Une juge fédérale a ordonné ce lundi que Paramount et Warner Bros. Discovery suspendent leur fusion pendant au moins 14 jours, ce qui donne plus de temps aux douze États qui contestent l’accord évalué à 81 milliards de dollars et ouvre la voie à une éventuelle interdiction judiciaire plus large.
L’acquisition de Warner par Paramount regroupe deux des cinq studios traditionnels restants à Hollywood. Cette opération regrouperait également des chaînes de télévision, cataloques pour plateformes, services d’information et marques telles que HBO Max, CNN, CBS, Paramount+ et d’autres, sous un même contrôle corporatif.
Cette ordonnancement temporaire a été décrété par la juge de district Araceli Martínez-Olguín après que les États ont demandé à suspendre la finalisation de la transaction jusqu’à ce que la justice puisse évaluer complètement leurs arguments. Comme les entreprises ont refusé d’attendre, les procureurs généraux ont fait appel au tribunal et ont obtenu cette mesure cautelaire.
La demande des États contre la fusion
Les douze États, dirigés par la Californie, ont déposé la semaine dernière une plainte pour empêcher l’opération, arguant que la combinaison “éteindrait la concurrence” à Hollywood.
Ils soutiennent que cet effet se traduirait par une offre réduite pour les consommateurs, notamment pour ceux qui vont au cinéma et pour les abonnés de la télévision par câble aux États-Unis.
L’action en justice invoque la Loi Clayton de 1914, qui interdit les fusions réduisant la concurrence ou menant à des monopoles.
La suspension imposée par le tribunal dure un minimum de 14 jours, mais peut être prolongée jusqu’à 28. La cour a fixé une audience pour le 3 août sur la demande de mesure cautéraire préliminaire que les États présentent, bien que ce calendrier pourrait être modifié.
Ce jugement intervient alors que le temps pressait pour les entreprises. De nombreuses prévisions indiquaient que Paramount et Warner pourraient tenter de conclure l’opération cette semaine.
Avant cette décision judiciaire, les deux sociétés avaient proposé de conclure la procédure d’audience concernant la mesure préventive à la fin août, avec la possibilité d’un appel jusqu’au 30 septembre. Cette date est particulièrement sensible pour Paramount, car l’entreprise s’est engagée à verser à ses actionnaires une compensation de l’ordre de 7 millions de dollars par jour si l’accord n’est pas finalisé d’ici là.
Les États ont rejeté ce calendrier, le qualifiant d’inédit et d’injuste. Lors de l’audience, ils ont soutenu que tout coût éventuel auquel Paramount serait confronté après le 30 septembre provenait d’un risque que la société avait elle-même pris, et ils ont plaidé qu’un procès en avril 2027 donnerait suffisamment de temps pour la production et la présentation adéquate de preuves.
Les demandeurs allèguent que la fusion réduirait la concurrence à Hollywood
Le procureur général de Californie, Rob Bonta, a salué la décision dans une déclaration publique. “C’est une première victoire dans notre affaire pour s’assurer que cette mégafusion ne voit jamais le jour“, a-t-il affirmé.
Bonta a ajouté : “L’histoire montre ce qui se passe lorsque peu de personnes ont un grand pouvoir sur des marchés essentiels pour la vie des Américains : moins d’opportunités pour plus de personnes et des produits et services de moindre qualité pour tous.”
Paramount n’a pas immédiatement commenté la décision de ce lundi, selon l’agence AP. La société, acquise par Skydance l’année dernière, avait déjà annoncé qu’elle défendrait “énergiquement” l’achat de Warner.
La société avait également déclaré que la demande des États est “erronée tant sur le plan factuel que juridique”.
Elle soutient que la fusion renforcerait la concurrence face à des rivaux de divertissement plus grands et a souligné que l’accord avait déjà reçu des approbations réglementaires dans d’autres juridictions, y compris depuis l’administration de l’ancien président Donald Trump le mois dernier.
Outre la Californie, la demande a été introduite par Arizona, Colorado, Connecticut, Massachusetts, Minnesota, Nevada, New Jersey, Nouveau-Mexique, New York, Oregon et Washington. D’autres acteurs, notamment le Syndicat des scénaristes d’Amérique, ont également engagé des actions pour bloquer l’opération.
En tenant compte de la dette de milliards de dollars associée à la transaction, l’achat proposé de Warner par Paramount a actuellement une valeur proche de 111 milliards de dollars, calculée sur la base des actions en circulation.

