{"id":283847,"date":"2022-07-29T01:55:23","date_gmt":"2022-07-29T03:55:23","guid":{"rendered":"https:\/\/teknomers.com\/fr\/pour-combattre-la-maladie-la-science-doit-regarder-au-dela-du-kardashian-des-proteines\/"},"modified":"2022-07-29T01:55:24","modified_gmt":"2022-07-29T03:55:24","slug":"pour-combattre-la-maladie-la-science-doit-regarder-au-dela-du-kardashian-des-proteines","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/teknomers.com\/fr\/pour-combattre-la-maladie-la-science-doit-regarder-au-dela-du-kardashian-des-proteines\/","title":{"rendered":"Pour combattre la maladie, la science doit regarder au-del\u00e0 du Kardashian des prot\u00e9ines"},"content":{"rendered":"<p> <br \/>\n<\/p>\n<div data-attribute=\"article-content-body\">\n<p><em>L&#8217;auteur est un commentateur scientifique<\/em><\/p>\n<p>S&#8217;il y avait une hi\u00e9rarchie de prot\u00e9ines de c\u00e9l\u00e9brit\u00e9s, p53 serait sa Kim Kardashian.  La prot\u00e9ine freine la croissance tumorale : un manque de p53 &#8211; par exemple par une mutation du g\u00e8ne qui le produit &#8211; pr\u00e9dispose une personne au cancer.<\/p>\n<p>C&#8217;est donc la prot\u00e9ine la plus \u00e9tudi\u00e9e dans le corps humain, avec deux articles scientifiques publi\u00e9s chaque jour.  Si p53 est incontestablement important pour la sant\u00e9, il est aussi b\u00e9n\u00e9ficiaire de \u00ab l&#8217;effet r\u00e9verb\u00e8re \u00bb, dans lequel un ph\u00e9nom\u00e8ne d\u00e9j\u00e0 \u00e9clair\u00e9 attire davantage l&#8217;attention (ce biais est parfois compar\u00e9 \u00e0 un ivrogne cherchant ses cl\u00e9s perdues sous un r\u00e9verb\u00e8re ).<\/p>\n<p>Aujourd&#8217;hui, un consortium de chercheurs assemble le <a rel=\"nofollow noopener\" href=\"https:\/\/understudiedproteins.org\/\" target=\"_blank\" data-trackable=\"link\">Initiative des prot\u00e9ines sous-\u00e9tudi\u00e9es<\/a> pour trouver les prot\u00e9ines de Cendrillon qui se cachent au-del\u00e0 des feux de la rampe.  &#8220;Notre objectif principal est de fournir une caract\u00e9risation mol\u00e9culaire de base de toutes les prot\u00e9ines humaines et de supprimer les obstacles \u00e0 leur \u00e9tude&#8221;, explique le biologiste cellulaire Georg Kustatscher de l&#8217;universit\u00e9 d&#8217;Edimbourg, qui aide \u00e0 diriger l&#8217;initiative financ\u00e9e par le Wellcome Trust et <a rel=\"nofollow noopener\" href=\"https:\/\/www.nature.com\/articles\/s41592-022-01454-x\" target=\"_blank\" data-trackable=\"link\">co-auteur d&#8217;un article<\/a> dessus pour Nature Methods.  Des centaines de scientifiques de laboratoires du monde entier ont r\u00e9pondu \u00e0 l&#8217;appel ouvert et une conf\u00e9rence est pr\u00e9vue pour le printemps. <\/p>\n<p>Les prot\u00e9ines sont les \u00e9l\u00e9ments constitutifs fondamentaux de la vie.  Ils constituent nos tissus et nos organes ;  ils agissent, entre autres, comme des enzymes, des anticorps et des hormones ;  ils transportent des produits chimiques dans le corps.  Mais les scientifiques ne savent toujours pas exactement combien de prot\u00e9ines composent le prot\u00e9ome humain, le nom donn\u00e9 \u00e0 l&#8217;ensemble des prot\u00e9ines humaines.<\/p>\n<p>Il est possible de faire une estimation plus basse : il y a 20 000 g\u00e8nes dans le corps humain et chacun est associ\u00e9 \u00e0 au moins une prot\u00e9ine.  Cependant, on pense qu&#8217;il y a des centaines, voire des milliers de g\u00e8nes non d\u00e9couverts cach\u00e9s dans le g\u00e9nome humain, chacun li\u00e9 \u00e0 des prot\u00e9ines non d\u00e9couvertes.  En plus de cela, chaque prot\u00e9ine peut appara\u00eetre sous plusieurs formes modifi\u00e9es, poussant certains d\u00e9comptes (selon les d\u00e9finitions) dans les millions.  Quel que soit le nombre final, les scientifiques en ont ma\u00eetris\u00e9 tr\u00e8s peu.  Dans un exercice de cadrage, Kustatscher et ses coll\u00e8gues ont d\u00e9couvert que seulement 5 000 prot\u00e9ines repr\u00e9sentaient 95 % de tous les articles publi\u00e9s en sciences de la vie.<\/p>\n<p>L&#8217;identification et la caract\u00e9risation de prot\u00e9ines moins connues ne doivent pas \u00eatre rejet\u00e9es comme une science en soi, mais accueillies comme un facteur de changement potentiel en biologie et en soins de sant\u00e9.  Les microprot\u00e9ines, souvent mises \u00e0 l&#8217;\u00e9cart des \u00e9tudes en raison de leur petite taille, sont impliqu\u00e9es dans le d\u00e9veloppement du cerveau ;  d&#8217;autres suscitent peu d&#8217;int\u00e9r\u00eat parce qu&#8217;ils sont li\u00e9s \u00e0 des maladies rares, m\u00eame si les plus de 7 000 maladies sous ce parapluie affectent collectivement un Am\u00e9ricain sur 10.  Les d\u00e9couvrir pourrait transformer la m\u00e9decine en mettant en circulation des pipelines pharmaceutiques : les scientifiques calculent que, sur environ 3 000 prot\u00e9ines \u00ab m\u00e9dicamenteuses \u00bb \u2013 celles qui sont ouvertes \u00e0 la manipulation par des m\u00e9dicaments \u00e0 des fins th\u00e9rapeutiques \u2013 seulement un dixi\u00e8me sont actuellement cibl\u00e9es par des m\u00e9dicaments approuv\u00e9s.<\/p>\n<p>C&#8217;est en partie d\u00fb \u00e0 des raisons pratiques : les petites prot\u00e9ines peuvent \u00eatre difficiles \u00e0 d\u00e9tecter, \u00e0 purifier et \u00e0 manipuler.  Les chercheurs peuvent \u00e9galement avoir du mal \u00e0 savoir par o\u00f9 commencer lorsqu&#8217;ils \u00e9tudient une nouvelle prot\u00e9ine de fonction inconnue.  La deuxi\u00e8me raison est plus pernicieuse : la r\u00e9f\u00e9rence du succ\u00e8s scientifique est la publication d&#8217;articles tr\u00e8s cit\u00e9s dans des revues prestigieuses.  Cela signifie que suivre la foule rapporte des dividendes.  &#8220;Si vous travaillez sur une prot\u00e9ine sur laquelle 10 000 autres travaillent \u00e9galement, alors 10 000 autres personnes pourraient citer votre article&#8221;, d\u00e9clare Kustatscher.  \u00ab Mais si vous travaillez sur quelque chose sur lequel personne d&#8217;autre ne travaille, vous n&#8217;obtiendrez aucune citation et les grandes revues ne seront pas int\u00e9ress\u00e9es.  Faire de la science risqu\u00e9e peut \u00eatre un suicide professionnel.<\/p>\n<p>Cette dissuasion peut m\u00eame r\u00e9duire nos horizons lorsqu&#8217;il s&#8217;agit de trouver des traitements pand\u00e9miques.  Sur les quelques milliers de g\u00e8nes humains connus pour \u00eatre impliqu\u00e9s dans la r\u00e9ponse humaine au virus Covid, la plupart des recherches ult\u00e9rieures se sont concentr\u00e9es sur les g\u00e8nes et les prot\u00e9ines qui \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 bien connus avant 2019. <\/p>\n<p>Parfois, la science a besoin de parier sur des voies non encore emprunt\u00e9es pour progresser, surtout lorsque des voies bien trac\u00e9es ne m\u00e8nent pas \u00e0 de nouveaux p\u00e2turages prometteurs.  La maladie d&#8217;Alzheimer en est un exemple : des d\u00e9cennies de recherche se sont concentr\u00e9es presque exclusivement sur le r\u00f4le de la prot\u00e9ine amylo\u00efde en tant que coupable possible.  Pourtant, plusieurs candidats-m\u00e9dicaments ciblant les plaques amylo\u00efdes dans le cerveau n&#8217;ont pas apport\u00e9 d&#8217;am\u00e9liorations cliniques.  Il ne serait pas surprenant, dit Kustatscher, si une prot\u00e9ine inconnue et plus petite s&#8217;av\u00e9rait jouer un r\u00f4le important dans cette maladie.<\/p>\n<p>Si nous ne prenons pas le risque de regarder, nous ne saurons peut-\u00eatre jamais.<\/p>\n<\/div>\n<p><br \/>\n<br \/><a href=\"https:\/\/www.ft.com\/content\/73423d69-e815-44dd-969e-3119901d1a55\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">ttn-fr-56<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&#8217;auteur est un commentateur scientifique S&#8217;il y avait une hi\u00e9rarchie de prot\u00e9ines de c\u00e9l\u00e9brit\u00e9s, p53 serait sa Kim Kardashian. La prot\u00e9ine freine la croissance tumorale : un manque de p53 &#8211; par exemple par une mutation du g\u00e8ne qui le produit &#8211; pr\u00e9dispose une personne au cancer. 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