{"id":57137,"date":"2022-03-27T16:55:41","date_gmt":"2022-03-27T18:55:41","guid":{"rendered":"https:\/\/teknomers.com\/fr\/lecrivain-ougandais-qui-saigne-de-lencre\/"},"modified":"2022-03-27T16:55:50","modified_gmt":"2022-03-27T18:55:50","slug":"lecrivain-ougandais-qui-saigne-de-lencre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/teknomers.com\/fr\/lecrivain-ougandais-qui-saigne-de-lencre\/","title":{"rendered":"L&#8217;\u00e9crivain ougandais qui saigne de l&#8217;encre"},"content":{"rendered":"\n<div>\n<p>Fin 2017, Kakwenza Rukirabashaija attrape son ordinateur portable et se met \u00e0 \u00e9crire de mani\u00e8re obsessionnelle.  En tant que fils de petits agriculteurs ougandais, qui a \u00e9t\u00e9 le premier de sa famille \u00e0 faire des \u00e9tudes \u2013 journalisme, \u00e9tudes de d\u00e9veloppement et droit \u2013 il veut \u00eatre \u00ab diff\u00e9rent \u00bb et tendre un miroir \u00e0 son pays. <em>Animal de ferme<\/em> de George Orwell est une grande source d&#8217;inspiration.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s huit jours, le manuscrit est termin\u00e9 \u00e0 partir de <em>La gourmande Barbara<\/em>, un roman satirique sur un dictateur dans un pays africain fictif, qui ne se d\u00e9veloppe \u00e9conomiquement qu&#8217;apr\u00e8s que le dictateur a \u00e9t\u00e9 chass\u00e9.  Apr\u00e8s un an de r\u00e9\u00e9criture, il se rapproche de quelques \u00e9diteurs, mais ceux-ci ont peur d&#8217;avoir froid aux yeux : il est facile de reconna\u00eetre dans le personnage principal Yoweri Museveni, le pr\u00e9sident depuis 1986, qui gouverne un Ouganda de plus en plus autoritaire. <\/p>\n<p>Une entreprise courageuse est pr\u00eate \u00e0 imprimer 10 000 exemplaires du livre de Rukirabashaija en avril 2020, qui, selon lui, se vendent rapidement.  C&#8217;est sp\u00e9cial, compte tenu de la culture modeste de la lecture en Ouganda.<\/p>\n<p>La vie tranquille de Rukirabashaija en tant que membre de la classe moyenne sup\u00e9rieure \u2013 il poss\u00e8de \u00e9galement une ferme florissante \u2013 est imm\u00e9diatement termin\u00e9e.  Il a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 ce mois-l\u00e0 et a eu les yeux band\u00e9s, humili\u00e9, maltrait\u00e9 et d\u00e9tenu \u00e0 l&#8217;isolement pendant une semaine.  Officiellement, la &#8220;violation des mesures corona&#8221; en est la raison, mais l&#8217;interrogatoire porte sur son livre. <\/p>\n<p>L&#8217;intimidation ne marche pas : apr\u00e8s sa lib\u00e9ration, Rukirabashaija \u00e9crit <em>Banana Republic\u00a0: l\u00e0 o\u00f9 l&#8217;\u00e9criture est une trahison<\/em> c&#8217;est \u00e0 propos de son emprisonnement et de sa torture.  Ses livres et l&#8217;oppression dont il fait l&#8217;objet lui valent une grande renomm\u00e9e et le prestigieux prix Pinter International Writer of Courage 2021 de l&#8217;association d&#8217;\u00e9crivains PEN.<\/p>\n<h2 class=\"gn4-crosshead\">Fouets, massues et pinces<\/h2>\n<p>\u00ab Le r\u00e9gime voulait que j&#8217;arr\u00eate d&#8217;\u00e9crire.  Mais il ne se rend pas compte que si vous torturez un \u00e9crivain, il saignera de l&#8217;encre&#8221;, a d\u00e9clar\u00e9 Rukirabashaija, aujourd&#8217;hui \u00e2g\u00e9 de 33 ans, avec un sourire affable \u00e0 Amstelveen, au domicile d&#8217;un sympathisant du parti d&#8217;opposition ougandais NUP.  Il est bri\u00e8vement parti d&#8217;Allemagne, ce qui lui fournira un port d&#8217;attache pour les trois prochaines ann\u00e9es en tant que &#8216;<em>\u00e9crivain en exil<\/em>&#8216; avec une bourse de la branche allemande du PEN.  Car en f\u00e9vrier, il a \u00e9t\u00e9 contraint de fuir son pays, apr\u00e8s une nouvelle d\u00e9tention \u00e0 la fin de l&#8217;ann\u00e9e derni\u00e8re.<\/p>\n<p>Cette fois, il a disparu pendant deux semaines <a rel=\"nofollow noopener\" href=\"https:\/\/www.theguardian.com\/world\/2022\/jan\/09\/pen-prize-winning-ugandan-novelist-kakwenza-rukirabashaija-illegally-detained-and-tortured\" target=\"_blank\">avant qu&#8217;il ne soit clair qu&#8217;il avait \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9<\/a>\u2020  Pendant cette p\u00e9riode, il a \u00e9t\u00e9 s\u00e9v\u00e8rement tortur\u00e9, avec des fouets, un gourdin et des pinces &#8220;avec lesquelles ils ont arrach\u00e9 la chair de ma cuisse&#8221;.  En Allemagne, il re\u00e7oit un traitement m\u00e9dical et une th\u00e9rapie. <\/p>\n<p>Apr\u00e8s un mois et de nombreuses pressions internationales, il a \u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9 sous caution.  Des photos de son dos stri\u00e9 de rouge ont fait le tour d&#8217;Internet et des m\u00e9dias internationaux.  Que le sort de Rukirabashaija ne fait pas exception, ressort d&#8217;un mardi publi\u00e9 <a rel=\"nofollow noopener\" href=\"https:\/\/www.hrw.org\/report\/2022\/03\/22\/i-only-need-justice\/unlawful-detention-and-abuse-unauthorized-places-detention\" target=\"_blank\">Rapport de Human Rights Watch<\/a>qui parle de \u00ab centaines \u00bb de cas de d\u00e9tention ill\u00e9gale et de torture depuis 2018. <\/p>\n<h2 class=\"gn4-crosshead\">&#8220;Gros incomp\u00e9tent et t\u00eatu&#8221;<\/h2>\n<p>La d\u00e9tention de Rukirabashaija a \u00e9t\u00e9 provoqu\u00e9e par un tweet que Rukirabashaija avait envoy\u00e9 \u00e0 propos de Muhoozi Kainerugaba, le fils du pr\u00e9sident Museveni, qu&#8217;il a qualifi\u00e9 de &#8220;cochon ob\u00e8se&#8221; et &#8220;incomp\u00e9tent et t\u00eatu&#8221;.  Des hommes du tristement c\u00e9l\u00e8bre Commandement des forces sp\u00e9ciales (SFC), dirig\u00e9 par Muhoozi pendant de nombreuses ann\u00e9es, l&#8217;ont forc\u00e9 \u00e0 &#8220;s&#8217;agenouiller et \u00e0 s&#8217;excuser aupr\u00e8s de Muhoozi&#8221;, dit-il, qui a \u00e9t\u00e9 film\u00e9.<\/p>\n<p>Muhoozi n&#8217;est pas l\u00e0 lui-m\u00eame, mais passe trois fois plus tard, selon Rukirabashaija (ce que Muhoozi nie).  \u00ab Au d\u00e9but, il m&#8217;a demand\u00e9 de ne montrer mon dos bless\u00e9 \u00e0 personne.  La deuxi\u00e8me fois, il \u00e9tait amical et a apport\u00e9 des v\u00eatements.  La troisi\u00e8me fois, il m&#8217;a demand\u00e9 combien d&#8217;argent je gagnais en \u00e9crivant et m&#8217;a propos\u00e9 de le payer si j&#8217;arr\u00eatais. <\/p>\n<p>&#8220;Ils pensent qu&#8217;un \u00e9crivain critique le r\u00e9gime pour \u00eatre soudoy\u00e9 et coopt\u00e9&#8221;, poursuit Rukirabashija.  \u00ab Mais pour un \u00e9crivain, sa cr\u00e9dibilit\u00e9 est sa richesse.  Vous ne pouvez pas critiquer le Mal et ensuite d\u00eener avec le diable.<\/p>\n<p>Rukirabashaija esp\u00e8re retourner un jour en Ouganda, bien que sa femme et ses trois enfants se pr\u00e9parent \u00e0 le rejoindre.  \u00c9crire pour les m\u00e9dias ougandais n&#8217;est plus possible.  M\u00eame les ind\u00e9pendants <em>L&#8217;observateur<\/em>qu&#8217;avant <a rel=\"nofollow noopener\" href=\"https:\/\/observer.ug\/viewpoint\/71123-when-god-wanted-us-to-exonerate-amin-he-sent-museveni#comment-66032\" target=\"_blank\">sont des pi\u00e8ces critiques<\/a> de l&#8217;oppression dans son pays, il n&#8217;ose plus.  Il prescrit maintenant <a rel=\"nofollow noopener\" href=\"https:\/\/www.blackstarnews.com\/users\/kakwenza-rukirabashaija\" target=\"_blank\">Nouvelles de l&#8217;\u00e9toile noire<\/a>une plateforme am\u00e9ricaine, et <a rel=\"nofollow noopener\" href=\"https:\/\/twitter.com\/kakwenzarukira\" target=\"_blank\">tweete beaucoup<\/a>\u2020 <\/p>\n<p>Ses deux livres ne sont \u00e9galement plus disponibles en Ouganda.  Il a r\u00e9cemment trouv\u00e9 l&#8217;\u00e9quivalent de 12 500 euros sur son compte, car le dernier millier de ses livres auto\u00e9dit\u00e9s avait \u00e9t\u00e9 vendu en une seule fois.  Acheteur : le minist\u00e8re ougandais des Finances.  Rukirabashaija ne peut pas retirer l&#8217;argent parce que les banques ougandaises veulent savoir d&#8217;o\u00f9 il vient pour tout montant important.  &#8220;Et je ne demanderai jamais aux autorit\u00e9s de d\u00e9clarer qu&#8217;elles ont achet\u00e9 mes livres.&#8221;<\/p>\n<\/p><\/div>\n<p><br \/>\n<br \/><a href=\"https:\/\/www.nrc.nl\/nieuws\/2022\/03\/27\/de-oegandese-schrijver-die-inkt-bloedt-a4105378\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">ttn-fr-33<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Fin 2017, Kakwenza Rukirabashaija attrape son ordinateur portable et se met \u00e0 \u00e9crire de mani\u00e8re obsessionnelle. En tant que fils de petits agriculteurs ougandais, qui a \u00e9t\u00e9 le premier de sa famille \u00e0 faire des \u00e9tudes \u2013 journalisme, \u00e9tudes de d\u00e9veloppement et droit \u2013 il veut \u00eatre \u00ab diff\u00e9rent \u00bb et tendre un miroir \u00e0 [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":57138,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[10],"tags":[14921,37518,37516,364,37517],"class_list":["post-57137","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-magazine","tag-lecrivain","tag-lencre","tag-ougandais","tag-qui","tag-saigne"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/teknomers.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/57137","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/teknomers.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/teknomers.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/teknomers.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/teknomers.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=57137"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/teknomers.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/57137\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/teknomers.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/57138"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/teknomers.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=57137"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/teknomers.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=57137"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/teknomers.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=57137"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}