Le récent jugement de la Cour constitutionnelle en faveur de l’actrice de films pour adultes Esperanza Gómez, suite à la fermeture de son compte Instagram par Meta, a suscité une analyse approfondie parmi des experts en droit numérique et en réseaux sociaux. Ce jugement a créé un précédent qui, selon les spécialistes consultés par Caracol Radio, redéfinit les limites entre l’autonomie des plateformes et la protection des droits fondamentaux de leurs utilisateurs.
Un jugement qui redéfinit les droits numériques
La Cour a déterminé que la suppression du compte de Gómez, qui comptait plus de cinq millions de followers, portait atteinte à des garanties constitutionnelles telles que la liberté d’expression, le droit au travail et le respect du processus adéquat. Cette décision a ouvert un débat sur la manière dont des entreprises comme Meta conçoivent et appliquent leurs politiques d’utilisation dans le pays.
Pour Juan Carlos Martínez Salcedo, enseignant-chercheur à la Faculté de droit de l’Université militaire Nueva Granada, ce prononcé met en exergue la nécessité d’appliquer des principes juridiques dans l’environnement numérique. Dans une interview avec Caracol Radio, il a expliqué : “Les réseaux sociaux ne sont pas des espaces où le droit ne s’applique pas ; au contraire, les normes du monde analogique, du monde réel, s’étendent au monde numérique et technologique.”

Protection des droits fondamentaux
L’académicien a souligné que ce verdict oblige les entreprises technologiques à prendre en compte la protection des droits fondamentaux lorsqu’elles décident de suspendre ou d’annuler des comptes. Selon lui, bien que les plateformes puissent établir des conditions d’utilisation, celles-ci doivent être présentées de manière claire et transparente, évitant ainsi des processus qui pourraient être jugés disproportionnés pour les utilisateurs.
Dans son intervention, Martínez Salcedo a précisé que l’accès aux réseaux sociaux ne dépend pas uniquement des règles internes des entreprises, mais doit également être considéré dans le cadre légal en vigueur. “À la fin, les réseaux sociaux ou l’accès à ces derniers sont le fruit d’un accord entre l’utilisateur et le titulaire de la plateforme”, a-t-il ajouté lors de son entretien avec Caracol Radio.
L’expert a également mis en avant que le jugement de la Cour reconnaît l’importance d’assurer des mécanismes efficaces d’appel pour ceux dont les profils ont été suspendus. Cette mesure vise à empêcher que des décisions unilatérales des plateformes n’entravent sans justification l’accès à l’expression ou le droit au travail des créateurs de contenu.

Un impact généralisé
Le débat dépasse le cas de Gómez. D’autres influenceurs en Colombie, tels que Yeferson Cossio, Epa Colombia et La Liendra, ont également dénoncé des fermetures de comptes en raison de présumées infractions liées à la promotion de loteries ou de jeux d’argent illégaux. Bien que chaque situation ait ses particularités, le jugement de la Cour constitutionnelle fixe des paramètres qui devront être appliqués à l’avenir pour éviter les violations de droits.
Pour Martínez Salcedo, la question centrale du débat est que les plateformes doivent reconnaître leur rôle dans la vie sociale et économique de millions d’utilisateurs. Les comptes ne sont pas seulement des espaces de divertissement, mais peuvent constituer la principale source de revenus pour ceux qui travaillent dans le secteur numérique. Dans ce sens, une suppression injustifiée peut avoir des impacts économiques et professionnels significatifs.
En outre, ce verdict ouvre un nouveau contexte dans lequel les entreprises technologiques devront revoir leurs politiques internes dans le pays. Les experts s’accordent à dire que les directives d’utilisation doivent être accompagnées de processus de révision et de défense garantissant la transparence. Sinon, la relation entre utilisateurs et entreprises pourrait entrer en conflit avec la constitution et les lois colombiennes.
L’analyse juridique suggère que ce précédent aura des répercussions au-delà du cas d’Esperanza Gómez. La sentence renforce l’idée que les espaces numériques sont soumis à la protection des droits fondamentaux, et que toute mesure restrictive adoptée par une plateforme doit répondre à des principes de proportionnalité et de légalité. Les spécialistes soulignent que la Cour constitutionnelle met en lumière que le monde numérique n’est pas exempt des règles qui régissent le monde physique. Par conséquent, les entreprises technologiques devront concevoir des protocoles permettant d’assurer le respect du droit au processus équitable et éviter la suppression arbitraire de comptes en Colombie.

