{"id":518945,"date":"2022-12-19T19:28:35","date_gmt":"2022-12-19T21:28:35","guid":{"rendered":"https:\/\/teknomers.com\/fr\/mylene-farmer-lemprise\/"},"modified":"2022-12-19T19:28:36","modified_gmt":"2022-12-19T21:28:36","slug":"mylene-farmer-lemprise","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/teknomers.com\/fr\/mylene-farmer-lemprise\/","title":{"rendered":"Myl\u00e8ne Farmer \/ L&#8217;Emprise"},"content":{"rendered":"<p> <br \/>\n<\/p>\n<div>\n<p>Myl\u00e8ne Farmer est-elle la Madone fran\u00e7aise, comme le disent depuis des ann\u00e9es les fans de cette artiste fascinante ?  Eh bien, en termes d&#8217;impact culturel sur la musique pop dans ce pays du milieu des ann\u00e9es 80 \u00e0 nos jours, sans aucun doute.  Ou en termes de sa capacit\u00e9 \u00e0 remplir les stades de spectacles sophistiqu\u00e9s (un demi-million de billets vendus le dernier mois de sa nouvelle tourn\u00e9e imminente des ormodromes en France, en Belgique et en Suisse).  Musicalement, cependant, les choses ne sont pas si simples : plus que Ciccone, c&#8217;est comme un croisement impossible entre les Pet Shop Boys, le drame vocal baroque d&#8217;une Kate Bush (ou d&#8217;un Michel Polnareff) et la po\u00e9sie romantique et la provocation.  Auteur Europop.<\/p>\n<p>En France, chaque nouvelle sortie de disque de Farmer est v\u00e9cue comme un \u00e9v\u00e9nement qui fait la une des journaux et des actualit\u00e9s.  Il n&#8217;en a pas \u00e9t\u00e9 autrement avec &#8216;L&#8217;Emprise&#8217;, qui est sa premi\u00e8re nouveaut\u00e9 depuis 2018.<\/p>\n<p>\u00ab Emprise \u00bb est un mot fran\u00e7ais qui d\u00e9crit une relation dans laquelle une personne exerce une domination physique ou un contr\u00f4le psychologique sur l&#8217;autre.  C&#8217;est pourquoi cet album a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 dans un contexte post #metoo (il est sorti le 25 novembre, Journ\u00e9e internationale pour l&#8217;\u00e9limination de la violence faite aux femmes) bien qu&#8217;il soit juste de souligner que Myl\u00e8ne a d\u00e9j\u00e0 chant\u00e9 sur les relations toxiques, pour ne pas mentionner directement qu&#8217;il est l&#8217;une des plus grandes ic\u00f4nes fran\u00e7aises de l&#8217;expression de la libert\u00e9, de l&#8217;\u00eatre unx sur le plan vital, moral et sexuel.  Des hymnes comme &#8216;Libertine&#8217; ou &#8216;Sans contrefa\u00e7on&#8217; chantaient d\u00e9j\u00e0 dans les ann\u00e9es 80 \u00e0 l&#8217;individualit\u00e9 ou \u00e0 l&#8217;ambigu\u00eft\u00e9 de genre, ce dont elle \u00e9tait totalement pionni\u00e8re.  C&#8217;est pourquoi il est si agr\u00e9able de savoir comment est n\u00e9e la cr\u00e9ation de ce nouvel album, n\u00e9 de son alliance avec un jeune musicien \u00e9lectropop fran\u00e7ais nomm\u00e9 Woodkid, qui <a rel=\"nofollow noopener\" href=\"https:\/\/www.leparisien.fr\/culture-loisirs\/musique\/woodkid-cet-album-pour-mylene-farmer-cetait-presque-quelque-chose-que-je-lui-devais-24-11-2022-6AM54EVPYVBD3A7DA64N5NRKGM.php\" target=\"_blank\">a r\u00e9cemment d\u00e9clar\u00e9<\/a>: \u00ab Myl\u00e8ne est une figure sacr\u00e9e, une image presque divine.  Et en tant que gay de province, c&#8217;est quelqu&#8217;un qui m&#8217;a beaucoup accompagn\u00e9 et aid\u00e9 dans mes conflits internes.  Faire ce disque \u00e9tait presque quelque chose que je lui devais.&#8221; <\/p>\n<p>Car m\u00eame si dans L&#8217;Emprise il y a plus de collaborations, la partie centrale et la plus int\u00e9ressante de l&#8217;album est prise par cette alliance entre Myl\u00e8ne et Woodkid dans sept des chansons (il est aussi l&#8217;auteur de la pochette), o\u00f9 l&#8217;\u00e9lectronique et un exquis orchestre symphonique enregistr\u00e9 au studio Guillaume Tell \u00e0 Paris. <\/p>\n<p>C&#8217;est pr\u00e9cis\u00e9ment avec ces ingr\u00e9dients organiques que l&#8217;album commence, avec les divins &#8216;Invisibles&#8217; et son orchestre et sa voix luxueux.  Los arreglos de cuerda son algo sorprendentemente muy poco explorado por Myl\u00e8ne en su obra, y que sin embargo encaja como un guante en su estilo vocal y con esa letra de poema rom\u00e1ntico (\u201c\u00bfqui\u00e9n vela por encima de nosotros \/ entre nosotros? \/ Es l&#8217;amour&#8221;).  La musique de Myl\u00e8ne Farmer oscille souvent entre ballades et bangers, alors si &#8216;Invisibles&#8217; revitalise son c\u00f4t\u00e9 tranquille avec des sonorit\u00e9s naturelles, &#8216;\u00c0 tout jamais&#8217; -second cut- injecte des sonorit\u00e9s actuelles dans l&#8217;europop maison sans en faire quelque chose de forc\u00e9 : c&#8217;est toujours 100% Myl\u00e8ne, et l&#8217;une des grandes chansons de l&#8217;album, en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 ces relations toxiques, d\u00e9crites avec les hyperboles si caract\u00e9ristiques de l&#8217;auteur (&#8220;poudre d&#8217;antrax qui s&#8217;insinue dans nos blessures&#8221;) et au message fort (&#8220;quand tout ce sont des mensonges \/ qui me blessent et me rongent \/ alors je doute et saigne \/ Mais peu importe, la vie m&#8217;apprend \u00bb).<\/p>\n<p>Avec les deux chansons suivantes, elles forment un premier acte tr\u00e8s impressionnant de l&#8217;album, dans lequel le combo Myl\u00e8ne-Woodkid est imbattable.  &#8216;Que l&#8217;aube est belle&#8217;, voix et orchestre \u00e0 nouveau, est symphonique et exquis, et apporte \u00e0 la table le myst\u00e8re de la fa\u00e7on dont Farmer maintient une voix si pure \u00e0 60 ans, m\u00eame dans les registres aigus, sans montrer les effets de l&#8217;\u00e2ge .  L&#8217;entendre chanter avec elle ces vers presque baudelairiens est extatique (&#8220;qu&#8217;elle est belle l&#8217;aube, horizon fun\u00e8bre \/ La vie vous glisse entre les doigts, impose sa loi&#8221;).  Tant dans ce morceau que dans le banger \u00e9lectropop suivant (&#8220;L&#8217;emprise&#8221;), Woodkid a r\u00e9alis\u00e9 ce dont Myl\u00e8ne a le plus besoin pour faire fonctionner sa magie\u00a0: fournir des m\u00e9lodies lumineuses et fra\u00eeches (bien que cette derni\u00e8re soit tr\u00e8s similaire dans les refrains \u00e0 &#8216;\u00e0 tout jamais&#8217; ).<\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me acte de l&#8217;album introduit un changement avec &#8216;Do You Know Who I Am&#8217;, avec une base musicale cr\u00e9\u00e9e par Darius Keeler du groupe Archive, un mid-tempo s\u00e9duisant avec des pianos \u00e9lectriques doux et des bases chaudes.  Mais \u00e7a continue avec une crevaison : Moby est clairement le lest sur cet album, un d\u00e9faut en deux volets.  Le premier est &#8216;Rallume les \u00e9toiles&#8217;, un morceau en pilote automatique qui rappelle trop les moments -souvent- moins inspir\u00e9s de la discographie de Myl\u00e8ne durant les deux mille premiers, incluant un refrain gospel gimmicky convenablement d\u00e9mod\u00e9.  Dommage que cela ternisse l&#8217;approche inspir\u00e9e de Woodkid, la jetant dans une direction aussi ennuyeuse.<\/p>\n<p>Heureusement arrive le magnifique &#8216;Rayon vert&#8217;, compos\u00e9 avec l&#8217;int\u00e9ressant duo \u00e9lectronique fran\u00e7ais AaRON.  Les paroles sur les amoureux \u00e0 la crois\u00e9e des chemins et le d\u00e9sir comme \u00e9l\u00e9ment lib\u00e9rateur (tr\u00e8s caract\u00e9ristique de Myl\u00e8ne) brillent surtout avec l&#8217;un des grands morceaux \u00e9lectropop de l&#8217;ann\u00e9e (\u00ab tu dis que tu as peur du vide \/ seul sur l&#8217;ast\u00e9ro\u00efde \/ Rien ne te retient en arri\u00e8re \/ d\u00e9chire ton maillot \/ vas-y, ouvre grand \/ sur ton torse tu d\u00e9truis \/ les id\u00e9es de tes parents \/ tout t&#8217;appartient \/ tu es vivant \u00bb.  La fin du morceau, avec un crescendo d&#8217;arp\u00e9giateurs et d&#8217;orchestres \u00e9lectriques, est \u00e0 la fois \u00e9pique et intimiste, deux adjectifs qui r\u00e9sument tr\u00e8s bien l&#8217;esprit de Myl\u00e8ne Farmer.  Et cela confirme que les apports des artistes plus jeunes (Woodkid et Aaron) sont l&#8217;aspect le plus agr\u00e9able et rafra\u00eechissant de &#8216;L&#8217;emprise&#8217; (rappelons qu&#8217;Archive et Moby ont d\u00e9j\u00e0 particip\u00e9 \u00e0 l&#8217;album &#8216;Bleue&#8217;, 2010).<\/p>\n<p>La tr\u00e8s belle &#8216;Ode \u00e0 l&#8217;apesanteur&#8217; ouvre le troisi\u00e8me acte, avec une s\u00e9quence o\u00f9 Woodkid et Myl\u00e8ne reprennent le contr\u00f4le, un th\u00e8me \u00e0 la m\u00e9lodie d\u00e9licate et \u00e0 la voix \u00e0 nouveau \u00e9motionnellement puissante.  Selon le producteur, Farmer a enregistr\u00e9 les voix des morceaux avec des arrangements de cordes compl\u00e8tement seul en studio, de mani\u00e8re intime, quelque chose qui se voit pour le mieux et qui inclut un type de chanson \u00e9galement tr\u00e8s caract\u00e9ristique de l&#8217;artiste.  Le fait que la France soit amoureuse de ce type de morceaux pop symphoniques passionnants chant\u00e9s avec une voix ang\u00e9lique devrait plus qu&#8217;expliquer aux ignorants pourquoi Mecano de &#8216;Entre el cielo y el suelo&#8217; balayait ce pays dans les ann\u00e9es quatre-vingt.<\/p>\n<p>&#8216;Que je devienne&#8217; est la derni\u00e8re grande pi\u00e8ce orchestr\u00e9e, avec de beaux vers qui po\u00e9tisent l&#8217;impasse d&#8217;un amour narcissique (\u00ab Imaginez\u2026 plus la lente agonie du monde \/ lettre d&#8217;adieu [\u2026] et jamais ces \u00ab plus jamais \u00e7a \u00bb \u00bb) et qui incluent un clin d&#8217;\u0153il \u00e0 \u00ab Jardin de Vienne \u00bb, une chanson sur les suicides du deuxi\u00e8me album de Myl\u00e8ne (\u00ab Ainsi soit je\u2026 \u00bb, 1988).  Son ton dramatique presque cin\u00e9matographique (cordes inqui\u00e9tantes, cloches et roulements fun\u00e9raires) embrasse une autre m\u00e9lodie inspirante et excitante, et se marie bien avec l&#8217;\u00e9lectro-rock inqui\u00e9tant de &#8216;Ne plus rena\u00eetre&#8217;, un rappel que Myl\u00e8ne aime aussi la pop sombre avec des jantes gothiques. : sa voix fragile se marie tr\u00e8s bien avec des ambiances turbulentes.  Darius Keeler d&#8217;Archive signe \u00e0 nouveau, et contrairement \u00e0 Moby, sa contribution fait encore une fois une diff\u00e9rence qui s&#8217;additionne. <\/p>\n<p>Car apr\u00e8s &#8216;D&#8217;un autre part&#8217;, la derni\u00e8re perle de l&#8217;\u00e9lectropop symphonique sign\u00e9e Woodkid\/Farmer, le th\u00e8me de cl\u00f4ture (&#8216;Bouteille \u00e0 la mer&#8217;) fait malheureusement revenir le nombril new-yorkais, qui lance \u00e0 nouveau Myl\u00e8ne \u00e0 travers le tunnel du temps vers une chanson Europop vers 2003, avec une m\u00e9lodie pr\u00e9visible et sous-Eurovision, ainsi que des arrangements et une palette sonore compl\u00e8tement d\u00e9pass\u00e9s.  Les deux titres bonus (version piano de &#8216;Rayon vert&#8217; et &#8216;Invisibles&#8217;) arrangent un peu la calamit\u00e9, mais ils n&#8217;emp\u00eachent pas ces deux chansons du descendant d&#8217;Herman Melville de finir par d\u00e9figurer ce qui aurait \u00e9t\u00e9 bien mieux- record cot\u00e9.  Bref, bravo Myl\u00e8ne.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<p><br \/>\n<br \/><a href=\"https:\/\/jenesaispop.com\/2022\/12\/19\/446889\/mylene-farmer-lemprise\/\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">ttn-fr-64<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Myl\u00e8ne Farmer est-elle la Madone fran\u00e7aise, comme le disent depuis des ann\u00e9es les fans de cette artiste fascinante ? Eh bien, en termes d&#8217;impact culturel sur la musique pop dans ce pays du milieu des ann\u00e9es 80 \u00e0 nos jours, sans aucun doute. 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