{"id":305992,"date":"2022-08-10T11:51:31","date_gmt":"2022-08-10T13:51:31","guid":{"rendered":"https:\/\/teknomers.com\/fr\/saut-voila-le-pull-fouet-voila-la-jupe\/"},"modified":"2022-08-10T11:51:32","modified_gmt":"2022-08-10T13:51:32","slug":"saut-voila-le-pull-fouet-voila-la-jupe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/teknomers.com\/fr\/saut-voila-le-pull-fouet-voila-la-jupe\/","title":{"rendered":"Saut!  voil\u00e0 le pull.  fouet!  voil\u00e0 la jupe"},"content":{"rendered":"<p> <br \/>\n<\/p>\n<div>\n<p>Le comit\u00e9 d&#8217;accueil m&#8217;\u00e9claire par-dessus l&#8217;\u00e9paule du contr\u00f4leur : une rang\u00e9e de t\u00eates de bronze. <em>Les plan\u00e8tes<\/em> (1990).  Leurs visages brillent d&#8217;or \u00e0 l&#8217;exception de la lune argent\u00e9e.  Il est gonfl\u00e9 comme s&#8217;il avait pleur\u00e9 (ou s&#8217;\u00e9tait juste r\u00e9veill\u00e9 aussi).  Eva Aeppli (1925-2015) a cr\u00e9\u00e9 ces t\u00eates plan\u00e9taires.  Pour elle, ils \u00e9taient le r\u00e9sultat d&#8217;un soulagement astrologique, pour moi, ils sont les gardiens de son monde.  Je suis un invit\u00e9 l\u00e0-bas, si je suis le bienvenu, cela d\u00e9pend de moi. <\/p>\n<p>Dans ce monde vivent des cr\u00e9atures grandeur nature avec une fureur sereine derri\u00e8re leurs paupi\u00e8res.  Habituellement, ils sont suspendus \u00e0 une vieille chaise.  Leurs t\u00eates sont expressives, leurs corps souvent envelopp\u00e9s de velours comme des fant\u00f4mes portent des draps &#8211; aucune id\u00e9e de ce qu&#8217;il y a en dessous, mais c&#8217;est osseux.  Ce sont des portraits avec un nom (&#8220;Olga&#8221;, &#8220;Niki&#8221;), ou faisant partie d&#8217;un groupe (cinq veuves au deuil ahurissant, sept juges d&#8217;une inflexibilit\u00e9 \u00e9crasante).  &#8220;Poup\u00e9es&#8221; me direz-vous, mais non.  Vous pouvez jouer avec des poup\u00e9es.  Les cr\u00e9atures d&#8217;Aeppli vous laissent tranquille, tout comme vous ne toucheriez pas quelqu&#8217;un qui dort.  Vous regardez leurs visages agit\u00e9s.  Si vous voulez savoir ce qu&#8217;ils pensent, \u00e9tudiez leurs doigts de dame et vous pensez : oh oui. <\/p>\n<h2 class=\"gn4-crosshead\">ignor\u00e9<\/h2>\n<p><a rel=\"nofollow noopener\" href=\"https:\/\/www.centrepompidou-metz.fr\/en\/programme\/exposition\/le-musee-sentimental-deva-aeppli\" target=\"_blank\">Centre Pompidou Metz<\/a> rapporte fi\u00e8rement que Le mus\u00e9e sentimental d&#8217;Eva Aeppli est la premi\u00e8re grande \u00e9tude de son travail en France.  Mais c&#8217;est tr\u00e8s tard.  Les mus\u00e9es l&#8217;ont ignor\u00e9e (y compris le Stedelijk \u00e0 Amsterdam) et ils ont continu\u00e9 \u00e0 le faire, m\u00eame si des grands comme Louise Bourgeois et Andy Warhol ont chant\u00e9 ses louanges.  Quand je dis \u00e0 Kamagurka que je vais \u00e0 Metz pour Eva Aeppli, il comprend tout de suite : \u00ab C&#8217;est un tr\u00e8s grand artiste.<\/p>\n<figure class=\"inline\" data-source=\"gn4\"><figcaption>\n<span class=\"caption-text\">Eva Appli (1957). <\/span><br \/>\n<span class=\"caption-producer\">Photo Hansj\u00f6rg Stocklin<\/span><br \/>\n<\/figcaption><\/figure>\n<p>En 1952, elle s&#8217;installe \u00e0 Paris avec son amant, Jean Tinguely.  Brancusi \u00e9tait son voisin, Yves Klein l&#8217;un des nombreux amis.  Niki St. Phalle est devenue la deuxi\u00e8me \u00e9pouse de Tinguely et est toujours rest\u00e9e la meilleure amie d&#8217;Aeppli.  Le nouveau r\u00e9alisme, le pop art, le zero art sont n\u00e9s autour d&#8217;Eva.  Elle a choisi sa propre voie et cela signifiait un anonymat \u00e0 sens unique.  Surtout, elle est rest\u00e9e l&#8217;\u00e9pouse du c\u00e9l\u00e8bre Jean Tinguely, m\u00eame si elle n&#8217;\u00e9tait mari\u00e9e avec lui que depuis dix ans et avait consid\u00e9rablement plus d&#8217;influence sur lui qu&#8217;il n&#8217;en avait sur elle.<\/p>\n<p>Elle \u00e9tait diff\u00e9rente.  En tant que Suisse \u00e9lev\u00e9e de mani\u00e8re strictement anthroposophique, elle \u00e9tait impr\u00e9gn\u00e9e d&#8217;une vision du monde qui nie la violence.  L&#8217;horreur de l&#8217;Holocauste l&#8217;a d\u00e9chir\u00e9 en lambeaux et Aeppli est devenu profond\u00e9ment d\u00e9prim\u00e9.  Elle avait 20 ans et s&#8217;est retrouv\u00e9e dans une institution.  L\u00e0, un m\u00e9decin a vu ses dessins et l&#8217;a prise au s\u00e9rieux en tant qu&#8217;artiste.  Sa confirmation \u00e9tait sa lib\u00e9ration.  Elle s&#8217;abandonna sans condition \u00e0 son talent.  Elle a laiss\u00e9 sa consternation psychologiquement d\u00e9bilitante face \u00e0 la guerre et \u00e0 la cruaut\u00e9 se d\u00e9verser.  Le catalogue fourmille d&#8217;images avec la triste l\u00e9gende &#8216;oeuvre d\u00e9truite&#8217;.<\/p>\n<figure class=\"gn4-inline\" data-source=\"gn4\">\n<img decoding=\"async\" class=\"b-lazy\" data-aspect-ratio=\"0.6766600044414834\" data-gn4-data-id=\"data89274798\" src=\"https:\/\/teknomers.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/08\/1660139490_890_Saut-voila-le-pull-fouet-voila-la-jupe.jpg|https:\/\/images.nrc.nl\/StvHBpM51Xhf0RvjPfvynaq-ApI=\/1920x\/filters:no_upscale()\/s3\/static.nrc.nl\/images\/gn4\/stripped\/data89274798-a98543.jpg\" \/><figcaption>\n<span class=\"caption-text\">Niki de Saint Phalle (1970), Eva Aeppli. <\/span><br \/>\n<span class=\"caption-producer\">Photo Marc Domage\/Le Mus\u00e9e sentimental d&#8217;Eva Aeppli\/Centre Pompidou-Metz<\/span><br \/>\n<\/figcaption><\/figure>\n<p>Eva Aeppli a d\u00e9truit compulsivement ses dessins et peintures.  Ce qui a \u00e9t\u00e9 sauv\u00e9, notamment par Niki St. Phalle, se voit \u00e0 Metz.  C&#8217;est m\u00e9lancolique et comique, triste, r\u00e9sign\u00e9.  Rythmique, \u00e7a aussi, il y a du swing dedans.  Il y a des tableaux comme \u00ab Le Tango \u00bb (1963) : un ballet de squelettes sautillants en robes blanches avec un \u0153illet derri\u00e8re les oreilles.  Et il y a le sept parties &#8216;Le Strip-tease&#8217; (1959).  Une Eva clownesque r\u00e9alise un strip-tease sur sept autoportraits \u00e9lanc\u00e9s au fusain.  Saut!  voil\u00e0 le pull.  fouet!  voil\u00e0 la jupe.  Elle fait de son mieux avec des grimaces invitantes et des doigts coquets, mais \u00e7a ne veut pas \u00eatre sexy.  Sa nudit\u00e9 n&#8217;est rien, ses c\u00f4tes sont d\u00e9nombrables.  En pleurant, elle soul\u00e8ve de sa t\u00eate le grand lys, dernier rempart positif.  Et ce n&#8217;est toujours pas suffisant \u2013 enfin, elle dessine une ombre dans le noir.  La viande se d\u00e9compose, le strip-tease complet.  Je frissonne.  Mais en attendant, j&#8217;appr\u00e9cie son style f\u00e9roce.  Effront\u00e9.  Marrant, \u00e7a aussi, malgr\u00e9 tout.<\/p>\n<p>&#8216;Le Strip tease&#8217; a \u00e9t\u00e9 un tournant.  Apr\u00e8s cela, ses personnages jaillissent du plan plat dans la troisi\u00e8me dimension du tissu, de l&#8217;aiguille et du fil.  Cela l&#8217;a conduite \u00e0 une \u0153uvre inoubliable.  Et parfois, \u00e7a va tout seul.  &#8216;La table&#8217; (1965-67) est consid\u00e9r\u00e9e comme le chef-d&#8217;\u0153uvre d&#8217;Aeppli, avec treize cr\u00e9atures aux couleurs \u00e9tonnamment vives derri\u00e8re une table de cinq m\u00e8tres de long.  Elle l&#8217;a fait par analogie avec la &#8220;C\u00e8ne&#8221; de L\u00e9onard de Vinci, bien que ce ne soit pas J\u00e9sus au milieu, mais la Mort, flanqu\u00e9e d&#8217;un groupe de citoyens d\u00e9sempar\u00e9s.  Ils sont une exception dans l&#8217;\u0153uvre d&#8217;Aeppli, ils ont les yeux grands ouverts.  Ils regardent au loin, nous les regardons dans un miroir.  Sur la photo officielle du catalogue, la mort pose ses mains sur la table avec ses paumes vers le ciel, voir J\u00e9sus avec Da Vinci. <\/p>\n<figure class=\"gn4-inline\" data-source=\"gn4\">\n<img decoding=\"async\" class=\"b-lazy\" data-aspect-ratio=\"0.65741127348643\" data-gn4-data-id=\"data89274795\" src=\"https:\/\/teknomers.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/08\/1660139491_75_Saut-voila-le-pull-fouet-voila-la-jupe.jpg|https:\/\/images.nrc.nl\/v0TkXxJc-M62KuJXw9ClVBFWsms=\/1920x\/filters:no_upscale()\/s3\/static.nrc.nl\/images\/gn4\/stripped\/data89274795-729a9c.jpg\" \/><figcaption>\n<span class=\"caption-text\">Vue d&#8217;ensemble de la salle avec au premier plan La Table (1965-1967) d&#8217;Eva Aeppli. <\/span><br \/>\n<span class=\"caption-producer\">Photo Marc Domage<\/span><br \/>\n<\/figcaption><\/figure>\n<p>Pas \u00e0 Metz.  L\u00e0, il prend son voisin par la main sous la table.  Soudain, la mort encourage une personne.  Mais est-ce une erreur ou une intervention consciente de Jean Kalman, le sc\u00e9nographe acclam\u00e9 qui a am\u00e9nag\u00e9 cette exposition en zone cr\u00e9pusculaire ?  Consciemment, je pense.  Il fait plus.  Il r\u00e9conforte ses sorci\u00e8res volantes, ce qui a conduit \u00e0 une querelle am\u00e8re avec Tinguely, avec des touches d&#8217;Edith Piaf, &#8216;<a rel=\"nofollow noopener\" href=\"https:\/\/youtu.be\/42cHoQfPx5w\" target=\"_blank\">Les amants d&#8217;un jour<\/a>&#8216;.  Et il conclut avec un portrait sinc\u00e8re de Niki.  En blanc, dans un fauteuil.  Paix.  Paix.  Consolation.<\/p>\n<aside><span class=\"keyword\">Arts visuels<\/span><\/p>\n<p><strong>Le Mus\u00e9e sentimental d&#8217;Eva Aeppli<\/strong>.  Centre Pompidou-Metz, parvis des Droits-de-l&#8217;Homme 1, Metz.  Lun-dim 10h-18h, mar. ferm\u00e9.  Jusqu&#8217;au 14\/11\/22.<\/p>\n<h4 class=\"ballen vijf\"><strong>\u25cf\u25cf\u25cf\u25cf vitesse<\/strong><\/h4>\n<\/aside>\n<aside class=\"newslettersignup belowarticlesignup\">\n<p class=\"call-to-action-title\">\n\t\t<span>Bulletin<\/span><br \/>\n\t\tGuide culturel du CNRC\n\t<\/p>\n<p class=\"&#010;&#009;&#009;call-to-action-description&#010;&#009;&#009;\">\n<p>\t\tQue devriez-vous voir, entendre ou \u00e9couter cette semaine ?  Avis et conseils de nos r\u00e9dacteurs\n\t<\/p>\n<\/aside><\/div>\n<p><br \/>\n<br \/><a href=\"https:\/\/www.nrc.nl\/nieuws\/2022\/08\/10\/hop-daar-gaat-het-truitje-zwiep-daar-zakt-het-rokje-a4138589\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">ttn-fr-33<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le comit\u00e9 d&#8217;accueil m&#8217;\u00e9claire par-dessus l&#8217;\u00e9paule du contr\u00f4leur : une rang\u00e9e de t\u00eates de bronze. Les plan\u00e8tes (1990). 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