L’IOR a refusé le prêt au Secrétariat d’État. Le fait était connu depuis longtemps, mais il n’a jamais été raconté en détail : en 2019, la banque du Vatican, basée à Torrione Niccolò V, a refusé de débourser un prêt de 150 millions d’euros demandé par la Secrétairerie d’État pour rembourser le trop onéreux l’hypothèque qui pesait sur l’immeuble de Sloane Avenue. Raisons: à la fois parce que la documentation adéquate faisait défaut et “pour éviter d’encourir l’éventuelle accusation de blanchiment d’argent”.
Une longue explication du président de l’IOR, Jean-Baptiste de Franssu, qui a témoigné à la 46e audience du procès qui se tient au Vatican sur le scandale de l’immeuble de Londres, un investissement aujourd’hui liquidé qui a généré des pertes de plus de 200 millions euros. De Franssu a également rapporté que lors d’une réunion à la Secrétairerie d’État le 25 juillet de cette année-là, lui et le conseil d’administration de l’Institut avaient été “accusés d’incompétence”.
“L’IOR n’est pas une banque, elle ne peut pas faire de prêts”
De Franssu, président de l’IOR depuis juillet 2014, cité comme témoin par la même partie civile de l’IOR, a retracé les phases relatives à la demande, l’évaluation et le refus de financement, à l’issue desquelles l’Institut, le 2 juillet 2019 dans la personne du dg Gianfranco Mammì, a transmis au Promoteur, le “pm”, l’une des deux plaintes pour les “anomalies” détectées par son organe de contrôle (l’autre provenait du Bureau de l’Auditeur général, une sorte de Cour des comptes) ce qui a fait démarrer l’enquête connexe puis le processus proprement dit. « L’une des forces de l’IOR – a-t-il précisé – est le bon fonctionnement de la gouvernance de l’Institut. Ce n’était pas le cas avant 2014 ».
Au début, après la lettre de demande de prêt avancée le 4 mars 2019 par la Secrétairerie d’État, les principales questions d’évaluation étaient l’entité (l’IOR n’avait jamais déboursé auparavant un prêt de cette ampleur), les conséquences possibles au niveau du cadre réglementaire pour l’Institut et le rôle que devait avoir l’AIF, autorité de tutelle. Enfin et surtout, le fait que « dès l’entrée en fonction du nouveau conseil d’administration, en juillet 2014, la première décision a été pour l’IOR d’arrêter toute activité de prêt. La situation de l’Institut nous obligeait à nous consacrer à d’autres activités». Le président a précisé que “l’IOR n’est pas une banque, émettre des emprunts aurait posé des problèmes de contrôle, il aurait fallu changer la dénomination sociale de l’Institut”. Et si la position du conseil là-dessus “a toujours été très claire”, en réalité l’AIF a également rendu des avis favorables à la concession, non sans montrer “une certaine incohérence”.
L’objectif de réduire le coût d’un autre prêt
La Secrétairerie d’Etat a voulu l’emprunt car le coût de l’emprunt actuel était très élevé, avec un taux de 10-12%, il fallait le rembourser par un autre à des conditions plus favorables. “Mais notre principale préoccupation était d’éviter de subir un blanchiment d’argent – a déclaré De Franssu -. Et au départ l’AIF avait rassuré : “pas de soucis, vous êtes protégés”. Au fur et à mesure que la situation évoluait, le ton changeait : « Vous avez toujours la responsabilité de protéger l’Institut et la régularité de la transaction »».

