{"id":558203,"date":"2023-01-14T10:05:54","date_gmt":"2023-01-14T12:05:54","guid":{"rendered":"https:\/\/teknomers.com\/fr\/la-puissance-de-la-fun-house-des-stooges-perdure-sur-les-records-actuels\/"},"modified":"2023-01-14T10:05:55","modified_gmt":"2023-01-14T12:05:55","slug":"la-puissance-de-la-fun-house-des-stooges-perdure-sur-les-records-actuels","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/teknomers.com\/fr\/la-puissance-de-la-fun-house-des-stooges-perdure-sur-les-records-actuels\/","title":{"rendered":"La puissance de la &#8220;Fun House&#8221; des Stooges perdure sur les records actuels"},"content":{"rendered":"<p> <br \/>\n<\/p>\n<div>\n<p>Apr\u00e8s les d\u00e9buts des Stooges en 1969, Elektra Records ne se souciait pas trop de l&#8217;\u00e9chec critique et commercial relatif du disque.  Cela semble impossible maintenant, mais c&#8217;\u00e9tait une \u00e9poque diff\u00e9rente et les grands labels pouvaient garder les groupes qui ne r\u00e9ussissaient pas sur leur liste pendant deux, trois, quatre albums tant qu&#8217;ils croyaient qu&#8217;ils avaient du potentiel.  Iggy Pop est l&#8217;exemple parfait de la raison pour laquelle cette approche \u00e9tait si b\u00e9n\u00e9fique &#8211; tant qu&#8217;elle \u00e9tait durable &#8211; pour la culture pop.  Sa survie artistique &#8211; avec et sans Stooges &#8211; pendant des d\u00e9cennies, sans jamais g\u00e9n\u00e9rer une grande fortune pour l&#8217;industrie, se traduirait par quelques \u0153uvres d&#8217;art dont nous sommes avant les premi\u00e8res.<\/p>\n<p>La foi de Jac Holzman (le grand patron d&#8217;Elektra) dans les Stooges l&#8217;a amen\u00e9 \u00e0 les envoyer enregistrer &#8216;Fun House&#8217; \u00e0 Los Angeles, dans les luxueux studios du label situ\u00e9s dans une maison de style colonial espagnol avec jardin, tandis que le groupe s\u00e9journait dans un motel o\u00f9 ils ont rencontr\u00e9 Andy Warhol et sa troupe, en visite dans la ville.<\/p>\n<p>Les Stooges avaient fait leurs devoirs\u00a0: apr\u00e8s des d\u00e9buts qui n&#8217;avaient pas pleinement captur\u00e9 l&#8217;\u00e9nergie et le danger du groupe en direct (malgr\u00e9 qu&#8217;ils contenaient les indiscutables classiques \u00ab\u00a0No Fun\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0I Wanna Be Your Dog\u00a0\u00bb), ils \u00e9taient d\u00e9termin\u00e9s \u00e0 constituer une collection de chansons plus agressives, qu&#8217;ils ont compos\u00e9es dans leur maison-commune \u00e0 Ann Arbor, Michigan, dans les mois pr\u00e9c\u00e9dents, de mani\u00e8re plut\u00f4t disciplin\u00e9e pour leur r\u00e9putation de sauvages.  Igualmente se portaron bien durante las sesiones de grabaci\u00f3n en mayo de 1970, si descontamos el tripi que se com\u00eda Iggy en secreto cada d\u00eda justo antes de empezar a grabar (\u201cpor responsabilidad con el grupo, para irradiar &#8216;vibe&#8217; y transmitirles credibilidad\u201d, selon le).<\/p>\n<p>Son producteur, Don Gallucci des Kingsmen, a tout de suite compris o\u00f9 devaient aller les plans : non seulement il a accept\u00e9 de laisser le groupe apporter tout son mat\u00e9riel live pour l&#8217;enregistrement (chose essentielle, puisqu&#8217;ils jouaient les nouvelles chansons non-stop depuis des mois sur leurs concerts) mais \u00e9tait d&#8217;accord avec eux que les premi\u00e8res sessions -enregistr\u00e9es de mani\u00e8re conventionnelle, chaque membre enregistrant s\u00e9par\u00e9ment par panneaux- sonnaient comme de la merde.  Ils ont donc d\u00e9cid\u00e9 de recentrer le tout et de mettre en place l&#8217;installation live de tout le groupe, moniteurs inclus, et d&#8217;enregistrer essentiellement un spectacle en direct dans le studio, avec le volume hurlant et sans se soucier de cet anath\u00e8me pour les ing\u00e9nieurs du son qu&#8217;est la &#8220;fuite&#8221;. (c&#8217;est-\u00e0-dire lorsque le son de plus d&#8217;un instrument fuit \u00e0 travers chaque microphone et qu&#8217;une s\u00e9paration parfaite de chaque piste n&#8217;est pas obtenue).<\/p>\n<p>Ils l&#8217;ont fait au rythme d&#8217;une chanson par jour, en la r\u00e9p\u00e9tant jusqu&#8217;\u00e0 obtenir la prise la plus cool, et avec une autre approche minimaliste essentielle pour comprendre la puissance fascinante de ce disque : aucun instrument n&#8217;a \u00e9t\u00e9 doubl\u00e9, il n&#8217;y a pratiquement pas de guitares ou d&#8217;autres \u00e9l\u00e9ments ajout\u00e9s. plus tard.  Il s&#8217;agit essentiellement d&#8217;un live des Stooges enregistr\u00e9 dans le plus grand luxe (Iggy : \u00ab dans un studio \u00e0 des ann\u00e9es-lumi\u00e8re de la merde de Times Square, au premier \u00e9tage au-dessus d&#8217;un sex-shop, o\u00f9 nous avons enregistr\u00e9 le premier ; c&#8217;\u00e9tait un chambre que nous pourrions remplir de notre intense \u00e9nergie&#8221;).<\/p>\n<p>Le r\u00e9sultat est quelque chose qui, depuis la fin des ann\u00e9es 1970, est constamment apparu en t\u00eate des listes des \u00abplus grands disques de rock de tous les temps\u00bb.  Et c&#8217;est ainsi parce que &#8216;Fun House&#8217; transcende le caract\u00e8re classique arch\u00e9ologique de la plupart de ces disques, qui sonnent fascinants mais aussi des artefacts d&#8217;une autre \u00e9poque.  Et c&#8217;est que l&#8217;influence de cette \u00e9trange concoction faite dans les ann\u00e9es 60 mais qui ne sonne pas du tout vieille a commenc\u00e9 \u00e0 se faire remarquer \u00e0 l&#8217;aube du punk et est toujours valable dans de nombreux disques enregistr\u00e9s il y a quelques mois.  Mais nous en reparlerons plus tard.  Le fait est que, tout comme le Velvet Underground, les Stooges viennent des ann\u00e9es 60 mais ils ne sonnent pas comme les ann\u00e9es 60, ils sonnent comme le futur, m\u00eame aujourd&#8217;hui.  Et cela commence par &#8216;Fun House&#8217;.<\/p>\n<p>L&#8217;assaut sonique s&#8217;ouvre sur deux chansons avec une certaine structure mais qui ne l\u00e9sinent pas sur le facteur marteau : \u00e0 la fois &#8216;Down on the Street&#8217; (avec son rythme paresseux mais implacable et imparable) et &#8216;Dirt&#8217; (plus rapide et avec un riff impressionnant de trois accords fuzztastiques) ont couplet et refrain, primaire, brut, mais ordonn\u00e9.  D\u00e8s le d\u00e9but c&#8217;est un pas de g\u00e9ant : fini les rythmes un peu funky de &#8216;I Wanna Be Your Dog&#8217; et &#8216;No Fun&#8217;, adieu la voix boyish d&#8217;Iggy, fini les chansons bas\u00e9es sur des mantras indiens.<\/p>\n<p>Les vagues structures du d\u00e9but sont pulv\u00e9ris\u00e9es \u00e0 l&#8217;arriv\u00e9e de &#8216;TV Eye&#8217; : on se retrouve devant un riff sur un seul accord qui se r\u00e9p\u00e8te de fa\u00e7on hypnotique, obsessionnelle, sur un rythme Motown multivitamin\u00e9 et sans refrain connu (au-del\u00e0 de quelques interm\u00e8des de cris et grogne). .  C&#8217;est alors que vous commencez \u00e0 r\u00e9aliser que ce n&#8217;est pas exactement du hard rock ou du psych\u00e9d\u00e9lisme.  C&#8217;est du rock and roll aux accents avant-gardistes, mais tr\u00e8s diff\u00e9rent des explorations arty de Reed &#038; Cale, et certainement pas du tout intellectualis\u00e9, abandonnant ses paroles tr\u00e8s br\u00e8ves \u00e0 l&#8217;impressionnisme de l&#8217;expression minimale : \u00ab As-tu vu cette nana ?  Il a son \u0153il t\u00e9l\u00e9 sur moi.&#8221; <\/p>\n<p>Mais surtout, l&#8217;\u00e9nergie est diff\u00e9rente, plus animale.  C&#8217;est du punk avant le punk, un esprit qui \u00e0 l&#8217;\u00e9poque \u00e9tait absent de la musique populaire blanche depuis le rockabilly des ann\u00e9es 1950. Comme l&#8217;explique si bien Iggy dans l&#8217;excellent &#8216;Gimme Danger&#8217; (disponible en Espagne sur Filmin), travaillant \u00e0 Chicago comme batteur pour divers bluesmen lui a fait comprendre que contrairement aux Blancs, les musiciens noirs \u00e9taient toujours en contact avec leur enfant int\u00e9rieur.  Et il a d\u00e9cid\u00e9 que sa mission serait d&#8217;essayer de retrouver cet esprit libre et d\u00e9complex\u00e9 en faisant sa musique.  C&#8217;est peut-\u00eatre la meilleure explication de l&#8217;impact des Stooges, de l&#8217;\u00e9nergie qu&#8217;ils ont d\u00e9cha\u00een\u00e9e sur les g\u00e9n\u00e9rations suivantes.  Voir les images au d\u00e9but du documentaire d&#8217;Iggy en direct faisant pr\u00e9cis\u00e9ment &#8216;TV Eye&#8217; avec son collier de chien rouge et ses gants de vedette argent\u00e9s, <a rel=\"nofollow noopener\" href=\"https:\/\/youtu.be\/BugSstDaVFc?t=73\" target=\"_blank\">se tortiller sur sc\u00e8ne et sauter dans le public<\/a>c&#8217;est voir le punk avant que le punk n&#8217;existe.<\/p>\n<p>La face A culmine admirablement avec le mena\u00e7ant &#8216;Dirt&#8217;.  Nihilisme (&#8220;J&#8217;ai \u00e9t\u00e9 un d\u00e9chet, mais je m&#8217;en fiche \/ Ils m&#8217;ont bless\u00e9, mais je m&#8217;en fiche&#8221;) sur un riff, dans ce cas une basse, et une s\u00e9quence d&#8217;accords descendants et rampants.  C&#8217;est l&#8217;un des chefs d&#8217;oeuvre de l&#8217;album, et forme une parfaite trilogie avec &#8216;TV Eye&#8217; et &#8216;Loose&#8217;.<\/p>\n<p>La face B est limit\u00e9e \u00e0 trois chansons : \u00ab\u00a01970\u00a0\u00bb roule sur un groove Bo Diddley implacable de r\u00e9p\u00e9titions m\u00e9caniques passionnantes, avec la guitare d&#8217;Asheton de retour dans son registre aux tons \u00e9pais incomparables (ayant commenc\u00e9 comme bassiste, il a toujours jou\u00e9 de grosses cordes sur la guitare pour se sentir plus \u00e0 l&#8217;aise, et cela a donn\u00e9 \u00e0 son style ce timbre reconnaissable).  Mais juste \u00e0 la fin de la chanson, il y a une nouveaut\u00e9 importante : dans cette deuxi\u00e8me partie, le groupe ajoute des improvisations avant-gardistes gr\u00e2ce au saxophone style free jazz de Steven McKay, qui ne quitte plus la &#8220;sc\u00e8ne&#8221; avec Iggy tout au long du reste de l&#8217;album.  Quand arrive la chanson &#8216;Fun House&#8217;, le primitivisme rock des Stooges se marie \u00e0 merveille avec cette touche \u00ab avant-gardiste \u00bb, qui int\u00e9ressait particuli\u00e8rement Iggy car il y avait une sc\u00e8ne musicale exp\u00e9rimentale florissante \u00e0 Ann Arbor.<\/p>\n<p>Pendant plus de sept minutes, la pop grogne et chante des couplets bluesy (&#8220;calling from the funhouse with my song \/ We&#8217;ve been apart, honey, too long&#8221;), avec le saxophone et les guitares lance-flammes de Ron Asheton qui brouillent derri\u00e8re lui. .  La transition vers \u00ab\u00a0LA Blues\u00a0\u00bb est presque imperceptible, dans un morceau de forme libre sans rythme, notation ou riffs reconnaissable, un morceau qui \u00e9tait simplement appel\u00e9 \u00ab\u00a0The Freak Out\u00a0\u00bb en direct.  Certains consid\u00e8rent ce clip de cl\u00f4ture comme le premier chef-d&#8217;\u0153uvre de l&#8217;art-rock, ou du noise, et certains ne le supportent pas.  On peut \u00e9galement affirmer que les compositions de ce c\u00f4t\u00e9 sont inf\u00e9rieures, ou m\u00eame que l&#8217;incorporation du sax jazz ne fait pas exactement partie des innovations \u00abFun House\u00bb qui s&#8217;imposeront dans les d\u00e9cennies suivantes.  Ce qui est incontestable, c&#8217;est que l&#8217;\u00e9nergie croissante et mena\u00e7ante de la premi\u00e8re partie du disque explose glorieusement dans cette seconde, et c&#8217;est l&#8217;onde de choc de cette d\u00e9flagration qui scintille encore quarante ans plus tard, comme un r\u00e9sidu radioactif. <\/p>\n<p>Car il est ais\u00e9ment d\u00e9fendable d&#8217;affirmer que l&#8217;influence des Stooges dans l&#8217;histoire de la musique a \u00e9t\u00e9 encore plus grande que celle du Velvet Underground : on la d\u00e9celait d\u00e9j\u00e0 sans mal dans les parties de glam (les New York Dolls avec leur irr\u00e9v\u00e9rence et leur guitares dures), \u00e9videmment Bowie, mais aussi du pr\u00e9-punk \u00e9lectronique (voir les Stooges vivre \u00e0 NY a inspir\u00e9 Alan Vega pour former Suicide), le pub rock aux amph\u00e9tamines de Wilko Johnson, tout punk am\u00e9ricain (les Ramones a Blondie ou Television), \u00e0 l&#8217;anglaise ( les guitares et l&#8217;attitude des Sex Pistols) ou encore dans le psychobilly (Lux Interior en tant que frontman et chanteur doit autant au rockabilly des ann\u00e9es 50 qu&#8217;\u00e0 Iggy grognant dans le micro torse nu).<\/p>\n<p>D\u00e9j\u00e0 dans les ann\u00e9es 80, son charme \u00e9tait encore per\u00e7u dans le hardcore (Henry Rollins, fan absolu), le post-punk (Iggy \u00e9tait le chanteur pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 des Siouxsie Sioux), dans l&#8217;art pop de Sonic Youth (qui a fait des reprises des Stooges), dans le n\u00e9opsych\u00e9d\u00e9lisme de Spacemen 3, dans les guitares plus lourdes de Johnny Marr (un fan avou\u00e9 des Stooges), dans le rock australien (de The Birthday Party et ses versions de &#8216;Loose&#8217; aux guitares malades de The Scientists), \u00e9videmment dans tout en grunge (&#8216;Raw Power&#8217; \u00e9tait l&#8217;album pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 de Kurt Cobain), en noise pop (J Mascis, fan lui aussi), dans le plus furieux de riot grrrl (Bikini Kill via Joan Jett), dans des quartiers de Brit Pop (Supergrass et Oasis mentionnant les Stooges comme inspirations pour leurs riffs de guitare), ou encore le n\u00e9o-garage des White Stripes (l&#8217;initiation de Jack White au punk rock passe par eux).<\/p>\n<p>Et m\u00eame ces derni\u00e8res ann\u00e9es on pourrait citer une infinit\u00e9 d&#8217;artistes influenc\u00e9s par eux : de Wayne Coyne disant que &#8220;les Stooges font partie de mon ADN&#8221; aux fans absolus que sont Jehnny Beth de Savages ou Karen O de Yeah Yeah Yeahs (&#8221; Dirt&#8221; m&#8217;a appris que la douleur et le plaisir se consomment mieux crus&#8221;), jusqu&#8217;\u00e0 atteindre l&#8217;\u00e9nergie et l&#8217;attitude percutante de la guitare des r\u00e9cents Fontaines DC<\/p>\n<\/p><\/div>\n<p><br \/>\n<br \/><a href=\"https:\/\/jenesaispop.com\/2023\/01\/14\/448016\/stooges-fun-house\/\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">ttn-fr-64<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Apr\u00e8s les d\u00e9buts des Stooges en 1969, Elektra Records ne se souciait pas trop de l&#8217;\u00e9chec critique et commercial relatif du disque. 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