{"id":566157,"date":"2023-01-19T14:23:41","date_gmt":"2023-01-19T16:23:41","guid":{"rendered":"https:\/\/teknomers.com\/fr\/ryuichi-sakamoto-12\/"},"modified":"2023-01-19T14:23:43","modified_gmt":"2023-01-19T16:23:43","slug":"ryuichi-sakamoto-12","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/teknomers.com\/fr\/ryuichi-sakamoto-12\/","title":{"rendered":"Ryuichi Sakamoto \/ 12"},"content":{"rendered":"<p> <br \/>\n<\/p>\n<div>\n<p>Les derni\u00e8res ann\u00e9es n&#8217;ont pas \u00e9t\u00e9 faciles pour Ryuichi Sakamoto.  Le v\u00e9t\u00e9ran compositeur japonais, membre du Yellow Magic Orchestra, a \u00e9t\u00e9 diagnostiqu\u00e9 d&#8217;un cancer du pharynx en 2014, un fait qui l&#8217;a amen\u00e9 \u00e0 reconsid\u00e9rer sa fa\u00e7on de voir le monde et \u00e0 ne rien tenir pour acquis.  Environ un an plus tard, il annonce l&#8217;avoir surmont\u00e9, mais malheureusement, en 2021, une nouvelle tumeur vient \u00e0 nouveau bouleverser le cours de sa vie.  Cette fois, c&#8217;est un cancer du rectum qui, selon lui-m\u00eame l&#8217;a annonc\u00e9, devra l&#8217;accompagner pour le reste de ses jours, puisqu&#8217;il est au stade 4, la phase la plus avanc\u00e9e de la maladie.  Malgr\u00e9 la gravit\u00e9 de l&#8217;actualit\u00e9, Sakamoto n&#8217;a pas cess\u00e9 de composer, ayant r\u00e9alis\u00e9 de multiples bandes originales de films et de s\u00e9ries ces derni\u00e8res ann\u00e9es.  &#8217;12&#8217;, son nouvel album-journal, est compos\u00e9 d&#8217;une douzaine de pi\u00e8ces pour piano et synth\u00e9tiseurs organis\u00e9es chronologiquement, dont l&#8217;ordre ne change que sur la derni\u00e8re piste. <\/p>\n<p>L&#8217;artiste a commenc\u00e9 le projet peu de temps apr\u00e8s sa sortie de la salle d&#8217;op\u00e9ration.  Alors qu&#8217;il \u00e9tait encore en convalescence apr\u00e8s son op\u00e9ration, il a pris ses instruments et a enregistr\u00e9 des fragments quand il le pouvait.  Les douze compositions qui composent cette nouvelle \u0153uvre sont sombres et m\u00e9ditatives.  Sur &#8216;20210310&#8217;, le premier de ses morceaux, des synth\u00e9s expressifs et inqui\u00e9tants nous introduisent avec sobri\u00e9t\u00e9 et \u00e9l\u00e9gance dans la trag\u00e9die personnelle de Sakamoto. <\/p>\n<p>L&#8217;auteur r\u00e9fl\u00e9chit sur sa propre mort et sur son avenir incertain, s&#8217;accrochant \u00e0 la vie jusqu&#8217;\u00e0 son dernier souffle.  Cependant, la densit\u00e9 et l&#8217;intensit\u00e9 th\u00e9matiques de l&#8217;album sont toujours repr\u00e9sent\u00e9es depuis l&#8217;immobilit\u00e9.  Il n&#8217;y a pas de grand bruit ou d&#8217;ornementation dans ses chansons, mais il opte toujours pour la subtilit\u00e9.  Ce sont les petits d\u00e9tails qui construisent la part la plus \u00e9motionnelle d&#8217;une \u0153uvre volontairement discr\u00e8te mais pleine de sens.  Dans de nombreuses chansons, vous pouvez entendre la respiration rythmique et constante de Sakamoto, camoufl\u00e9e comme un \u00e9l\u00e9ment de plus, particuli\u00e8rement \u00e9mouvante accompagnant le piano dans le magnifique &#8216;20211201&#8217;.  Continuer \u00e0 respirer est la seule chose qui reste avant d&#8217;affronter l&#8217;in\u00e9vitable, dont l&#8217;arriv\u00e9e, bien qu&#8217;impr\u00e9visible, sera toujours \u00e0 l&#8217;horizon. <\/p>\n<p>Le disque peut \u00eatre organiquement divis\u00e9 en deux : les sept premiers morceaux sont plus longs et plus sombres, les cinq autres sont plus courts et plus clairs.  La premi\u00e8re partie est inond\u00e9e de r\u00e9signation et de douleur, o\u00f9, \u00e0 l&#8217;occasion, Sakamoto se passe du piano et le remplace par de sinistres drones, comme tout au long des plus de 6 minutes de &#8216;20220202&#8217;.  La respiration et les bruits de fond ont \u00e9galement plus de pr\u00e9sence \u00e0 cet endroit de la s\u00e9quence, ce qui en fait le plus r\u00e9fl\u00e9chissant du projet. <\/p>\n<p>A partir de la belle &#8216;20220302 \u2013 sarabande&#8217;, seule chanson qui indique le style auquel elle appartient, on peut interpr\u00e9ter que l&#8217;artiste a assum\u00e9 son statut, invitant l&#8217;auditeur -ou simplement lui-m\u00eame- \u00e0 danser et \u00e0 profiter tant qu&#8217;il le peut.  Peut-\u00eatre pour cette raison, dans cette deuxi\u00e8me partie, il laisse derri\u00e8re lui la turbulence des synth\u00e9tiseurs et laisse place au son doux et paisible du piano. <\/p>\n<p>&#8217;12&#8217; est une \u0153uvre dense et \u00e9l\u00e9giaque, o\u00f9 Sakamoto s&#8217;ouvre pour exposer les peurs et les doutes de quelqu&#8217;un qui soup\u00e7onne qu&#8217;il ne lui reste plus beaucoup de temps.  C&#8217;est aussi une ode \u00e0 la beaut\u00e9 de trouver du plaisir dans les petites choses : une respiration profonde et r\u00e9guli\u00e8re, un soupir, une simple m\u00e9lodie de piano.  La beaut\u00e9 du banal ne peut \u00eatre document\u00e9e qu&#8217;en \u00e9tant vivant.  Il n&#8217;y a pas de plus grande certitude ou quoi que ce soit de plus important. <\/p>\n<\/p><\/div>\n<p><br \/>\n<br \/><a href=\"https:\/\/jenesaispop.com\/2023\/01\/19\/448480\/sakamoto-12\/\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">ttn-fr-64<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les derni\u00e8res ann\u00e9es n&#8217;ont pas \u00e9t\u00e9 faciles pour Ryuichi Sakamoto. Le v\u00e9t\u00e9ran compositeur japonais, membre du Yellow Magic Orchestra, a \u00e9t\u00e9 diagnostiqu\u00e9 d&#8217;un cancer du pharynx en 2014, un fait qui l&#8217;a amen\u00e9 \u00e0 reconsid\u00e9rer sa fa\u00e7on de voir le monde et \u00e0 ne rien tenir pour acquis. 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