Quittr : Une application pour combattre l’addiction au porno

“Abraza esta pausa. Reflexiona antes de recaer”. Ce slogan ne concerne ni l’alcool ni les drogues, mais le porno. Dès son lancement, Quittr se positionne comme une application destinée à ceux qui veulent surmonter leur dépendance à la pornographie. Bien que l’inscription soit ouverte aux femmes, l’application est clairement orientée vers un public masculin. Je me suis donc inscrit sous le nom de Manuel, 28 ans, et très vite, j’ai réalisé que vouloir abandonner le porno n’était qu’une couverture pour vendre autre chose.

Un questionnaire révélateur

Dès le début, l’application propose un questionnaire sur vos habitudes de consommation, notamment la fréquence à laquelle vous regardez du porno et les effets négatifs que cela a pu avoir sur votre vie. Un point m’a particulièrement interpellé : l’un des symptômes mentionnés était “se sentir distant de Dieu”. C’est déjà un indice sur la direction que prend cette approche. Une fois le questionnaire complété, Quittr proposait un plan personnalisé promettant que d’ici le 7 juin, j’aurais laissé le porno derrière moi. À noter que ce service coûtait 31,99 euros par an, ou 20,99 euros si j’acceptais l’offre. Quitter le porno a donc un prix.

Fonctionnalités de Quittr

Bien que je n’aie pas payé, j’ai exploré les fonctionnalités proposées par Quittr. L’application suit votre progrès, symbolisé par un “arbre de la vie” qui grandit à mesure que vous restez sans porno. Elle propose également des exercices motivants, un “bouton de panique” pour les moments de faiblesse, et la possibilité de discuter avec d’autres membres de la communauté.

Une approche basée sur des concepts discutables

Quittr prétend que son approche est “basée sur des données scientifiques”. Cependant, l’un des messages affichés après le questionnaire déclare que la pornographie est une drogue qui “libère une substance chimique dans le cerveau appelée dopamine”. Pourtant, selon l’OMS, une drogue affecte le système nerveux central en modifiant la perception et le comportement. Regarder du porno peut engendrer du plaisir, mais il ne s’agit pas d’introduire une substance dans le corps.

Si l’on considère la pornographie comme une drogue, alors tout ce qui apporte du plaisir, comme la nourriture ou même un environnement propre, devrait aussi l’être. Cette addiction, qu’on peut qualifier de trouble, diffère de la réalité des substances psychoactives. Dans la CIE-11, le “trouble du comportement sexuel compulsif” est mentionné, mais cela semble moins vendeur.

Le mouvement NoFap

En attendant, j’ai découvert que plusieurs influenceurs font la promotion de Quittr, beaucoup d’entre eux étant des créateurs de contenu fitness ayant des motivations religieuses. Le mouvement NoFap a émergé comme un groupe de soutien pour ceux voulant abandonner la masturbation, souvent pour des raisons d’addiction ou religieuses. Ce mouvement, qui a pris de l’ampleur, repose sur des bases scientifiques douteuses, comme un étude de 2003 associant l’abstinence à une augmentation de la testostérone, mais qui a été contestée.

Les dangers cachés de Quittr

Outre l’aspect moraliste, une autre révélation à propos de Quittr soulève des inquiétudes. Plusieurs hackers ont alerté les créateurs sur une vulnérabilité grave dans l’application, compromettant les données des utilisateurs, y compris celles de mineurs. Il s’agissait d’un problème de configuration de Google Firebase, permettant à n’importe qui de se connecter en tant qu’administrateur.

Ce qui est encore plus préoccupant, c’est que les créateurs de Quittr auraient tardé plusieurs mois à agir. Le fondateur, Alex Slater, avait promis une solution rapide, mais les mois ont passé sans rétablissement. Ce n’est qu’après plusieurs relances que le problème a été traité.

En somme, l’application Quittr, bien qu’elle se présente comme une aide pour surmonter l’addiction à la pornographie, cache des motifs et des enjeux qui soulèvent des questions éthiques et de sécurité.



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