{"id":54424,"date":"2022-03-26T01:47:25","date_gmt":"2022-03-26T03:47:25","guid":{"rendered":"https:\/\/teknomers.com\/fr\/les-lignes-que-nous-traversons-dans-nos-vies\/"},"modified":"2022-03-26T01:47:30","modified_gmt":"2022-03-26T03:47:30","slug":"les-lignes-que-nous-traversons-dans-nos-vies","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/teknomers.com\/fr\/les-lignes-que-nous-traversons-dans-nos-vies\/","title":{"rendered":"Les lignes que nous traversons dans nos vies"},"content":{"rendered":"<p> <br \/>\n<\/p>\n<div data-attribute=\"article-content-body\">\n<div class=\"n-content-layout\" data-layout-width=\"full-grid\">\n<figure class=\"n-content-picture n-content-picture--wide n-content-layout__container\"><figcaption class=\"n-content-picture__caption\" data-has-caption=\"true\">&#8220;Route 66&#8221; de Dean Mitchell (2020) \u00a9 Dean Mitchell<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n<p>Il y a quelques jours, j&#8217;ai pens\u00e9 que j&#8217;\u00e9tais au milieu d&#8217;un \u00e9trange r\u00eave matinal.  Mais alors que j&#8217;\u00e9tais allong\u00e9 dans mon lit dans un \u00e9tat de demi-sommeil, essayant toujours de d\u00e9chiffrer le monde des r\u00eaves de la r\u00e9alit\u00e9, j&#8217;ai r\u00e9alis\u00e9 que les cris que je pensais provenir de mon subconscient provenaient en fait de la rue sous la fen\u00eatre de ma chambre.  Il \u00e9tait \u00e0 peine 6 heures du matin et une femme en col\u00e8re et en d\u00e9tresse disait \u00e0 haute voix \u00e0 son partenaire qu&#8217;elle en avait fini avec leur relation.<\/p>\n<p>Je vis dans une rue r\u00e9sidentielle tr\u00e8s calme selon les normes de New York, donc dans les interm\u00e8des entre les cris, c&#8217;\u00e9tait \u00e9trangement calme.  Bient\u00f4t, elle reprit la parole, criant \u00e0 quelqu&#8217;un au t\u00e9l\u00e9phone qu&#8217;elle voulait &#8220;s&#8217;\u00e9loigner de lui&#8221;.  Il n&#8217;y avait \u00ab plus rien [for her] \u00e0 New York&#8221;.<\/p>\n<p>Je suis sorti du lit et j&#8217;ai regard\u00e9 par la fen\u00eatre pour voir la femme debout sur le trottoir avec ses valises et l&#8217;homme juste devant la porte d&#8217;entr\u00e9e.  Une voiture s&#8217;est arr\u00eat\u00e9e.  Le chauffeur est descendu et a mis les valises de la femme dans le coffre alors qu&#8217;elle montait sur le si\u00e8ge arri\u00e8re.  Il me semblait que son partenaire avait franchi une ligne.  Et qu&#8217;elle traversait maintenant la sienne.<\/p>\n<p>Tout l&#8217;incident a provoqu\u00e9 une faible vague de tristesse qui m&#8217;a submerg\u00e9.  C&#8217;\u00e9tait \u00e9trangement embl\u00e9matique de ce qui ressemble \u00e0 un monde plus vaste qui se fracture autour de nous, et cela m&#8217;a fait r\u00e9fl\u00e9chir ces derniers jours \u00e0 l&#8217;id\u00e9e de franchir des lignes, r\u00e9elles et symboliques.  Nous faisons tous des lignes dans nos t\u00eates et nos c\u0153urs, qui peuvent ou non \u00eatre franchies dans nos relations, dans nos quartiers, dans nos villes, dans nos pays.  Et \u00e0 un moment donn\u00e9, la plupart d&#8217;entre nous doivent se demander ce qui se passe lorsque ces lignes sont franchies.<\/p>\n<hr \/>\n<p><strong>Le tableau \u00ab Route 66 \u00bb, du contemporain<\/strong> Dean Mitchell, est une repr\u00e9sentation d&#8217;un tron\u00e7on de route d\u00e9sol\u00e9 le long de la c\u00e9l\u00e8bre autoroute am\u00e9ricaine qui reliait autrefois Chicago \u00e0 Los Angeles.  Nous arrivons \u00e0 la toile peinte en marron et gris \u00e0 une intersection de routes, regardant le virage qui nous m\u00e8nerait \u00e0 la route 66. Le paysage devant nous est st\u00e9rile.  Il n&#8217;y a pas de voitures ou de personnes dans le cadre, rien ne sugg\u00e8re dans quelle p\u00e9riode historique nous nous trouvons. En tant que spectateur, nous sommes confront\u00e9s \u00e0 un panneau d&#8217;arr\u00eat, le point o\u00f9 nous devons nous arr\u00eater pour r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 ce que sera notre prochain mouvement. <\/p>\n<p>L&#8217;US Highway 66 a officiellement exist\u00e9 de 1926 \u00e0 1985. Je la connais le mieux gr\u00e2ce \u00e0 la chanson de Nat King Cole de 1946 recommandant aux voyageurs de &#8220;traverser mon chemin, prendre l&#8217;autoroute qui est la meilleure \/ Prenez votre pied sur la Route 66&#8221;.  Ces paroles, \u00e9crites par Bobby Troup, un musicien et acteur blanc, offrent une vision insouciante de l&#8217;autoroute.  Mais je soup\u00e7onne que Mitchell, un homme afro-am\u00e9ricain de 65 ans, \u00e9tait bien conscient des dangers uniques pos\u00e9s aux Noirs qui parcouraient des tron\u00e7ons de cette route.<\/p>\n<p>La route 66 \u00e9tait peu peupl\u00e9e et traversait de nombreux comt\u00e9s contenant des \u00abvilles au coucher du soleil\u00bb, des endroits qui interdisaient aux Noirs d&#8217;entrer apr\u00e8s le coucher du soleil.  Toute personne noire qui se trouvait dans l&#8217;un de ces endroits apr\u00e8s la tomb\u00e9e de la nuit \u00e9tait confront\u00e9e \u00e0 la perspective de violences \u00e0 caract\u00e8re raciste.  Les risques \u00e9taient si grands qu&#8217;en 1936, Victor H Green, un postier noir, publia <em>le<\/em> <em>Livre vert de l&#8217;automobiliste n\u00e8gre<\/em> donnant des conseils sur les endroits o\u00f9 il \u00e9tait s\u00e9curitaire de s&#8217;arr\u00eater pour manger, se reposer ou prendre de l&#8217;essence.  Votre vie d\u00e9pendait de savoir \u00e0 l&#8217;avance quelles lignes pouvaient \u00eatre franchies en toute s\u00e9curit\u00e9 et o\u00f9. <\/p>\n<p>Pour franchir une ligne, il faut d&#8217;abord tracer des lignes.  Et la cr\u00e9ation de lignes, r\u00e9elles ou symboliques, est une fa\u00e7on de contr\u00f4ler, de d\u00e9limiter le lieu et le pouvoir, et de distinguer \u00ab nous et eux \u00bb.  Choisissez parmi un nombre quelconque de pays, de villes, de quartiers\u00a0: les lignes sont toujours en cours de trac\u00e9 et la s\u00e9curit\u00e9 et le danger de les traverser sont toujours pris en compte.<\/p>\n<hr \/>\n<p><strong>J&#8217;ai d\u00e9couvert le peu de travail de<\/strong> L&#8217;artiste barcelonais Guim Ti\u00f3 \u00e0 un moment donn\u00e9 au cours des deux derni\u00e8res ann\u00e9es.  Je suis attir\u00e9 par son utilisation de la couleur et de l&#8217;espace pour \u00e9voquer un sentiment imm\u00e9diat et une r\u00e9flexion tranquille, mais aussi pour \u00e9voquer notre propre placement dans un contexte donn\u00e9.  Dans &#8220;La Gran&#8221;, un petit personnage se tient au milieu d&#8217;une vaste \u00e9tendue de terre.  Il fait face \u00e0 ce qui est vraisemblablement la mer, avec un ciel ouvert tout autour.  Deux lignes simples entre terre et mer et eau et horizon situent la minuscule figure peinte dans un monde qui semble d\u00e9pourvu de distraction ou de communaut\u00e9, selon la fa\u00e7on dont vous le regardez.  Dans tous les cas, la personne est seule, face \u00e0 la ligne de d\u00e9marcation entre un monde et un autre.<\/p>\n<figure class=\"n-content-image n-content-image--full p402_hide\" style=\"width: 700px;max-width: 100%\">\n\t\t\t\t<img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/teknomers.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/1648266445_50_Les-lignes-que-nous-traversons-dans-nos-vies.jpg\" data-id=\"https:\/\/api.ft.com\/content\/91c40352-a6b3-4210-8baa-4aab77a42938\" data-image-type=\"image\" data-original-image-width=\"2400\" data-original-image-height=\"1939\" alt=\"Le tableau de Guim Ti\u00f3 'La Gran' \" \/><figcaption class=\"n-content-image__caption\">\n<p>\t\t\t\t&#8216;La Gran&#8217; de Guim Ti\u00f3 (2019) \u00a9 Guim Ti\u00f3<br \/>\n\t\t\t<\/figcaption><\/figure>\n<p>Je ne sais pas si chacun d&#8217;entre nous peut \u00e9chapper aux moments de la vie o\u00f9, comme cette figure, nous sommes amen\u00e9s \u00e0 un point de d\u00e9cision qui nous oblige \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir et \u00e0 n\u00e9gocier les lignes que nous sommes pr\u00eats \u00e0 franchir.  Habituellement, franchir une ligne s&#8217;accompagne de sacrifices et d&#8217;inconfort, traverser l&#8217;effrayant et l&#8217;inconnu pour atteindre l&#8217;autre c\u00f4t\u00e9.  Ces jours-ci, je me surprends \u00e0 penser non seulement aux circonstances tragiques de ceux qui fuient l&#8217;Ukraine, qu&#8217;il s&#8217;agisse d&#8217;Ukrainiens ou d&#8217;autres ressortissants, mais aussi aux Russes qui ont choisi de quitter leur pays ou de rester et de manifester, apr\u00e8s avoir d\u00e9termin\u00e9 que leur pr\u00e9sident avait lui-m\u00eame travers\u00e9 un ligne irr\u00e9cup\u00e9rable.<\/p>\n<p>La peinture aust\u00e8re de Ti\u00f3 est un rappel poignant que nous sommes tous seuls \u00e0 rassembler le courage, la sagesse ou la volont\u00e9 de prendre les d\u00e9cisions les plus difficiles.  Bien que cela puisse sembler \u00eatre un endroit solitaire, cela peut aussi \u00eatre exactement ce dont vous avez besoin pour entendre et \u00e9couter votre propre voix.<\/p>\n<hr \/>\n<p><strong>Dans cette id\u00e9e de franchir les lignes,<\/strong> J&#8217;ai aussi pens\u00e9 aux femmes.  Il y a eu ces derni\u00e8res semaines des images saisissantes de femmes contraintes de quitter l&#8217;Ukraine.  Des femmes dans les gares ou marchant avec des enfants tra\u00eenant derri\u00e8re elles ou dans leurs bras.  Des femmes disant au revoir \u00e0 leurs maris, fr\u00e8res et p\u00e8res, des femmes voyageant ensemble, des femmes plus \u00e2g\u00e9es portant leurs petits chiens vers la s\u00e9curit\u00e9.  Et puis les images de femmes qui restent pour prendre les armes ou qui restent pour s&#8217;occuper de nouveau-n\u00e9s ou de femmes enceintes.  Toutes ces femmes font des choix sur les limites r\u00e9elles et symboliques \u00e0 franchir pour assurer leur bien-\u00eatre et celui de leur famille.  L&#8217;Ukraine n&#8217;est bien s\u00fbr pas le seul endroit o\u00f9 les femmes portent des cons\u00e9quences importantes pour les conflits et les d\u00e9cisions politiques plus importants.  Syrie, Afghanistan, R\u00e9publique centrafricaine, la liste pourrait s&#8217;allonger.<\/p>\n<figure class=\"n-content-image n-content-image--full p402_hide\" style=\"width: 700px;max-width: 100%\">\n\t\t\t\t<img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/teknomers.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/1648266445_980_Les-lignes-que-nous-traversons-dans-nos-vies.jpg\" data-id=\"https:\/\/api.ft.com\/content\/b80b27a5-b052-46a9-97af-4f061ce29746\" data-image-type=\"image\" data-original-image-width=\"2400\" data-original-image-height=\"2038\" \/><figcaption class=\"n-content-image__caption\">\n<p>\t\t\t\t&#8220;Escalader des montagnes avec des enfants&#8221; de Caitlin Connolly (2019) \u00a9 Caitlin Connolly<br \/>\n\t\t\t<\/figcaption><\/figure>\n<p>L&#8217;artiste Caitlin Connolly dessine, peint et sculpte, son travail refl\u00e9tant son int\u00e9r\u00eat pour l&#8217;int\u00e9riorit\u00e9 des femmes et la fa\u00e7on dont les femmes se d\u00e9placent dans le monde.  J&#8217;adore son illustration &#8220;Escalader des montagnes avec des enfants&#8221;.  La grande figure d&#8217;une femme occupe le centre du cadre.  La jupe de sa robe en forme de tente gonfle, ajoutant \u00e0 son apparence plus grande que nature.  Une jeune fille s&#8217;accroche \u00e0 son cou, et elle tient \u00e9galement la main d&#8217;un enfant un peu plus \u00e2g\u00e9 qui marche pr\u00e9cairement et \u00e0 contrec\u0153ur derri\u00e8re elle.  La femme avance \u00e0 toute allure \u00e0 travers une ligne d\u00e9chiquet\u00e9e de sommets de montagnes, ses pieds nus marchant avec d\u00e9termination sur les bords pointus des rochers, comme si elle \u00e9tait indiff\u00e9rente \u00e0 la difficult\u00e9.<\/p>\n<p>Nous pouvons voir que cela doit \u00eatre un voyage douloureux et perfide.  Elle ne peut pas \u00eatre \u00e0 l&#8217;abri de cette r\u00e9alit\u00e9.  Mais beaucoup d&#8217;entre nous savent aussi qu&#8217;il existe une r\u00e9silience et un courage particuliers qui se manifestent lorsqu&#8217;une femme d\u00e9cide qu&#8217;elle doit faire une certaine chose, y compris prot\u00e9ger ceux qu&#8217;elle aime.  Parfois, nous devons franchir des limites formidables non seulement pour nous-m\u00eames, mais parce que nous nous engageons pour le bien-\u00eatre des autres.<\/p>\n<p>Le ciel dans l&#8217;image de Connolly est bleu.  C&#8217;est plein d&#8217;espoir, malgr\u00e9 le voyage p\u00e9rilleux.  Je repense \u00e0 la femme que j&#8217;ai entendue dans la rue au bord de l&#8217;aube.  Il semble qu&#8217;il y ait toujours une trace d&#8217;obscurit\u00e9 dans les choix que nous faisons.  Mais il y aura aussi toujours un fil de lumi\u00e8re, aussi fin soit-il.  C&#8217;est peut-\u00eatre ce qui nous donne la force de franchir la ligne en premier lieu.<\/p>\n<p><em>Envoyez un e-mail \u00e0 Enuma \u00e0 <\/em><a rel=\"nofollow noopener\" href=\"https:\/\/mail.google.com\/mail\/u\/0\/?fs=1&amp;tf=cm&amp;to=enuma.okoro@ft.com\" target=\"_blank\" data-trackable=\"link\"><em>enuma.okoro@ft.com<\/em><\/a><\/p>\n<p><em>Suivre <\/em><a rel=\"nofollow noopener\" href=\"https:\/\/twitter.com\/ftweekend?ref_src=twsrc%5Egoogle%7Ctwcamp%5Eserp%7Ctwgr%5Eauthor\" target=\"_blank\" data-trackable=\"link\"><em>@ftweekend<\/em><\/a><em>  sur Twitter pour d\u00e9couvrir nos derni\u00e8res histoires en premier<\/em><\/p>\n<\/div>\n<p><br \/>\n<br \/><a href=\"https:\/\/www.ft.com\/content\/25d02534-2b65-427d-a711-4fcf1de6f1aa\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">ttn-fr-56<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8220;Route 66&#8221; de Dean Mitchell (2020) \u00a9 Dean Mitchell Il y a quelques jours, j&#8217;ai pens\u00e9 que j&#8217;\u00e9tais au milieu d&#8217;un \u00e9trange r\u00eave matinal. 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