{"id":526048,"date":"2022-12-24T02:16:32","date_gmt":"2022-12-24T04:16:32","guid":{"rendered":"https:\/\/teknomers.com\/fr\/cendres-de-lune-lalbum-qui-a-fait-de-mylene-farmer-une-star\/"},"modified":"2022-12-24T02:16:33","modified_gmt":"2022-12-24T04:16:33","slug":"cendres-de-lune-lalbum-qui-a-fait-de-mylene-farmer-une-star","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/teknomers.com\/fr\/cendres-de-lune-lalbum-qui-a-fait-de-mylene-farmer-une-star\/","title":{"rendered":"&#8216;Cendres de lune&#8217;, l&#8217;album qui a fait de Myl\u00e8ne Farmer une star"},"content":{"rendered":"<p> <br \/>\n<\/p>\n<div>\n<p>\u00ab Cenizas de luna \u00bb est le premier album de Myl\u00e8ne Farmer.  Sorti en 1986, il contenait 8 chansons, auxquelles &#8216;Tristana&#8217; a \u00e9t\u00e9 ajout\u00e9e dans la r\u00e9\u00e9dition de 1987 (et qui est consid\u00e9r\u00e9e comme la version \u00ab canonique \u00bb).  L&#8217;artiste franco-canadienne avait d\u00e9j\u00e0 sorti deux singles en 1984, mais &#8216;Cendres de lune&#8217; signifierait sa postulation d\u00e9finitive en tant que candidate vedette : le style musical et vocal, les th\u00e8mes des chansons, l&#8217;esth\u00e9tique travaill\u00e9e avec soin, jetteraient les bases de ce que la discographie de Myl\u00e8ne a \u00e9t\u00e9 pendant les 36 prochaines ann\u00e9es, un univers \u00e0 part enti\u00e8re.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s l&#8217;\u00e9chec de son second single en 1984 (&#8216;On est tous des imb\u00e9ciles&#8217;), le label RCA d\u00e9cide de s&#8217;en passer malgr\u00e9 le succ\u00e8s acceptable de son premier (&#8216;Maman a tort&#8217;), et la chanteuse est sign\u00e9e chez Polydor, o\u00f9 il pr\u00e9parera cet album tout au long de l&#8217;ann\u00e9e 85 en \u00e9troite collaboration avec son grand alli\u00e9 cr\u00e9ateur, Laurent Boutonnat.  Ce tandem gagnant qui pendant des records et des d\u00e9cennies dira \u00ab musique de Laurent et paroles de Myl\u00e8ne \u00bb (et qui inclura le m\u00e9ga hit d&#8217;Aliz\u00e9e 15 ans plus tard) commence ici.  Malgr\u00e9 le fait que dans &#8216;Cendres de lune&#8217; beaucoup de textes sont encore de Laurent, ils sont tout \u00e0 fait au service de cet univers particulier naissant de la chanteuse, et ceux qu&#8217;elle a fait seraient cruciaux pour asseoir son style. <\/p>\n<p>A commencer par le single d&#8217;avance, choisi par Polydor et aux paroles de Farmer : &#8216;Plus Grandir&#8217; abordait un th\u00e8me tr\u00e8s 80&#8217;s, la phobie de ne plus \u00eatre jeune.  Son lancement \u00e0 la fin de 1985 n&#8217;a pas r\u00e9alis\u00e9 de grandes ventes, mais <a rel=\"nofollow noopener\" href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=S-27brmMLaA\" target=\"_blank\">sa vid\u00e9o tr\u00e8s ch\u00e8re<\/a> poserait un autre des fondements strat\u00e9giques de la carri\u00e8re de l&#8217;artiste : des superproductions cin\u00e9mascope \u00e0 la facture technique compl\u00e8tement cin\u00e9matographique r\u00e9alis\u00e9es par Boutonnat lui-m\u00eame, et souvent mises en sc\u00e8ne dans les fantasmes visuels de l&#8217;\u00e9poque (le camp de r\u00e9fugi\u00e9s de &#8216;<a rel=\"nofollow noopener\" href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=vkiyW0vqat8\" target=\"_blank\">d\u00e9sabus\u00e9<\/a>&#8216; ou la guerre de Sept Ans &#8216;<a rel=\"nofollow noopener\" href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=L0DwIefImuA\" target=\"_blank\">Pourvu qu&#8217;elles soient douces<\/a>&#8216;).  La conception visuelle de Boutonnat inclurait des photographies sur de nombreuses couvertures et ferait de la sortie de chaque nouveau clip un \u00e9v\u00e9nement national au cours des prochaines ann\u00e9es, ombrageant les sc\u00e9nographies d&#8217;une partie des premi\u00e8res tourn\u00e9es de Farmer, inspir\u00e9es par elles.  Sa nouvelle maison de disques a eu assez de vision pour miser sur &#8216;Cendres de lune&#8217; malgr\u00e9 les ventes discr\u00e8tes de cette avance et les d\u00e9penses colossales du clip.  Ils ne le regretteraient pas.<\/p>\n<p>L&#8217;album commence par &#8220;Libertine&#8221;, qui a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 choisi comme single de sortie en avril 1986. Il est difficile d&#8217;expliquer l&#8217;\u00e9norme impact culturel de cette magnifique chanson \u00e9lectro-pop ultra-commerciale sans aborder ses paroles et sa vid\u00e9o.  Alors que le th\u00e8me n&#8217;\u00e9tait qu&#8217;une m\u00e9lodie, Myl\u00e8ne improvise en r\u00e9p\u00e9tition en chantant \u00ab je suis une pute \u00bb et Boutonnat reprend et adapte l&#8217;id\u00e9e dans ce d\u00e9j\u00e0 mythique \u00ab je suis libertine \/ je suis une catin \u00bb. suis une prostitu\u00e9e \u00bb ).  Ses vers \u00e9rotico-masochistes (&#8220;aimer c&#8217;est pleurer quand on se penche&#8221;) incluent &#8220;entre mes dunes \/ mes malheurs reposent \/ et c&#8217;est nu comment j&#8217;apprends la vertu&#8221;, tir\u00e9 directement du marquis de Sade.  La chanson a cr\u00e9\u00e9 une pol\u00e9mique pr\u00e9visible parmi les r\u00e9actionnaires fran\u00e7ais qui n&#8217;a servi \u00e0 rien, car elle allait bient\u00f4t r\u00e9aliser ce qui est si difficile \u00e0 r\u00e9aliser, qui est de devenir \u00e0 la fois un hymne pop accept\u00e9 par un immense public et un hymne de la lutte pour les droits : c&#8217;est sur l&#8217;un des premiers exemples dans la culture populaire fran\u00e7aise de la r\u00e9appropriation d&#8217;un terme p\u00e9joratif envers les femmes.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s &#8216;Au bout de la nuit&#8217;, un beau midtempo de synth\u00e9s vaporeux et de th\u00e8mes sensuels, avec des voix tr\u00e8s Jane Birkin (une r\u00e9f\u00e9rence \u00e9vidente dans les premi\u00e8res ann\u00e9es de sa carri\u00e8re, mais pas tellement plus tard), vient &#8216;Vieux Bouc&#8217;.  Entre rap et r\u00e9citation, se succ\u00e8dent strophes provocantes (&#8220;vieux b\u00e2tard, es-tu fragile ? \/ Aimes-tu mes carillons du matin ? \/ L&#8217;hymen sera mon cadeau \/ en ce moment j&#8217;ai le feu dans le sang&#8221;) et refrains chant\u00e9s, avec une base rythmique et instrumentale pleine des sons m\u00e9talliques et durs caract\u00e9ristiques du Fairlight II, ce sampler tr\u00e8s cher qui a marqu\u00e9 le cours sonore de la seconde moiti\u00e9 des ann\u00e9es 80. <\/p>\n<p>Laurent Boutonnat a fait un usage abondant de la palette sonore du Fairlight tout au long de &#8216;Cendres de lune&#8217;, comme en t\u00e9moigne son utilisation de ses fl\u00fbtes caract\u00e9ristiques sur la chanson suivante, &#8216;Tristana&#8217;, une autre des pi\u00e8ces les plus brillantes et \u00e9vocatrices du disque important.  En fait c&#8217;\u00e9tait un single apr\u00e8s l&#8217;\u00e9dition originale du LP, mais son succ\u00e8s fut tel qu&#8217;\u00e0 partir de 1987 il fut int\u00e9gr\u00e9 aux nouvelles \u00e9ditions (un peu comme &#8216;Into the Groove&#8217; dans &#8216;Like a Virgin&#8217;), et pour cause : est la premi\u00e8re grande chanson pop d&#8217;une sublime m\u00e9lancolie de Myl\u00e8ne, la premi\u00e8re d&#8217;une longue suite.  Une combinaison de pop \u00e9lectronique en accords mineurs avec des paroles d&#8217;abattement et de d\u00e9sespoir que l&#8217;artiste viendra perfectionner avec l&#8217;habilet\u00e9 d&#8217;un chirurgien : &#8216;D\u00e9senchant\u00e9e&#8217; \u00e9tait encore \u00e0 quelques ann\u00e9es, mais Boutonnat et Farmer posaient d\u00e9j\u00e0 les bases d&#8217;une de ses sp\u00e9cialit\u00e9s, drame envelopp\u00e9 de pop douce et triste, paroles enti\u00e8rement de Myl\u00e8ne (\u00ab Au revoir Tristana, ton c\u0153ur s&#8217;est refroidi \/ Dieu baisse les bras \/ Laisse-la partir, laisse-la mourir ! \u00bb).<\/p>\n<p>La fin de la face A s&#8217;accompagne de \u00ab Chlo\u00e9 \u00bb, chant\u00e9e d&#8217;une voix de fille, comme une macabre chanson enfantine sur une noyade, dans laquelle Boutonnat voulait capter \u00ab l&#8217;innocence et la cruaut\u00e9 de l&#8217;enfance \u00bb, et qui rejoint th\u00e9matiquement le d\u00e9but de la face B, passer de l&#8217;infantophobie \u00e0 une vision beaucoup plus int\u00e9ressante des enfants en tant qu&#8217;\u00eatres sensibles et capables d&#8217;amour.  L&#8217;inclusion de &#8216;Maman a tort&#8217; sur ce premier album de Myl\u00e8ne est cruciale : apr\u00e8s tout c&#8217;\u00e9tait son premier single, et malgr\u00e9 qu&#8217;il date de 1984, avec le remix pratique de Boutonnat il sonne totalement int\u00e9gr\u00e9 au disque.  Sans oublier qu&#8217;il s&#8217;agit de l&#8217;un des singles les plus envo\u00fbtants de toute la France des ann\u00e9es 80, une combinaison hypnotique d&#8217;\u00e9lectro-pop avec des synth\u00e9s et une basse disco, et des paroles \u00e9nigmatiques et surr\u00e9alistes dans le style d&#8217;une r\u00e9citation d&#8217;enfant (&#8220;une, maman a tort \/ deux, l&#8217;amour est beau \/ trois, l&#8217;infirmi\u00e8re pleure \/ quatre, je l&#8217;aime \u00bb).  D\u00e9j\u00e0 dans son \u00e9dition originale, la chanson faisait pol\u00e9mique, car au fur et \u00e0 mesure des paroles, Myl\u00e8ne chante avec la voix d&#8217;une fille\/adolescente le sentiment d&#8217;\u00eatre attir\u00e9e par l&#8217;infirmi\u00e8re qui s&#8217;occupe d&#8217;elle pendant son hospitalisation (\u00ab cinq, c&#8217;est mon droit \/ six, toucher \u00e0 tout \/ un, l&#8217;infirmi\u00e8re chante \/ deux, \u00e7a me fait sentir des choses \u00bb).  Avec une mention finale dans le d\u00e9licieux refrain de fausset \u00e0 &#8220;J&#8217;aime ce qu&#8217;ils m&#8217;interdisent, les plaisirs grossiers \/ J&#8217;aime quand elle me sourit, j&#8217;aime l&#8217;infirmi\u00e8re, maman&#8221;.  Les connotations saphiques des paroles l&#8217;ont peut-\u00eatre emp\u00each\u00e9e d&#8217;\u00eatre un grand succ\u00e8s radio, mais elles ont mis Myl\u00e8ne sur la carte avec une chanson consid\u00e9r\u00e9e comme un pr\u00e9curseur des r\u00e9f\u00e9rences pop fran\u00e7aises \u00e0 l&#8217;homosexualit\u00e9.<\/p>\n<p>La face B culmine avec trois autres chansons : la structure totalement r\u00e9p\u00e9titive -trois accords en boucle- des timbres m\u00e9talliques de &#8216;We&#8217;ll Never Die&#8217; est totalement addictive, presque proto-techno (cette basse !) mais avec une m\u00e9lodie excitante.  &#8216;Greta&#8217;, d\u00e9di\u00e9e \u00e0 Garbo, est l&#8217;exemple classique d&#8217;une chanson lente et atmosph\u00e9rique tr\u00e8s ann\u00e9es quatre-vingt, on peut presque entendre les brumes de neige carbonique dans ces r\u00e9verb\u00e9rations cath\u00e9drales, des phrases sampl\u00e9es du film &#8216;La femme aux deux visages&#8217;, et des ambiances des sons.  Pendant ce temps, Myl\u00e8ne chante qui elle consid\u00e8re <a rel=\"nofollow noopener\" href=\"https:\/\/www.mylene.net\/mylene\/mylene-farmer-interview-premiere-mars-2018.php\" target=\"_blank\">r\u00e9f\u00e9rence et inspiration artistique<\/a>: \u00ab \u00bbFrances Farmer et Greta Garbo m&#8217;inspirent le respect.  Son courage est immense.  Elles sont pionni\u00e8res d&#8217;un combat, celui de la reconnaissance des femmes dans le champ artistique.  Ils avaient du caract\u00e8re, ils \u00e9taient insolents, fragiles et ils ne faisaient pas de concessions \u00bb.  Il va sans dire que de Frances (actrice tragiquement r\u00e9prim\u00e9e dans les ann\u00e9es 50 par le syst\u00e8me) Myl\u00e8ne a pris son nom de sc\u00e8ne.  Les paroles commencent par \u00ab divine, exquise \u00bb et ne baissent \u00e0 aucun moment leur ton d&#8217;adoration (\u00ab Greta rit, et je rougis \/ Greta meurt, et j&#8217;entends Dieu pleurer \/ Greta aime, divine infid\u00e8le \u00bb), le tout chant\u00e9 avec le timbre cristallin (divin, exquis) de Myl\u00e8ne.<\/p>\n<p>La finale arrive en grand avec \u00ab Plus grandir \u00bb avec ses paroles lancinantes \u00e9crites par Myl\u00e8ne (\u00ab ne pas grandir, ne pas mourir, ne pas souffrir \u00bb) et les orthographes Europop dominantes.  On l&#8217;a compris, c&#8217;\u00e9tait l&#8217;avant-single, avec ce refrain avec beaucoup d&#8217;accroche dans une chanson pop qui pourrait rappeler au public des chanteuses de la sc\u00e8ne fran\u00e7aise comme Corynne Charby ou V\u00e9ronique Jannot.  Pourtant, il pr\u00e9sentait d\u00e9j\u00e0 des \u00e9l\u00e9ments distinctifs, typiques de cet excellent &#8216;Cendres de lune&#8217; : les sonorit\u00e9s sampl\u00e9es \u00e0 des tonalit\u00e9s diff\u00e9rentes dans l&#8217;introduction (Fairlight encore), qui r\u00e9appara\u00eetront dans &#8216;Libertine&#8217; et d&#8217;autres moments de l&#8217;album, ou le tr\u00e8s personnel th\u00e8me et excentrique, un aper\u00e7u de la nouvelle Myl\u00e8ne, celle qui allait bient\u00f4t prendre en main tous les textes et le manifeste artistico-politique de sa proposition, offrant un nouveau personnage m\u00eame physiquement : un mois apr\u00e8s la sortie de l&#8217;album, elle s&#8217;est \u00e9teinte ses cheveux de sa c\u00e9l\u00e8bre et d\u00e9sormais \u00e9ternelle couleur rouge flamboyant, forgeant cette identit\u00e9 visuelle impressionnante qui l&#8217;a accompagn\u00e9e dans toutes ces d\u00e9cennies de succ\u00e8s.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<p><br \/>\n<br \/><a href=\"https:\/\/jenesaispop.com\/2022\/12\/23\/447036\/mylene-farmer-cendres-lune\/\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">ttn-fr-64<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab Cenizas de luna \u00bb est le premier album de Myl\u00e8ne Farmer. 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