{"id":31481,"date":"2022-03-13T06:40:29","date_gmt":"2022-03-13T08:40:29","guid":{"rendered":"https:\/\/teknomers.com\/fr\/partir-ou-rester-en-russie-tel-est-le-dilemme\/"},"modified":"2022-03-13T06:41:02","modified_gmt":"2022-03-13T08:41:02","slug":"partir-ou-rester-en-russie-tel-est-le-dilemme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/teknomers.com\/fr\/partir-ou-rester-en-russie-tel-est-le-dilemme\/","title":{"rendered":"Partir ou rester en Russie, tel est le dilemme"},"content":{"rendered":"\n<div>\n<p>Cela ne devient pas beaucoup plus symbolique que McDonald&#8217;s.  Alors que la guerre en Ukraine se poursuit, la cha\u00eene de restauration rapide rejoint la liste croissante des entreprises qui s&#8217;\u00e9loignent de la Russie pour l&#8217;instant.   <\/p>\n<p>Il a \u00e9voqu\u00e9 pour certains des souvenirs d&#8217;un moment historique en 1990 : l&#8217;ouverture du premier McDonald&#8217;s dans ce qui \u00e9tait alors l&#8217;Union sovi\u00e9tique.  Des milliers de Moscovites <a rel=\"nofollow noopener\" href=\"https:\/\/www.washingtonpost.com\/history\/2022\/03\/08\/soviet-union-mcdonalds-moscow\/\" target=\"_blank\">fait la queue pendant des heures<\/a> pour un Big Mac, qui co\u00fbte rapidement au Russe moyen environ trois heures de salaire.      <\/p>\n<p>McDonald&#8217;s compte d\u00e9sormais 847 restaurants en Russie.  Mardi, le PDG Chris Kempczinski <a rel=\"nofollow noopener\" href=\"https:\/\/corporate.mcdonalds.com\/corpmcd\/en-us\/our-stories\/article\/press-releases.Russia-update.html\" target=\"_blank\">faire savoir aux employ\u00e9s<\/a> qu&#8217;ils seront tous ferm\u00e9s pour le moment.  Kempczinski, qui subissait une pression sociale croissante pour agir, a parl\u00e9 d'&#8221;une situation extraordinairement complexe&#8221; avec &#8220;de nombreux compromis&#8221;, mais a finalement d\u00e9clar\u00e9 que l&#8217;entreprise voulait faire &#8220;la bonne chose&#8221;.<\/p>\n<p>Rester en Russie ou partir ?  C&#8217;est une question complexe pour les entreprises, dans laquelle l&#8217;opinion publique, les int\u00e9r\u00eats commerciaux et les responsabilit\u00e9s sociales sont \u00e9troitement li\u00e9s.  N\u00e9anmoins, une proportion croissante opte pour une sortie (partielle) de Russie.  Ce n&#8217;est que ces derniers jours que cela a \u00e9t\u00e9 le cas, par exemple, pour la banque d&#8217;investissement Goldman Sachs, la cha\u00eene de caf\u00e9 Starbucks, la marque de v\u00eatements Uniqlo et le groupe automobile Stellantis, soci\u00e9t\u00e9 m\u00e8re de Peugeot, Citro\u00ebn et Opel. <\/p>\n<p>&#8220;Je vois un effet boule de neige&#8221;, a d\u00e9clar\u00e9 Jeffrey Sonnenfeld, professeur \u00e0 la Yale School of Management. <a rel=\"nofollow noopener\" href=\"https:\/\/som.yale.edu\/story\/2022\/over-300-companies-have-withdrawn-russia-some-remain\" target=\"_blank\">Il tient une liste<\/a> des grandes entreprises qui se retirent.  Il y a maintenant plus de 300 noms dessus.<\/p>\n<p>La position de Sonnenfeld est claire : les entreprises ont une obligation morale d&#8217;agir.  &#8220;Sinon, vous garderez la fa\u00e7ade de Poutine en place.&#8221;  C&#8217;est pourquoi il cite \u00e9galement de grands noms qui n&#8217;ont pas (encore) franchi le pas : la cha\u00eene de caf\u00e9s et de confiseries Dunkin&#8217; Donuts, par exemple, le manufacturier de pneumatiques Pirelli, la cha\u00eene de sandwichs Subway.  Le groupe de peinture n\u00e9erlandais AkzoNobel a \u00e9galement annonc\u00e9 vendredi qu&#8217;il resterait pour l&#8217;instant en Russie, tant que les sanctions occidentales le permettraient. <\/p>\n<h2 class=\"gn4-crosshead\">Plus d&#8217;action que pr\u00e9vu<\/h2>\n<p>Mais un grand groupe d&#8217;entreprises prend en fait une quantit\u00e9 remarquable d&#8217;actions, constate Sonnenfeld.  Bien plus que ce qu&#8217;ils sont l\u00e9galement tenus de faire en raison des sanctions.  Ceci est remarquable car ces d\u00e9marches ont des cons\u00e9quences financi\u00e8res (lourdes) pour la communaut\u00e9 des entreprises.  Voici comment McDonald&#8217;s ferait, selon des experts des m\u00e9dias am\u00e9ricains <a rel=\"nofollow noopener\" href=\"https:\/\/www.cnbc.com\/2022\/03\/09\/mcdonalds-russian-shutdown-will-cost-fast-food-chain-50-million-a-month.html\" target=\"_blank\">Co\u00fbte 50 millions de dollars par mois<\/a> de garder leurs restaurants en Russie ferm\u00e9s.  L&#8217;entreprise elle-m\u00eame ne fait aucune annonce \u00e0 ce sujet, mais il n&#8217;est pas difficile de comprendre qu&#8217;elle le coupera si une cha\u00eene doit fermer 847 succursales. <\/p>\n<p>En outre, les entreprises peuvent s&#8217;attirer les foudres du pr\u00e9sident Poutine,  <a rel=\"nofollow noopener\" href=\"https:\/\/www.nytimes.com\/2022\/03\/09\/opinion\/russia-sanctions-corporations.html\" target=\"_blank\">\u00e9crit vendredi le journaliste financier Peter Coy  <em>Le New York Times<\/em><\/a>\u2020  Il a d\u00e9j\u00e0 d\u00e9clar\u00e9 qu&#8217;il consid\u00e9rait les sanctions d&#8217;autres pays comme un &#8220;acte de guerre&#8221;.  Il peut aussi se venger des entreprises, selon Coy, par exemple via des cyberattaques.    <\/p>\n<p>Alors pourquoi cette grande volont\u00e9 de prendre position contre la Russie ?  Le grand d\u00e9go\u00fbt du public pour la guerre dans de grandes parties du monde joue naturellement un r\u00f4le, dit Sonnenfeld.  &#8220;Les entreprises ont peur d&#8217;un boycott des consommateurs.&#8221;  Mais il pense aussi que les investisseurs et les investisseurs font pression.  Par exemple, le principal fonds de pension am\u00e9ricain, qui g\u00e8re 280 milliards de dollars, a exhort\u00e9 la semaine derni\u00e8re les entreprises \u00e0 cesser de faire des affaires en Russie, <a rel=\"nofollow noopener\" href=\"https:\/\/www.ft.com\/content\/7c959692-49d7-42b6-80e4-4d6877995663\" target=\"_blank\">a \u00e9crit le journal d&#8217;affaires de <em>Financial Times<\/em><\/a>\u2020  Bien que l&#8217;ampleur de cette pression diff\u00e8re selon l&#8217;industrie.<\/p>\n<p>En outre, Sonnenfeld consid\u00e8re les employ\u00e9s comme une influence importante sur la direction des entreprises, en particulier lorsque de nombreux jeunes travaillent. <\/p>\n<p>L&#8217;entreprise technologique Philips, par exemple, a remarqu\u00e9 que les employ\u00e9s commen\u00e7aient \u00e0 s&#8217;agiter.  Le groupe avait l&#8217;habitude d&#8217;adopter une &#8220;position politiquement neutre&#8221;, a d\u00e9clar\u00e9 un porte-parole. <em>CNRC<\/em>\u2020  Mais Philips a vu que \u00ab de nombreuses questions venaient de notre propre organisation : ne devrions-nous pas adopter une position plus ferme ?  Des e-mails ont \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9s, cela a toujours \u00e9t\u00e9 discut\u00e9 lors de r\u00e9unions et sur nos canaux de m\u00e9dias sociaux internes.  Nous le voulions, mais nous n&#8217;y \u00e9tions pas encore habitu\u00e9s.&#8221;  Enfin, le PDG Frans van Houten a publi\u00e9 une d\u00e9claration condamnant la guerre.<\/p>\n<p>Il est \u00e9galement compr\u00e9hensible que les entreprises soient dubitatives avec ce dossier, car les critiques r\u00f4dent rapidement.  Heineken en a fait l&#8217;exp\u00e9rience lorsque le pr\u00e9sident du conseil d&#8217;administration, Dolf van den Brink <a rel=\"nofollow noopener\" href=\"https:\/\/www.linkedin.com\/in\/dolf-van-den-brink-1b453a2\/recent-activity\/\" target=\"_blank\">a \u00e9crit sur LinkedIn vendredi dernier<\/a> autour d&#8217;un don de 1 million d&#8217;euros pour les victimes de la guerre.  Aux yeux des critiques, les choses ont mal tourn\u00e9 deux fois : pour commencer, Van den Brink a d&#8217;abord utilis\u00e9 le terme \u00ab op\u00e9ration militaire \u00bb au lieu de \u00ab guerre \u00bb, ce qui l&#8217;a conduit \u00e0 \u00eatre accus\u00e9 de diffuser de la propagande russe.  Heineken pourrait mieux faire avec \u00ab les tripes [tonen] d&#8217;arr\u00eater toutes les activit\u00e9s en Russie \u00bb, comme l&#8217;a dit un lecteur. <\/p>\n<p>Cette semaine, le brasseur a annonc\u00e9 qu&#8217;il cesserait de vendre la marque Heineken en Russie apr\u00e8s que des mesures encore moins drastiques avaient \u00e9t\u00e9 annonc\u00e9es quelques jours plus t\u00f4t.  &#8220;Une grande d\u00e9cision&#8221;, a d\u00e9clar\u00e9 un porte-parole de Heineken, m\u00eame si les autres marques de bi\u00e8re de l&#8217;entreprise resteront disponibles.  &#8220;Nous n&#8217;avons jamais d\u00e9cid\u00e9 de retirer la marque Heineken pour des raisons g\u00e9opolitiques.&#8221;  L&#8217;entreprise compte sept brasseries en Russie, 1 800 employ\u00e9s et y r\u00e9alise 2 % de son chiffre d&#8217;affaires : la marque Heineken en est \u00ab une partie importante \u00bb.<\/p>\n<h2 class=\"gn4-crosshead\">Des &#8220;premiers arriv\u00e9s&#8221; surprenants<\/h2>\n<p>Outre le grand nombre d&#8217;entreprises prenant des mesures en Russie, Sonnenfeld a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 surpris par l&#8217;ordre dans lequel cela s&#8217;est produit.  Les pr\u00e9occupations qui ont \u00e9t\u00e9 les premi\u00e8res \u00e0 se d\u00e9placer \u00ab ne sont pas les <em>premiers arriv\u00e9s<\/em> que vous attendez \u00bb, dit-il. <\/p>\n<p>Au lendemain de l&#8217;invasion de l&#8217;Ukraine, le 24 f\u00e9vrier, les premi\u00e8res \u00e0 r\u00e9agir ont \u00e9t\u00e9 les compagnies p\u00e9troli\u00e8res BP, Exxon et Shell (qui ont annonc\u00e9 mardi <a rel=\"nofollow noopener\" href=\"https:\/\/www.shell.com\/media\/news-and-media-releases\/2022\/shell-announces-intent-to-withdraw-from-russian-oil-and-gas.html\" target=\"_blank\">rompre compl\u00e8tement les liens avec la Russie<\/a>, apr\u00e8s avoir initialement vendu uniquement l&#8217;activit\u00e9 d&#8217;exploration p\u00e9troli\u00e8re et gazi\u00e8re).  Les grandes entreprises technologiques ont rapidement suivi : Dell, puis IBM, Apple, Meta, Google, Twitter.  Des prestataires de services aux entreprises tels que McKinsey, Bain, KPMG, EY, Deloitte se sont \u00e9galement manifest\u00e9s presque simultan\u00e9ment.  \u2020<em>choquant<\/em>\u2020  Je fais ce m\u00e9tier depuis 45 ans.  Et je n&#8217;ai jamais vu des entreprises comme celle-ci arriver en t\u00eate en mati\u00e8re de questions sociales.\u00a0\u00bb  Normalement, ce sont davantage les entreprises de consommation qui s&#8217;expriment sur des questions telles que le changement climatique ou les droits de l&#8217;homme, dit Sonnenfeld \u2013 si elles le font du tout.  <\/p>\n<p>Qu&#8217;est-ce que c&#8217;est en lui ?  Les entreprises alimentaires telles que PepsiCo et Danone se disent r\u00e9ticentes \u00e0 prendre des mesures drastiques car elles fournissent de la nourriture et des boissons aux citoyens russes : elles ont seulement toutes deux promis de ne pas faire de nouveaux investissements en Russie.  PDG de Danone  <a rel=\"nofollow noopener\" href=\"https:\/\/www.ft.com\/content\/a812ec18-058c-49b2-8a70-e8791ea1e43a\" target=\"_blank\">a dit \u00e0 la semaine derni\u00e8re <em>Financial Times<\/em><\/a>  qu&#8217;il est &#8220;facile de tomber dans la pens\u00e9e noire et blanche&#8221; mais que son entreprise porte &#8220;une responsabilit\u00e9&#8221; envers les clients, les agriculteurs et les dizaines de milliers d&#8217;employ\u00e9s.  Et PepsiCo fait une distinction au niveau des produits : il cessera de vendre des boissons, mais pas de la nourriture et des produits laitiers.<\/p>\n<p>Philips suit la m\u00eame voie, qui a cess\u00e9 d&#8217;importer des rasoirs et des brosses \u00e0 dents \u00e9lectriques, mais pas des produits pour b\u00e9b\u00e9s tels que des biberons et des tire-lait.  L&#8217;entreprise fournit \u00e9galement du mat\u00e9riel m\u00e9dical.  &#8220;La guerre en Ukraine est terrible, mais nous ne devons pas non plus perdre de vue le c\u00f4t\u00e9 humain en Russie.&#8221;<\/p>\n<p>Le professeur de Yale Sonnenfeld estime que certaines des marques de consommation bien connues craignent d&#8217;\u00eatre punies par le public russe, qui a \u00e9t\u00e9 aliment\u00e9 par la propagande de Poutine et qui a peut-\u00eatre \u00e9t\u00e9 un bon client dans le pass\u00e9.  La marque de bijoux Bvlgari (qui fait partie de la maison de luxe LVMH) a re\u00e7u de nombreuses critiques, dont le PDG a d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 l&#8217;agence de presse d\u00e9but mars <em>Bloomberg<\/em> a confi\u00e9 que <a rel=\"nofollow noopener\" href=\"https:\/\/qz.com\/2137191\/russians-rush-to-luxury-goods-electronics-as-wartime-hedge\/\" target=\"_blank\">&#8220;le chiffre d&#8217;affaires a probablement augment\u00e9&#8221;<\/a> apr\u00e8s le d\u00e9but de la guerre, parce que les riches Russes \u00ab\u00a0fuyaient\u00a0\u00bb dans les bijoux Bvlgari co\u00fbteux.  Ce qui n&#8217;a pas aid\u00e9 dans l&#8217;opinion publique, c&#8217;est qu&#8217;il a ajout\u00e9 que Bvlgari &#8220;est l\u00e0 pour les Russes, pas pour le monde politique&#8221;.  Les magasins ont ferm\u00e9 quelques jours plus tard.<\/p>\n<p><em>Avec la collaboration de Teri van der Heijden et Liza van Lonkhuyzen<\/em><\/p>\n<div class=\"article__published-in\" data-valid-permissions-for-show=\"nrch-digitale-editie-zesdaags,nrcnext-digitale-editie\">\n<p>\t\t\tUne version de cet article est \u00e9galement parue dans NRC Handelsblad le 12 mars 2022<\/p><\/div>\n<div class=\"article__published-in\" data-valid-permissions-for-show=\"nrch-digitale-editie-zesdaags,nrcnext-digitale-editie\">\n<p>\t\t\tUne version de cet article est \u00e9galement parue dans NRC le matin du 12 mars 2022<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<p><br \/>\n<br \/><a href=\"https:\/\/www.nrc.nl\/nieuws\/2022\/03\/11\/weggaan-of-toch-blijven-dat-is-het-dilemma-a4100673\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">ttn-fr-33<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cela ne devient pas beaucoup plus symbolique que McDonald&#8217;s. 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