n&#8217;est pas <a rel=\"nofollow noopener\" href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=IJouW1R6i_0\" target=\"_blank\">Joyeux Clayton<\/a> (elle l&#8217;a mentionn\u00e9, pas nous), mais cela r\u00e9alise le miracle de Mick produisant sa meilleure performance vocale sur l&#8217;album : solennelle, \u00e9mouvante, dr\u00f4le dans ces derniers \u00e9changes.  Et bien s\u00fbr (oui, je vais le r\u00e9p\u00e9ter) sans filtres absurdes.  Il faudra malheureusement attendre la fin de chaque face de l&#8217;album pour entendre la merveilleuse voix de Jagger sans additifs.<\/p>\n<p>Car en plus de &#8216;Sweet Sounds of Heaven&#8217;, les deux faces se cl\u00f4turent avec des morceaux acoustiques d&#8217;excellente qualit\u00e9 : &#8216;Dreamy Skies&#8217;, magnifique, n&#8217;est pas sans rappeler le plus r\u00e9cent Dylan, avec cette voix country blues exquise et rude.  Ron et Keith sont encore une fois magistraux, l&#8217;un avec un dobro et l&#8217;autre tra\u00e7ant ses riffs parfaitement imparfaits, qui font penser au peu de choses que montre son arthrite (une phrase qui peut para\u00eetre comme une blague mais ce n&#8217;est pas le cas).  Il est compl\u00e9t\u00e9 par des paroles en faveur du bucolicisme par rapport au moderne (\u00ab Je vais faire une pause avec tout \/ L\u00e0 o\u00f9 il n&#8217;y a pas d&#8217;\u00e2me \u00e0 moins de cent milles \/ Je couperai du bois, et une vieille radio AM, c&#8217;est tout \u00bb. Je l&#8217;aurai \/ Tout ce qu&#8217;ils jouent, ce sont des chansons de Hank Williams et du mauvais honky-tonk.  Un joli plaidoyer anti-technologie po\u00e9tique qui aurait d\u00e9j\u00e0 pu inclure les plug-ins num\u00e9riques d&#8217;Andrew Watt.<\/p>\n<p>La fin de la face B rev\u00eat une signification symbolique particuli\u00e8re : il s&#8217;agit d&#8217;une version de la chanson qui leur a donn\u00e9 son nom il y a six d\u00e9cennies, \u00ab Rolling Stone Blues \u00bb de Muddy Waters.  Magnifiquement chant\u00e9 par Mick et jou\u00e9 avec une beaut\u00e9 brutale par Keith sur une vieille guitare Martin des ann\u00e9es 30, un \u00e9clair vraiment in\u00e9gal\u00e9 de talent \u00e2g\u00e9.  Si la discographie des Rolling Stones se terminait enfin ainsi, ce serait une cl\u00f4ture tr\u00e8s po\u00e9tique d&#8217;un cycle musical qui s&#8217;\u00e9tend sur 60 ans.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<p><br \/>\n<br \/><a href=\"https:\/\/jenesaispop.com\/2023\/10\/25\/464965\/rolling-stones-hackney-diamonds\/\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">ttn-fr-64<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019arriv\u00e9e d\u2019un nouvel album des Rolling Stones dans cette derni\u00e8re partie de leur carri\u00e8re sera toujours jug\u00e9e en fonction des attentes. S\u2019ils sont tr\u00e8s faibles, l\u2019accueil sera s\u00fbrement enthousiaste \u00e0 moins qu\u2019il n\u2019y ait quelques \u00e9tincelles de qualit\u00e9. 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