{"id":1275903,"date":"2024-08-11T11:38:17","date_gmt":"2024-08-11T13:38:17","guid":{"rendered":"https:\/\/teknomers.com\/fr\/les-raveonettes-chantent\/"},"modified":"2024-08-11T11:38:22","modified_gmt":"2024-08-11T13:38:22","slug":"les-raveonettes-chantent","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/teknomers.com\/fr\/les-raveonettes-chantent\/","title":{"rendered":"Les Raveonettes chantent\u2026"},"content":{"rendered":"<p> <br \/>\n<\/p>\n<div>\n<p>Lorsqu&#8217;on d\u00e9crit la musique des Raveonettes, l&#8217;accent est g\u00e9n\u00e9ralement mis sur leur sonorit\u00e9. C&#8217;est compr\u00e9hensible, car c&#8217;est la premi\u00e8re chose qui frappe et qui les rend presque instantan\u00e9ment reconnaissables lorsqu&#8217;ils sonnent. Ainsi, on parle souvent de guitares \u00e9vocatrices et fantomatiques, on fait allusion au shoegaze et les comparaisons avec The Jesus &#038; Mary Chain abondent. D&#8217;un autre c\u00f4t\u00e9, m\u00eame si leurs tendances r\u00e9tro sont \u00e9galement toujours \u00e9voqu\u00e9es, c&#8217;est g\u00e9n\u00e9ralement comme si leur f\u00e9tichisme pour la musique des ann\u00e9es 60 \u00e9tait une sorte d&#8217;accessoire pour leur donner un \u00ab coolness \u00bb suppl\u00e9mentaire. Cependant, l&#8217;importance du rock and roll des ann\u00e9es 50 et de la pop des ann\u00e9es 60 pour leur identit\u00e9 musicale est bien plus profonde que tout cela et est au c\u0153ur m\u00eame du duo compos\u00e9 de Sune Rose Wagner et Sharin Foo. Pour l&#8217;instant, dans leurs premi\u00e8res aventures au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, le groupe jouait essentiellement des versions de ces d\u00e9cennies, ce qui leur faisait adopter cette harmonie vocale gar\u00e7on-fille si caract\u00e9ristique \u2013 venue directement des Everly Brothers \u2013 ou exp\u00e9rimenter des structures \u00e0 trois. .des accords stricts sur leur premier EP, appris avantageusement \u00e0 l&#8217;\u00e9cole de Buddy Holly.<\/p>\n<p>De m\u00eame, son chef-d&#8217;\u0153uvre canonique (\u00ab Pretty In Black \u00bb, 2005) incorporait des collaborations qui donnaient \u00e9galement de nombreux indices \u00e0 cet \u00e9gard : des collaborations avec des l\u00e9gendes telles que Ronnie Spector, Maureen Tucker du Velvet Underground ou Martin Rev de Suicide. Pour point d&#8217;orgue, au fil des ann\u00e9es, un filet de versions diffus\u00e9es en albums, faces B et albums hommages (par les Doors, les Angels, Eddie Cochran ou encore les Stone Roses) nous avaient d\u00e9j\u00e0 montr\u00e9 \u00e9ph\u00e9m\u00e8rement les Raveonettes faisant un clin d&#8217;\u0153il \u00e0 leurs r\u00e9f\u00e9rences.<\/p>\n<p>C&#8217;est pourquoi ce nouvel album de reprises arrive \u00e0 point nomm\u00e9 : parce qu&#8217;il fonctionne comme une r\u00e9flexion sur les racines des Raveonettes, r\u00e9flexion enregistr\u00e9e en studio en 2023, ann\u00e9e o\u00f9 le groupe a c\u00e9l\u00e9br\u00e9 son vingti\u00e8me anniversaire. Peut-\u00eatre que les fans les plus inconditionnels du duo ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9\u00e7us par la s\u00e9cheresse de huit ans de leur propre nouveau mat\u00e9riel, mais l&#8217;\u00e9clat de ces dix versions et la lumi\u00e8re qu&#8217;elles jettent sur l&#8217;ADN musical du groupe compensent largement.<\/p>\n<p>D\u00e8s la premi\u00e8re seconde, le son est incomparable : des voix en harmonie envelopp\u00e9es d&#8217;\u00e9chos anciens, des r\u00e9verb\u00e9rations enveloppantes des guitares qui plient m\u00e9lancoliquement les notes, le tout encadr\u00e9 dans une signature rythmique classique \u00e0 3\/4 tr\u00e8s respectueuse de la chanson originale (\u00ab I Love How You Love Me &#8216;, un tube de 1961 du groupe f\u00e9minin The Paris Sisters, produit par Phil Spector). Une approche doublement r\u00e9tro, qui m\u00e9lange le son surf et le mur de son des ann\u00e9es 60 avec le mur de son reverbcore des ann\u00e9es 80 des Jesuses. C&#8217;est la formule magique des Raveonettes, et tout au long de l&#8217;album elle est appliqu\u00e9e avec une ma\u00eetrise incroyable. <\/p>\n<p>Peut-\u00eatre que la d\u00e9votion \u00e0 tous ces classiques a particuli\u00e8rement motiv\u00e9 Wagner (un factotum au niveau des arrangements de toutes les chansons), ou peut-\u00eatre simplement le temps qu&#8217;ils n&#8217;ont pas enregistr\u00e9 : le fait est que les dix chansons enti\u00e8res sont extr\u00eamement inspir\u00e9es. . On le per\u00e7oit d\u00e9j\u00e0 d\u00e8s les mid-tempos comme celui d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9, ou dans sa relecture de &#8216;All I Have To Do Is Dream&#8217; de ses incontournables Everly Brothers, arrang\u00e9 avec un rythme opaque et grondant stimulant, des basses synth\u00e9tis\u00e9es qui lui donnent du toucher. et de la personnalit\u00e9 et des guitares au tr\u00e9molo fr\u00e9n\u00e9tique qui tissent de belles broderies dans l&#8217;air, telles des lucioles voletant autour des voix. Et tout cela en seulement deux glorieuses minutes.<\/p>\n<p>Cette concision est une constante (seulement deux chansons ici d\u00e9passent 3 minutes), et le minimalisme rythmique remarqu\u00e9 abonde \u00e9galement : le combo de bo\u00eetes \u00e0 rythmes sombres et opaques de caisse claire et de grosse caisse pure ainsi que de basses synth\u00e9tis\u00e9es donnent certains des meilleurs moments de l&#8217;album. un merveilleux air squelettique et martial. Cela se produit avec sa critique de &#8216;Shaking All Over&#8217; de Johnny Kidd and the Pirates, respectueuse du riff de guitare embl\u00e9matique de Joe Moretti (m\u00eame le solo est catholiquement reproduit note pour note) mais immerg\u00e9 dans un r\u00e9servoir de r\u00e9verb\u00e9ration.<\/p>\n<p>Et cela arrive aussi avec l&#8217;impressionnant &#8216;The Girl On Death Row&#8217;, un choix pas \u00e9vident du recueil de chansons de Lee Hazlewood (bravo de l&#8217;avoir revendiqu\u00e9) ex\u00e9cut\u00e9 avec une gamme magistrale de textures de guitare, allant des \u00ab twangs \u00bb s\u00e9rieux (qui dans l&#8217;original jouaient le grand Duane Eddie) aux guitares de r\u00eave avec un levier de vibrato pour finir avec des couches de fuzz et de r\u00e9verb\u00e9ration qui entourent la finale dramatique comme un vent maudit. Un ton sombre et \u00e9mouvant, id\u00e9al pour son th\u00e8me terrible. Sune aurait presque pu l&#8217;\u00e9crire ! Et ce n\u2019est pas le seul moment o\u00f9 cette pens\u00e9e peut vous envahir, preuve de la fa\u00e7on dont le Danois a bien assimil\u00e9 ce type de compositions dans son propre style au cours de ces deux d\u00e9cennies.<\/p>\n<p>Le summum de cette simplicit\u00e9 maximale dans le rythme est atteint avec &#8216;Will You Love Me Tomorrow&#8217; : une grosse caisse discr\u00e8te mais obsessionnelle est tout ce qui sonne, laissant le champ libre au plaisir sonore de la voix de Sune se pr\u00e9lassant dans un oc\u00e9an de r\u00e9verb\u00e9ration, d\u00e9pourvue m\u00eame de harmonies. Une sobri\u00e9t\u00e9 qui r\u00e9v\u00e8le le myst\u00e8re de cette m\u00e9lodie \u00e9ternelle, assaisonn\u00e9e seulement de beaux arp\u00e8ges de guitare tremblante et de cloches glorieuses, une image sonore solennelle et parfaite, comme l&#8217;avers ang\u00e9lique du &#8216;<a rel=\"nofollow noopener\" href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=3L7PhuW3o-w\" target=\"_blank\">Cher\u00e9e<\/a>&#8221; par Suicide.<\/p>\n<p>Et si c&#8217;est Sune qui joue dans le classique de Carole King pour les Shirelles, Sharin prend le relais quand arrive &#8216;Venus in Furs&#8217;, l&#8217;un des choix les plus int\u00e9ressants de ce &#8216;Sing\u2026&#8217; pour aller au-del\u00e0 du plus pr\u00e9visible : le Velvet Underground le fait non Ils \u00e9taient exactement pop, et la chanson originale est un morceau folk moderniste fun\u00e8bre avec un alto de lamentation \u00ab arty \u00bb agressif. Sa reconversion vers un beat m\u00e9canique de type \u00ab baggy \u00bb, hypnotis\u00e9, ralenti et aux \u00e9chos panoramiques, est tout simplement exquise : Sharin adoucit perversement la d\u00e9clamation monotone de Lou Reed dans l&#8217;original, tandis que Sune entra\u00eene le motif de la guitare sur son territoire, avec des r\u00e9verb\u00e9rations \u00e0 ressorts et. Fuzz de marque RAT. Il est complet avec de glorieux refrains shoegaze et m\u00eame un fondu sortant saisissant.<\/p>\n<p>L&#8217;autre grande surprise est la version de &#8216;Return of the Grievous Angel&#8217;. Sans \u00eatre exactement la premi\u00e8re incursion des Raveonettes dans le recueil de chansons country, c&#8217;est excitant de les voir sortir de leur zone de confort. Par rapport \u00e0 la version originale tr\u00e8s orthodoxe de Gram Parsons avec Emmylou Harris de 1974, on voit ici les Danois reprendre la chanson dans l&#8217;aspect vocal, un peu comme elle aurait sonn\u00e9 sur &#8216;Sweetheart of the Rodeo&#8217; des Byrds &#8211; presque aussi si les ann\u00e9es 70 \u00e9taient trop pour eux \u2013 et c\u2019est l\u2019une des propositions les plus brillantes de tout l\u2019album.<\/p>\n<p>Impossible \u00e9galement de ne pas mentionner leur excellente version du &#8216;Goo Goo Muck&#8217; de Ronnie Cook and the Gaylads : dans une man\u0153uvre tr\u00e8s Raveonettes, ils ajoutent de la m\u00e9lodie aux couplets contrastant avec le ton rockabilly monotone de Lux Interior in the Cramps (le version sur laquelle ils sont clairement bas\u00e9s). C&#8217;est quelque chose qui ajoute une dimension nouvelle et int\u00e9ressante \u00e0 la chanson, qui s&#8217;am\u00e9liore encore plus dans les refrains, avec plus de m\u00e9lodie et d&#8217;harmonie vocale. Le tout est compl\u00e9t\u00e9 par la classique guitare rythmique reverbcore et un riff plein de tr\u00e9molo qui semble \u00eatre un autre clin d&#8217;\u0153il aux Cramps, mais \u00e0 ceux de &#8216;Human Fly&#8217;. Et puis, \u00e0 1 min 15 s, arrive un solo de guitare ? ce qui ressemble \u00e0 l&#8217;explosion nucl\u00e9aire silencieuse de \u00ab Oppenheimer \u00bb : un brouillard de fuzz extr\u00eame envelopp\u00e9 dans un bruit blanc qui dure \u00e0 peine 20 secondes et sonne comme quelque chose qui sort de l&#8217;esprit de John Cage ou de Delia Derbyshire. Ces 20 secondes valent \u00e0 elles seules le prix d\u2019entr\u00e9e.<\/p>\n<p>L&#8217;album se termine par une derni\u00e8re incursion dans le minimalisme rythmique et le maximalisme noise : le \u00ab Leader of the Pack \u00bb de Shangri-Las flotte suspendu dans une mer de distorsions et de fuzz dans laquelle une saturation maximale pixellise le son, pour ensuite \u00eatre plong\u00e9 dans une r\u00e9verb\u00e9ration \u00e9ternelle. . Des feuilles de m\u00e9tal infinies en arri\u00e8re-plan, trait\u00e9es avec une p\u00e9dale Geiger Counter, qui se combinent \u00e0 la douceur des voix de Sune et Sharin. L&#8217;intense halo de myst\u00e8re qui en r\u00e9sulte est spectaculaire et lui donne une patine contemporaine : la r\u00e9citation de la partie centrale rappelle bien plus le n\u00e9o-gothique de &#8216;What&#8217;s A Girl To Do&#8217; de Bat For Lashes que les Shangri-Las eux-m\u00eames.<\/p>\n<p>\u00c9couter les Raveonettes prendre des chansons aussi embl\u00e9matiques et les transformer selon leur volont\u00e9 et leur style avec une telle expertise peut sembler facile, mais en r\u00e9alit\u00e9 c&#8217;est un d\u00e9fi tr\u00e8s compliqu\u00e9. Qu&#8217;ils en soient capables est une preuve suppl\u00e9mentaire de leur talent ; Nous ne pouvons qu\u2019esp\u00e9rer que ce m\u00eame talent pourra se traduire dans un prochain album de ses propres compositions.<\/p>\n<\/div>\n<p><br \/>\n<br \/><a href=\"https:\/\/jenesaispop.com\/2024\/08\/11\/480358\/the-raveonettes-sing\/\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">ttn-fr-64<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lorsqu&#8217;on d\u00e9crit la musique des Raveonettes, l&#8217;accent est g\u00e9n\u00e9ralement mis sur leur sonorit\u00e9. C&#8217;est compr\u00e9hensible, car c&#8217;est la premi\u00e8re chose qui frappe et qui les rend presque instantan\u00e9ment reconnaissables lorsqu&#8217;ils sonnent. Ainsi, on parle souvent de guitares \u00e9vocatrices et fantomatiques, on fait allusion au shoegaze et les comparaisons avec The Jesus &#038; Mary Chain abondent. 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